A Crépol et ailleurs... : comment le fléau des attaques au couteau s’est installé en France - Par Xavier Raufer et Maurice Signolet

A Crépol, un village au nord de la Drôme, le jeune Thomas, âgé de 16 ans, a été tué et 18 autres personnes ont été blessées lors d’une agression à l'arme blanche au bal du village. Ces attaques au couteau sont légion en France.


Atlantico : Que révèle l'enquête sur l'attaque meurtrière de Crépol ? Que peut-on en conclure ?

Xavier Raufer :
Dans ces affaires, le DIAGNOSTIC est crucial. La société de l'information happe les nouvelles, veut immédiatement tout savoir, condamner sur le champ, trancher dans l'heure des cas les plus complexes ; accuser tout un chacun, s'indigner, tempêter, etc. D'abord, on ne peut bien sûr rien comprendre aux affaires criminelles, si l'on n'utilise pas les mots justes pour diagnostiquer. Pour Crépol, il s'agit clairement d'un crime, d'un homicide, passible de la Cour d'assises - On ne peut donc, comme je le lis plus bas dans une question, parler de "délinquance".

Qui pouvait donc ainsi surgir dans un lieu paisible et y poignarder à l'aveugle, dans l'intention de tuer, de jeunes participants, pour ces tueurs, sans doute, des inconnus à titre personnel ? Ils ont prémédité leur acte. Ils se sont assemblés, pris des véhicules, choisi de récupérer ou de conserver des armes blanches sur eux. C'est donc un as­sassinat plus tentatives, avec préméditation et en bande organisée.
On lit qu'il s'agirait d'une "bande de cité" ; venue du coupe-gorge dit "Quartier de la Monnaie", à Romans, ville voisine de Crépol. Mais à y voir de près, cette hypothèse cadre mal avec le réel criminel de ces cités. D'usage, comme toute entité criminelle, ces bandes frappent sur leur propre territoire (ou qu'elles considèrent comme tel). Or là, ce n’est pas le cas. S’ils tuent hors de « leur » territoire, ils visent des rivaux, sous tel ou tel prétexte. Crépol ? Des footballeurs de 16 ans ? Ça ne colle pas.

Pour ces bandes organisées-constituées, issues de cités hors-contrôle comme la France en compte environ 700, les règles émanent de hiérarchies (caïds) qui toujours dé­fendent un territoire ou un trafic, leur but final étant le fric. Mais là ? Quelle menace pour ces caïds ? Précisons : le lendemain, qu’arrive-t-il à un chouf de la Monnaie à Romans, s’il y retourne reprendre son boulot après avoir massacré des jeunes à Cré­pol ? Il est sur le champ viré (voire lynché) car radioactif, allant à coup sûr attirer les keufs sur le point de deal. L'attaque n'émane donc sans doute pas d'une de ces bandes structurées au­tour d'une activité criminelle, type trafic de stupéfiants.

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En 2021, Valérie Boyer (sénatrice LR) estimait que le nombre de victimes à l'arme blanche était montée à 44 000 entre 2005 et 2017, soit plus de 120 victimes / jour en moyenne. Qu'en est-il aujourd'hui ? Les chiffres ont-ils augmenté ?

Xavier Raufer :
Comme d'usage quand son impuissance éclate, M. Darmanin adopte la stratégie du roquet : aboyer et injurier, pour couvrir les légitimes demandes d'explication affluant vers lui. Voulant en prime noyer le poisson, il gémit que la société entière doit s'interro­ger sur ces actes. Mais voici les faits : en France, dit le dispositif Eurostat (l'INSEE de l'Union européenne) les coups et blessures volontaires (le terreau de tels crimes, en une évolution du moins au plus grave) ont augmenté de 65% depuis 10 ans (2012-2022) et de 350% (trois-cent-cinquante pour cent) depuis 1996. Qui gouverne la France lors de ces décennies ? À 100%, les amis de MM. Macron, Darmanin et Du­pond-Moretti, aux diverses phases de leurs propres contorsions politiques et trahisons. Le laxisme, c'est eux. Les lois paralysant les forces de l'ordre, c'est eux. Qu'ils n'aillent pas se cacher derrière la population française qui sans trêve, rejette ce laxisme et cet anarchisme sournois.

Venons-en aux chiffres : nul n'en sait rien, en fait. Ce que publie l'intérieur depuis que M. Darmanin est ministre, ne vise qu'à camoufler le réel criminel et favoriser la carrière politique future du susdit.

Maurice Signolet : Il est difficile de mesurer avec exactitude le nombre de faits commis à l’aide d’une arme blanche, d’autant que leur contexte est variable selon leurs circonstances ou leur finalité. Une rixe entre bandes est différente d’une agression d’appropriation, d’une « soumission » lors d’une agression sexuelle, ou d’un différend interpersonnel entre deux protagonistes. Derrière ce chiffre de 120 victimes quotidiennes, qui semble être toujours d’actualité, on doit donc considérer le panel des exactions commises à l’aide d’une arme blanche sans pour autant pouvoir en interpréter avec exactitude leur contexte. L’évocation d’une systématisation du recours à l’arme blanche, voire son expansion irrémédiablement graduée au fil des trois dernières décennies, permet néanmoins de dégager une caractéristique sociétale nouvelle. Après une évolution anthropologique disciplinée, pour ne pas dire, par euphémisme, disciplinaire, de modulation des mœurs et de soumission à un ordre référentiel, on assiste, par effet pendulaire, à une désagrégation comportementale massive. De l’esprit chevaleresque à l’amour courtois, qui, par ruissellement avaient modulé la « normalité comportementale » des générations successives, il ne reste plus guère que la fiction, qu’elle soit littéraire ou télévisuelle pour s’en faire l’écho ! Les pulsions individualistes se trouvant désormais légitimées, jusque dans leur extravagance ou leur étrangeté, l’autre n’apparaît plus comme votre reflet, mais comme « une chose ». Pour certains, la réification de l’autre va se révéler un postulat ce qui va légitimer des violences indistinctes soit par coups disproportionnés au regard du contentieux (un simple regard, le refus d’une cigarette, la gratuité du plaisir ressenti à blesser un plus faible, etc.), soit par les coups de couteau portés avec toujours ce contexte de réification de l’autre, l’arme blanche étant la plus accessible, jusque dans sa disponibilité domestique.

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