Pluraliste et unie ? Les dures illusions d’Emmanuel Macron sur la nouvelle Syrie - Par Michel Fayad

LUDOVIC MARIN / AFP

Le mot de Méchant Réac® ! par Laurent Sailly

Michel Fayad analyse le virage diplomatique d’Emmanuel Macron en Syrie, marqué par sa rencontre avec Ahmed al‑Charaa, ex‑Joulani, ancien chef d’Al‑Qaïda dont la tête fut mise à prix par Washington. Pour le professeur de géopolitique, ce geste constitue un adoubement plutôt qu’un acte de realpolitik, sacrifiant le rôle moral historique de la France et la protection des minorités d’Orient. Le discours élyséen sur une Syrie « plurielle, unie et sûre » est jugé mensonger : le régime islamiste a récemment massacré Alaouites et Druzes, marginalise les Kurdes malgré les accords de 2025, et demeure traversé par des violences quotidiennes, y compris lors de la visite présidentielle.

Macron souhaite renforcer la coopération sécuritaire avec Damas, alors même que l’appareil sécuritaire syrien est composé d’anciens cadres d’al‑Qaïda et que Joulani a libéré des milliers de djihadistes pour entretenir la menace et monnayer son rôle de rempart contre Daesh. La visite est également interprétée comme une tentative tardive de capter une part des contrats de reconstruction déjà verrouillés par les États‑Unis et le Qatar, au prix d’une perte d’influence morale française.

Enfin, Fayad alerte sur les ambitions régionales du nouveau pouvoir syrien, notamment au Liban, et propose une alternative : soutenir les acteurs réellement engagés contre le terrorisme, conditionner toute aide, et promouvoir des figures syriennes pluralistes plutôt que l’homme fort actuel.

Michel Fayad
Pluraliste et unie ? Les dures illusions d’Emmanuel Macron sur la nouvelle Syrie