«La France n’a aucun retard dans le domaine des missiles, conventionnels ou nucléaires»
FIGAROVOX.- L’essai par les Etats-Unis d’un missile entrant dans les critères du défunt traité INF fait craindre la relance d’une «course aux armements». S’agit-il d’une provocation de la part de Donald Trump ?
Jean-Marc LAURENT.- Sans négliger la portée stratégique de l’événement, je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il s’agit d’une provocation pouvant gravement déstabiliser le rapport de force entre les grandes puissances.
Ce tir reste une démonstration politique très importante et les réactions internationales sont là pour en témoigner. Néanmoins, si on y regarde d’un peu plus près, il s’agit d’un essai d’une dimension militaire contenue. Le missile concerné est une version terrestre du Tomahawk, missile de croisière habituellement embarqué sur des bâtiments de la Marine américaine. Donc, a priori, cet essai ne présage pas d’une révolution technologique déstabilisante.
Le traité INF [traité signé par les États-Unis et l’URSS en 1987, interdisant les armes nucléaires à portée intermédiaire et que les États-Unis ont dénoncé en 2019, ndlr.] ne concernait pas les missiles emportés par des sous-marins, des bateaux de surface, voire des avions. Le Tomahawk embarqué était donc un missile «autorisé». Par ailleurs, dans sa version conventionnelle il présente une menace réduite pour ceux contre qui il serait dirigé. La portée connue du missile l’obligerait à être déployé, dans sa version terrestre, à proximité relative d’un adversaire, ce qui peut déjà être le cas via, par exemple, un sous-marin.
Si provocation américaine il y a eu avec ce tir, elle est donc limitée et surtout démonstrative de la volonté de Donald Trump de «marquer le coup» face à la Russie et la Chine qui ne sont pas totalement clairs sur le développement de missiles entrant dans la catégorie INF.
Le tir américain ne va donc pas relancer une course aux armements qui ne l’a pas attendu pour se déchaîner. Les réactions, en langage diplomatique, de Pékin et Moscou montrent qu’on ne peut considérer cet événement comme une atteinte grave à la paix.
