La guerre de civilisation est-elle inéluctable ? - Par Franz-Olivier Giesbert

Avec la guerre entre le Hamas islamiste et Israël, l’Occident fait face à un « choc des civilisations », comme le prophétisait dès 1996 Samuel Huntington.


L'Histoire n'est jamais écrite. N'en déplaise aux marxistes qui croient à la seule influence des masses, il est souvent arrivé, dans le passé, que des individus inversent son cours. Churchill ou de Gaulle, par exemple. Ils avaient affaire eux aussi à une situation tragique.

L'Occident est aujourd'hui désigné comme l'empire du Mal, jusque dans son propre sein, par des foules de musulmans en colère. D'islamistes, pour être précis. Ne pas confondre. Ce ne sont pas les mêmes, si l'on prend la peine d'étudier les sondages. Les uns sont des fanatiques qui rêvent d'un califat mondial et veulent nous islamiser par tous les moyens. Les autres demandent simplement qu'on les laisse tranquilles.

« Tous les Arabes sont musulmans, tous les musulmans sont islamistes, donc être anti-islamiste, c'est être raciste » : c'est ce que nous appelons ici depuis longtemps le « théorème » du journal Le Monde. Repris par l'extrême gauche, les wokistes et une partie non négligeable des « élites » ou de l'opinion, il est, toute révérence gardée, faux et idiot. Une addition de sophismes ne constitue pas nécessairement une vérité.

Antiracisme, que de bêtises dit-on en ton nom ! En vertu du droit à la différence, il faudrait en finir avec la nation et la République qui broieraient nos identités. Il n'est que temps de nous reprendre mais, Dieu merci, le jour se lève : depuis quelques semaines, dans notre vieil Occident, beaucoup d'yeux chassieux se sont dessillés et d'esprits évolés (1), réveillés.

Tout était annoncé dans « Le Choc des civilisations » de l'universitaire américain Samuel Huntington, paru en 1996 (2). C'est sans doute pourquoi il a provoqué un tel tollé. Après la chute du bloc soviétique et de ce qu'on appelait le monde bipolaire – entre l'Est et l'Ouest –, il prédisait l'avènement d'une ère nouvelle où les conflits internationaux ne seraient plus idéologiques mais culturels, voire religieux.

Avoir raison trop tôt est un grand tort : Samuel Huntington fut traité de va-t-en-guerre, d'islamophobe et affublé d'autres épithètes plus injurieuses, pour avoir écrit que le nouvel ordre mondial, multipolaire, se structure désormais autour de huit à neuf civilisations comme l'indienne ou hindouiste ; la chinoise, marquée par les enseignements de Confucius ; ou encore la musulmane prosélyte et conquérante, à l'image du christianisme (« À long terme, Mahomet gagnera »). Après avoir étendu son influence sur la planète au nom de l'universalisme – un mirage, selon Huntington –, la civilisation occidentale roule, à l'en croire, sur la pente du déclin.

Rongé par le wokisme, le décolonialisme et la haine de soi, l'Occident se retrouve, ces jours-ci, face à une coalition impressionnante, conduite par tous les satrapes de la planète, ceux d'Iran, de Turquie, de Chine ou de Russie : depuis la relance du conflit israélo-palestinien, c'est comme si le monde entier ou presque s'était ligué contre nous pour soutenir à Gaza la mafia de prévaricateurs fanatiques du Hamas, tel leur chef, le multimilliardaire Khaled Mechaal. Voilà des années qu'elle fait régner la terreur sur la population palestinienne de Gaza dont elle détourne l'aide et qu'elle utilise comme « bouclier humain ». Comme l'a bien dit Laurent Wauquiez, rien ne sera jamais possible sans la destruction de cette clique. Ni la création d'un État palestinien ni la paix dans la région.

L'importation du conflit israélo-palestinien en Occident, avec ses drapeaux de Daech et ses actes antisémites, n'a pas fini de traumatiser les peuples et leurs gouvernants apathiques ou confits dans l'angélisme. Elle les condamne à s'attaquer enfin au phénomène islamiste. Pas seulement sur le plan du terrorisme, ce qui va de soi, mais aussi sur le terrain de l'influence idéologique qui gangrène les grandes institutions, y compris, par exemple, notre cher Conseil d'État. Si l'on veut « écraser l'infâme », comme disait Voltaire à propos de l'obscurantisme religieux, il ne faut plus hésiter à le nommer et à dénoncer les organisations qui en sont les complices ou les fourriers. La moindre n'étant pas l'ONU, devenue, au fil du temps, une succursale islamiste qui n'abuse que les benêts.

Honte à la France et aux démocraties qui ont participé, la semaine dernière, à Genève, au Forum social du Conseil des droits de l'homme des Nations unies que présidait… l'Iran, dirigé par une mafia de mollahs corrompus et sanguinaires. Puissions-nous relever la tête et faire preuve du courage qui nous a tant fait défaut ces dernières décennies. En nous souvenant d'un des principaux enseignements de Sun Tzu, général chinois du VIe siècle avant notre ère : à ses yeux, l'art de la guerre consiste à la gagner sans la faire, mais en la préparant, ce que l'ancien président américain Ronald Reagan avait résumé par la formule « peace through strength » (« la paix par la force »). Jusqu'à présent, le moins que l'on puisse dire est que notre faiblesse ne nous a pas réussi.

1. Évolé : étourdi en vieux français. 2. Odile Jacob.