16 juillet 1691 : Mort de Louvois, le ministre de fer de Louis XIV

Le mot de Laurent Sailly pour le blog Grandes Chroniques de France

François Michel Le TELLIER, marquis de Louvois, meurt subitement le 16 juillet 1691, à Versailles, à 50 ans, dans ses appartements de l’ancien hôtel de la Surintendance des Bâtiments du Roi. La scène est rapide : pris d’un malaise en travaillant avec Louis XIV, il demande à rentrer chez lui, traverse les appartements appuyé sur le comte de Chavigny, se fait saigner par le chirurgien Dionis, semble soulagé… puis meurt quelques instants plus tard. Voltaire conteste la version d’une mort foudroyante au sortir du conseil : selon lui, Louvois travaillait « en prenant les eaux de Balaruc », et cette ardeur au travail aurait causé sa mort.

L’autopsie pratiquée par le chirurgien Pierre Dionis conclut à une apoplexie pulmonaire. Une analyse médicale moderne (Roger Rullière, 1984) estime qu’il s’agit en réalité d’un infarctus du myocarde avec œdème aigu du poumon, pathologie alors inconnue.

La mort survient en pleine guerre, et à un moment où Louvois pourrait être sur le point d’être disgracié, notamment pour son opposition à l’annonce du mariage secret du roi avec Madame de Maintenon. Cette perspective nourrit les rumeurs : Saint‑Simon, la Palatine, plusieurs courtisans et certains médecins évoquent un possible empoisonnement. Mais les chirurgiens Félix et Dionis, chargés de l’autopsie, confirment la cause naturelle (apoplexie pulmonaire).

Louis XIV ne manifeste aucune douleur, comme lors de la mort de Colbert. La disparition de Louvois, ministre omniprésent, provoque un vide dans l’appareil d’État, même si elle ne modifie pas le cours de la guerre en elle‑même. Deux jours après sa mort, Louis XIV autorise l’inhumation de Louvois sous le dôme de la chapelle royale des Invalides, qu’il avait contribué à fonder. La chapelle n’étant pas achevée, le corps est déposé provisoirement dans l’église Saint‑Louis‑des‑Invalides ; les entrailles vont aux Capucins de Meudon, le cœur aux Capucines de Paris.

Madame de Sévigné résume l’émotion générale : « Le voilà donc mort, ce grand ministre (…) qui tenoit une si grande place (…) Ah ! mon Dieu, donnez‑moi un peu de temps… ».