L’effet Gaza : la laïcité française résiste, le communautarisme anglo-saxon implose - Par Franz-Olivier Giesbert

Les errements du communautarisme anglo-saxon consécutifs à la guerre Hamas-Israël devraient nous inciter à défendre et renforcer la laïcité à la française.

« Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console. » Ce proverbe québécois, attribué faussement à Talleyrand, résume bien notre état d'esprit, alors que la France pourrait presque passer pour un îlot de tranquillité face à la folie communautariste qui s'est emparée du Royaume-Uni et des États-Unis : depuis la nouvelle guerre israélo-palestinienne, les agressions physiques sur les campus sont devenues le lot quotidien des étudiants juifs de l'autre côté de l'Atlantique, tout comme les clabauderies abjectes dans les manifestations d'outre-Manche : « Mort aux Juifs ! »

Notre République tient à peu près face à l'effet Gaza, alors qu'il déstabilise le « modèle » communautariste à l'anglo-saxonne, le prétendu éden du « vivre-ensemble », tant vanté chez nous par les petites frappes de l'islamo-gauchisme ou certaines « élites » hors sol de la macronie. N'est-il pas temps de tirer les conséquences de cet état de fait pour recommencer à croire en nous-mêmes, en notre drapeau, en nos valeurs et à la fameuse laïcité à la française ? Si elle ne nous a pas protégés du terrorisme islamiste, elle nous a en tout cas épargné les débordements de haine, de violence de rue.

Certes, la France ne fait pas nation, loin de là, dans l'épreuve que nous vivons, comme on peut l'observer à l'école et à l'université où le Hamas fait beaucoup d'émules, tandis que des lieux de culte catholiques sont régulièrement saccagés, à l'instar de la basilique du Sacré-Cœur de Rouen, la semaine dernière, ou de l'église de Ladornac, en Dordogne, il y a peu. Pardon d'en parler. Je sais : c'est péché, il ne faut pas stigmatiser, il n'existe pas de christianophobie en France, circulez, y a rien à voir. Malgré cela, on est en droit de se demander si le Royaume-Uni et les États-Unis ne sont pas beaucoup plus proches que nous de la guerre civile, alors que, depuis des années, en France, les plus hautes autorités ont, par fatalisme ou progressisme, laissé la France glisser dans une sorte de communautarisme qui ne disait pas son nom.

C'est la laïcité qui nous protégera du spectre des guerres de religion. Inutile de circonvoluer : elles nous menacent à plus ou moins long terme. Jusqu'à présent, la laïcité était portée par une gauche patriote et universaliste, héritière du siècle des Lumières. Or, il y a une vingtaine d'années, elle a commencé à rompre avec son passé. Investie par les néobourgeois écolo-gauchistes, elle a délaissé les classes populaires au profit du FN, puis du RN après que fut jetée par-dessus bord la valeur travail avec les stupides 35 heures, ce qui permet aujourd'hui à Marine Le Pen de parler en Mère du Peuple. Pour racoler l'électorat musulman, mais aussi, hélas, l'islamiste ou l'antisémite, elle a bazardé la laïcité pour se vautrer dans la bigoterie, comme le montrait, à leurs universités d'été, l'extase des militants « insoumis » ou « écolos » quand apparut devant eux le rappeur Médine : on aurait dit des pharisiens devant la Sainte Vierge !

Réveille-toi, Jaurès, ils sont devenus fous ! Cofondateur du Parti socialiste, Jean Jaurès fut l'un des principaux rédacteurs de la loi de 1905, instituant la séparation des Églises et de l'État. Ce n'était pas un anticalotin au front bas, celui pour qui notre « aspiration vers l'infini » était la preuve de l'existence de Dieu. En plus du reste, il a été aussi l'un des grands penseurs de la laïcité, cette « liberté vivante » comme il disait, qui était à ses yeux consubstantielle à la démocratie. À l'en croire, la démocratie et la laïcité étaient « indivisibles ». Ainsi déclarait-il dans son célèbre discours de Castres, le 30 juillet 1904 : « La démocratie ne peut réaliser son essence et réaliser son office, qui est d'assurer l'égalité des droits, que dans la laïcité. » La République qui chapeaute le tout, c'est, a-t-il écrit aussi, « le droit de tout homme, quelle que soit sa croyance religieuse, à avoir sa part de souveraineté ». Si elle nous défend tous, pourquoi ne pas la défendre pied à pied ?

Ne lâchons pas l'affaire : le 8 novembre, dans son superbe discours à la cérémonie de la remise du prix de la Laïcité, la présidente du jury, la journaliste-écrivaine Abnousse Shalmani, Française née en Iran, s'inquiétait qu'au nom de la tolérance nous ayons « laissé prospérer l'intolérance qui tue ». « Il n'y a pas de laïcité, disait-elle, il n'y a que des preuves de laïcité. » Au président et au gouvernement de nous en donner, au lieu de se tortiller comme des lombrics. Les Français n'attendent que ça. C'est ce que montre l'incroyable bond de la popularité de Gabriel Attal, le ministre de l'Éducation, quand il a interdit, à la rentrée dernière, le port de l'abaya à l'école, après des mois de piteuses tergiversations. Aimons-nous et le Ciel nous aimera !