Dominique Reynié: «L’écologisme permet à la gauche de recycler son vieux combat contre le capitalisme»
Pour le directeur général de la Fondapol, l’objectif, légitime, de lutte contre le réchauffement climatique est aujourd’hui accaparé par un écologisme intolérant.
LE FIGARO. - Alors que certains demandent un délai sur les passoires thermiques (Bruno Le Maire et Édouard Philippe), d’autres refusent d’appliquer le « zéro artificialisation nette » dans leur région (Laurent Wauquiez) ou dénoncent l’écologie bureaucratique de fragmentation (David Lisnard). La politique climatique est-elle en train de devenir un clivage politique ?
Dominique REYNIÉ. - Oui, et c’est d’autant plus significatif que les critiques émanent d’élus, notamment d’élus locaux importants, et que le différend ne porte pas sur la réalité du réchauffement climatique, mais sur les réponses à lui apporter. On peut estimer que ces réponses posent des problèmes de fond.
D’abord, elles n’ont pas fait l’objet d’une véritable discussion générale, elles ne sont pas le fruit d’un grand débat national, encore moins européen, conduisant à adopter les politiques climatiques aujourd’hui en cours de déploiement. Ensuite, on ne voit pas non plus de quelles élections ces politiques sont le résultat.
D’abord, elles n’ont pas fait l’objet d’une véritable discussion générale, elles ne sont pas le fruit d’un grand débat national, encore moins européen, conduisant à adopter les politiques climatiques aujourd’hui en cours de déploiement. Ensuite, on ne voit pas non plus de quelles élections ces politiques sont le résultat.
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Lors des élections européennes de 2019, le total des votes en faveur d’une liste écologiste n’a été que de 9,4 % pour l’ensemble de l’Union européenne. En France, en 2022, ni l’élection présidentielle ni les élections législatives n’ont donné lieu à une percée de l’écologisme. Cette réalité peut étonner dans le contexte du réchauffement climatique et de l’intense communication à propos de cet enjeu, désormais omniprésent dans les médias, très présent à l’école et à l’université, dans les administrations, dans le marketing et la publicité, etc.
Les politiques climatiques mises en place procèdent davantage d’accords entre des chefs d’État et de gouvernement, de négociations entre des groupes parlementaires européens ou nationaux, que d’une percée électorale des écologistes. C’est la raison pour laquelle les défenseurs de ces politiques climatiques privilégient le recours à l’autorité de l’expertise, généralement il s’agit du Giec.
Mais cela revient à considérer que les décisions sont prises au nom de vérités scientifiques, et par conséquent que les citoyens ne peuvent prétendre les contester, faute d’avoir la compétence requise. C’est d’autant plus problématique que certains membres du Giec n’hésitent pas à utiliser leur autorité scientifique pour exprimer des opinions politiques. Lorsque Jean Jouzel estime que le capitalisme est antinomique avec les politiques climatiques, il ne parle plus en climatologue.
De fait, telle que les Européens la voient se déployer, la lutte contre le réchauffement climatique se révèle idéologiquement orientée : centralisation, bureaucratisation, planification, hyperréglementation, fiscalisation, méfiance ou hostilité à l’égard du capital, de l’entreprise et du profit… sont des caractéristiques d’une politique de gauche. Dans une Union européenne électoralement plus à droite que jamais, la contradiction est en passe de devenir problématique.
Lors des élections européennes de 2019, le total des votes en faveur d’une liste écologiste n’a été que de 9,4 % pour l’ensemble de l’Union européenne. En France, en 2022, ni l’élection présidentielle ni les élections législatives n’ont donné lieu à une percée de l’écologisme. Cette réalité peut étonner dans le contexte du réchauffement climatique et de l’intense communication à propos de cet enjeu, désormais omniprésent dans les médias, très présent à l’école et à l’université, dans les administrations, dans le marketing et la publicité, etc.
Les politiques climatiques mises en place procèdent davantage d’accords entre des chefs d’État et de gouvernement, de négociations entre des groupes parlementaires européens ou nationaux, que d’une percée électorale des écologistes. C’est la raison pour laquelle les défenseurs de ces politiques climatiques privilégient le recours à l’autorité de l’expertise, généralement il s’agit du Giec.
Mais cela revient à considérer que les décisions sont prises au nom de vérités scientifiques, et par conséquent que les citoyens ne peuvent prétendre les contester, faute d’avoir la compétence requise. C’est d’autant plus problématique que certains membres du Giec n’hésitent pas à utiliser leur autorité scientifique pour exprimer des opinions politiques. Lorsque Jean Jouzel estime que le capitalisme est antinomique avec les politiques climatiques, il ne parle plus en climatologue.
De fait, telle que les Européens la voient se déployer, la lutte contre le réchauffement climatique se révèle idéologiquement orientée : centralisation, bureaucratisation, planification, hyperréglementation, fiscalisation, méfiance ou hostilité à l’égard du capital, de l’entreprise et du profit… sont des caractéristiques d’une politique de gauche. Dans une Union européenne électoralement plus à droite que jamais, la contradiction est en passe de devenir problématique.
Dominique Reynié: «L’écologisme permet à la gauche de recycler son vieux combat contre le capitalisme» (lefigaro.fr)
Un écologisme intolérant s’active à étouffer le débat public, au nom d’une sorte d’altruisme autoritaire. C’est un des aspects de notre époque, avec le retour de l’inquiétude eschatologique et d’un fanatisme doctrinaire dont la puissance d’expression est décuplée par les outils numériques.
Le réchauffement est notre nouveau régime de vie. Nous devons donc réfléchir aux moyens de nous y adapter.
Ne pas faire bénéficier l’écologie de la puissance du capitalisme, c’est sacrifier le climat et la démocratie à l’idéologie.
En réalité, la démocratie doit beaucoup à l’industrialisation, c’est-à-dire à la carbonation des sociétés.
