Statistiques sur l’origine des délinquants et criminels : les leçons danoises - Par Jean-Paul Gourévitch et Georges Fenech

Contrairement à la France, le Danemark n’hésite pas à publier des statistiques sur l’origine de ses délinquants et criminels. Voici les leçons qu'il est possible d'en retenir.


Atlantico : Les données danoises montrent que sur ces 10 dernières années, l'immigration a eu un impact décisif sur la tendance des crimes et délits. Lequel ? Que disent les chiffres danois ? L'immigration augmente-t-elle le coût de la délinquance ?

Jean-Paul Gourévitch :
Les études publiées par l’économiste statisticien Marc Vanguard sur X sont riches d’enseignements au moment où le débat sur l’immigration en France approche de son point de rupture. Elles portent sur le Danemark qui catégorise les auteurs d’infraction par origine, cumulant ainsi les immigrés et leurs descendants directs, et non par nationalité. Et aussi sur la comparaison entre l’Italie et l’Allemagne, deux pays qui conservent le critère de nationalité et s’en tiennent aux immigrés et non à leurs enfants.
Les conclusions sont très claires. Au Danemark les immigrés non occidentaux et leurs descendants directs sont impliqués dans 40% des homicides, viols et vols avec violence alors qu’ils ne sont que 12% dans la population. On peut ajouter que le sentiment de rébellion contre l’autorité publique progresse d’une génération à l’autre (4% chez les immigrés non occidentaux, 11% chez leurs descendants) ainsi que les condamnations pour tentatives d’homicide et agressions violentes, deux fois plus nombreuses chez les descendants d’immigrés que chez leurs parents.
En Italie et en Allemagne la corrélation est très nette pour la quasi-totalité des infractions. Les originaires du Maghreb sont environ 10 fois plus souvent condamnés que les autochtones, les Africains subsahariens 6 à 8 fois, les Afghans et les Pakistanais 4 à 6 fois. Dans le détail, il y a surreprésentation des Maghrébins dans les vols avec violences (près de 30 fois plus !), des Maghrébins, Roumains et Bulgares dans les vols sans violences, des Afghans et des Pakistanais dans les infractions sexuelles (15 fois plus) et la pédocriminalité, alors que les communautés originaires de l’Asie du Sud-Est sont quasiment absentes.

Cette étude souffre toutefois de plusieurs biais scientifiques. Elle vient à l’appui d’une thèse, corrélant immigration et délinquance et affichant qu’ « une politique migratoire plus exigeante réduirait la criminalité » ce qui induit des doutes sur les paramètres pris en compte pour la démonstration. Les critères d’ethnicité et de nationalité ne sont pas les seuls qui existent en matière d’infraction même si l’étude postule que « les facteurs socio-éducatifs sont insuffisants » pour rendre compte des écarts observés. La différence n’est faite nulle part entre la petite délinquance dont il est question ici et la grande délinquance qui agit parfois en donneuse d’ordres et dont la corrélation avec l’immigration est aléatoire. La notion même de délinquance est réduite aux atteintes aux personnes et à leurs biens alors que les trafics, la fraude, la contrefaçon, la cybercriminalité ne sont pas mentionnés.

Georges Fenech : Ces statistiques ethniques seraient effectivement un moyen objectif et scientifique pour connaître les liens réels entre l'immigration et la délinquance. Il faut sortir d'une forme de déni de façon non pas à stigmatiser mais à tirer des conséquences pour les politiques publiques relatives à l'intégration et à la mixité. Il ne s'agit pas évidemment de stigmatiser. Mais à partir de données scientifiques, ethniques, anonymisées, il faudrait pouvoir connaître les liens entre l’immigration et la délinquance. Le Danemark n'est pas le seul pays à avoir adopté cette approche et ces statistiques. La France est quand même une exception dans ce domaine. Ces statistiques sont permises dans 22 pays membres du Conseil de l'Europe ainsi qu'aux Etats-Unis et au Canada par exemple. Sauf qu'en France, ce sujet reste tabou. Il y a quelques exceptions pour l'INSEE qui sont autorisées avec l'accord de la CNIL. Mais cela reste un sujet tabou.

Les enfants d'immigrés "non occidentaux" sont encore plus impliqués dans la délinquance que les immigrés. Les données danoises mettent-elles clairement en avant l'échec de l'assimilation?

Jean-Paul Gourévitch : 
La démonstration est éclatante pour ce pays mais le phénomène n’est pas limité au Danemark. Dans la quasi-totalité des pays de l’Union Européenne, les viviers d’une politique d’assimilation ou d’intégration que constituaient l’école, la religion, l’armée, le travail, la cité, la maîtrise de la langue … sont tous en déshérence. Au-delà de l’individualisme et de la volonté de s’affranchir des lois et de transgresser les interdits, les liens que tissent la solidarité, la musique, l’économie informelle n’ont pas réussi à recréer un ciment national. L’archipellisation des communautés selon les origines, les pratiques religieuses et les modes de vie est aujourd’hui un fait reconnu. Le « vivre ensemble » a cédé progressivement place au « vivre côte à côte » avant de se transformer en « vivre face-à-face » selon une formule que nous avons été plusieurs à mettre en exergue avant que l’ancien ministre de l’intérieur Gérard Colomb ne la fasse sienne.

Georges Fenech : Forcément, puisqu'il y a une sur représentativité des délinquants issus de l'immigration, même s'ils ont la nationalité danoise. C'est le même cas en France. Et d'ailleurs, j'ai été très surpris, pour la première fois, ce type d'enquête a été menée par la Direction générale de l'administration après les émeutes urbaines en France en juin et en juillet. Les résultats ont montré que 60 % des émeutiers étaient issus de l'immigration.

Ce tabou doit tomber parce que nous devons connaître effectivement cette proportionnalité de la délinquance issue de l'immigration. Des enquêtes ont été menées, à bas bruit, dans les prisons françaises. Selon ces études, il y a 24 % d'étrangers dans les prisons françaises. Mais il n’y a pas de statistiques officielles sur les détenus en France qui sont issus de l'immigration. Sauf qu'il y a eu des enquêtes, notamment celles réalisées par Farhad Khosrokhavar dans les prisons à partir des détenus qui observent le ramadan ou qui ont des menus confessionnels. Cette étude a permis de déterminer qu’environ 60 %, des détenus étaient de confession musulmane. Cette étude a d’ailleurs été reprise dans un rapport parlementaire sur la question pénitentiaire par le député Guillaume Larrivé.

Il faudrait sortir de ce tabou, sans discrimination, pour avoir une vision réelle de ce que représente le lien entre l'immigration d'une manière globale, pas uniquement les étrangers, mais également pour les personnes qui sont issues de l'immigration. Il faudrait pouvoir arriver à avoir des statistiques officielles.

Pourquoi de telles statistiques sont interdites en France? Qu'est-ce qu'on ne veut pas montrer?

Jean-Paul Gourévitch : La première raison est idéologique. La grande majorité des partis ou organisations d’extrême gauche, de gauche et parfois du centre considèrent que la nationalité prime sur l’origine. C’est la raison pour laquelle ils luttent farouchement contre la mise en place et la publication des statistiques ethniques ce qui revient à faire de la France un cas particulier dans l’Union Européenne. Pour eux, dès qu’un descendant d’immigré devient français en fonction du droit du sol, il serait intégré dans la communauté nationale et aurait implicitement renoncé à tout ce qui se rattachait à ses origines. Ce qui est contredit par toutes les statistiques et enquêtes de terrain et ne permet pas non plus de justifier les discriminations en matière d’embauche.

La seconde est politique. Sanctifier une relation entre délinquance et personnes directement issues de l’immigration accréditerait dans l’opinion publique l’idée que l’intégration est un échec et que les descendants d’immigrés sont plus portés vers la révolte et la violence que leurs parents. Sauf que cette idée y est déjà très partagée. A preuve les débats houleux sur l’origine ethnique des jeunes interpellés dans les récentes émeutes urbaines qui, selon le ministre de l’intérieur, font apparaître que « moins de 10% des presque 4000 interpellés étaient étrangers et 90% étaient Français», sans que ses partisans et la plupart des medias ne s’interrogent sur les éventuelles origines étrangères de ces 90%.

La troisième est économique. Dans l’étude scientifique que nous avons réalisée pour Contribuables Associés sur « le coût de l’immigration en France en 2023 », et qui fait ressortir un déficit de 53,9 Mds d’euros, les coûts indirects qui pèsent pour 54,60 Mds d’euros ne sont pas compensés par les recettes qu’encaisse l’Etat sur la contribution des immigrés légaux et de leurs descendants au PIB de la France (21,13 Mds d’euros). Si l’on excluait les descendants d’immigrés de ces calculs, une partie des coûts régaliens (police /justice /gendarmerie) et des coûts sociétaux ou des manques à gagner (fraudes / trafics/ prostitution…) qui se montent respectivement à 13,63 Mds et 38,46 Mds d’euros disparaîtraient d’un seul clic et ramèneraient le déficit de l’immigration dans une fourchette de 4 à 15 Mds d’euros qui est celle des économistes de gauche. En opposition totale avec les économistes de la mouvance Polémia comme André Posokhow qui le positionnent entre 256 et 298 Mds d’euros.

Georges Fenech :
Cette réticence remonte à notre histoire, aux questions de fichage, la question juive sous Vichy, le fichage des enfants juifs. Cela remonte à notre culture, à notre histoire et au sentiment de délation et de discrimination. Or, le contexte n’est plus le même aujourd'hui. Il s'agit précisément d'avoir des études objectives qui permettent de tirer des conséquences sur les politiques publiques pour, par exemple, la question de l'attribution des logements afin d’éviter des phénomènes de communautarisme, pour la question de la mixité dans les classes d'école afin d’éviter une surreprésentativité d'origine étrangère pour permettre précisément cette mixité. Il y a de multiples conséquences.

A l’heure des débats sur le projet de loi immigration et sur la régularisation des sans-papiers dans les métiers en tension, ces solutions temporaires de régularisations pour des problèmes de main d'œuvre peuvent-elles contribuer à de l'insécurité sur plusieurs décennies au regard de l’exemple danois ?

Georges Fenech :
Cela concerne une position à caractère politique. Il s’agit de savoir comment il serait possible de reprendre le contrôle de nos flux migratoires. C’est une question très importante. Faut-il donner une forme de prime aux clandestins qui travaillent en les régularisant ? Cela constituerait un appel d'air pour les populations immigrées. Il faudrait éviter de faire ce choix.

Ce genre de régularisations de la clandestinité est une prime finalement à l'illégalité. Si on souhaite réduire de manière significative la délinquance dans notre pays, il faut mieux contrôler les flux migratoires et surtout aussi savoir beaucoup mieux intégrer. Pour cela, il est vital de connaître les éléments objectifs qui expliquent l'échec de l'intégration.