9 juillet 1815 : Joseph Fouché, flic ou voyou ?

Le mot de Laurent Sailly pour le blog Grandes Chroniques de France

Joseph Fouché, fils d’un capitaine nantais, commence comme enseignant de l’Oratoire sans jamais être ordonné prêtre. Montagnard, régicide, il se distingue surtout par les missions répressives confiées par la Convention (à Nièvre, mesures contre les riches et lutte active contre le christianisme ; rôle central dans la Terreur lyonnaise avec Collot d’Herbois).

Rappelé à Paris en 1794, il échappe habilement à Robespierre, devient même président des Jacobins avant d’être exclu, puis participe dans l’ombre à la chute de l’Incorruptible.

Fouché refuse la politique thermidorienne et soutient Babeuf ; il est arrêté en 1795 puis amnistié avant le Directoire. Il comprend que la violence révolutionnaire a échoué et adopte une stratégie : « Toujours rester sur le terrain » — s’adapter pour sauver ce qui peut l’être de la Révolution.

Nommé par Barras et Sieyès, il réorganise entièrement la police et se montre peu répressif, sauvant souvent des suspects ou les prévenant discrètement. Son génie réside dans le renseignement : il veut tout savoir et y parvient presque.

Il soutient le 18‑Brumaire, arrêtant Jacobins et royalistes selon la logique de « prêter la main à ce qui doit arriver ».

Après une semi‑disgrâce en 1802, il revient en force en 1804 en poussant à la proclamation de l’Empire.

En 1810, il déconseille le mariage autrichien et sonde l’Angleterre pour une paix possible ; Napoléon le renvoie.

Rappelé en 1815, il sait la chute de Napoléon inévitable et négocie avec les royalistes. Président du gouvernement provisoire après Waterloo, il organise lui-même la Seconde Restauration. Le lendemain de son arrivée à Paris Louis XVIII nomme, le 9 juillet 1815, Joseph Fouché ministre… de la police.  Il lutte contre la Terreur blanche, dénonçant toute réaction comme un « crime politique ». Les ultras l’excluent ensuite du ministère ; il est proscrit et meurt à Trieste.