18 juin 1815, Waterloo : le défi de trop ? - Par Thierry Lenz

Napoléon revient de l’île d’Elbe avec l’ambition de refonder son pouvoir et de forcer les Alliés à négocier en frappant vite et fort . Malgré une préparation difficile, il est à deux doigts de réussir.

L’armée est affaiblie par les coupes budgétaires de la Restauration. Naléon ne dispose que de 150 000 à 180 000 hommes, contre près d’un million pour la coalition à l’automne. Il reconstitue ses forces par des rappels massifs, des artifices juridiques et la mobilisation de la Garde nationale. L’équipement reste très insuffisant (uniformes disparates, cavaliers sans selle, cuirassiers sans cuirasse). La troupe est enthousiaste, mais la confiance envers les officiers est limitée .

Les Alliés décident dès mars 1815 d’attaquer Napoléon sans négociation possible. Napoléon choisit de00 prendre l’initiative et de frapper le point faible : les armées anglo-néerlandaise et prussienne stationnées en Belgique . Son plan : les battre séparément avant d’entrer à Bruxelles.

Napoléon veut séparer les deux armées ennemies en se glissant entre elles, stratégie déjà utilisée en 1796 . Mais les Alliés ont anticipé : ils ont décidé de ne jamais se séparer et de se secourir mutuellement . C’est ce qui se produit : les Prussiens reviennent vers Wellington, ce que Napoléon comprend trop tard.

16 juin : victoire française à Ligny, les Prussiens battent en retraite mais pas vers l’Allemagne comme prévu.

18 juin : Wellington tient le plateau de Mont-Saint-Jean en position défensive, attendant les Prussiens .

Les positions fortifiées (Hougoumont, Haie-Sainte, Papelotte) jouent un rôle crucial dans la résistance alliée .

Ney lance une charge de cavalerie inutile de 10 000 hommes.

La Garde impériale échoue à percer le centre anglais.

L’arrivée de 70 000 Prussiens sur le flanc français provoque l’effondrement général.

Napoléon apparaît apathique, malade, peu mobile, et reste en retrait des opérations. Il laisse Ney prendre des décisions majeures, donne des ordres peu clairs et lit mal ses cartes.

Longtemps accusé, Grouchy est aujourd’hui largement réhabilité : ordre de poursuite donné trop tard ; absence d’ordre clair de revenir vers Napoléon ; impossibilité matérielle de rejoindre Waterloo à temps.

Wellington est célébré comme vainqueur, mais la victoire est anglo-prussienne :,nWellington tient jusqu’à l’arrivée de Blücher ; les Prussiens jouent un rôle décisif dans la bataille et la poursuite ; une partie importante de l’armée de Wellington est germanique (Hanovre, Brunswick, Nassau)

Napoléon tente d’abord de reprendre la main, envisage même un coup d’État, mais se heurte à l’opposition des Chambres et de Fouché . Il abdique le 22 juin, demandant que son fils soit proclamé empereur .

Les pertes sont énormes : près de 24 000 morts et 65 000 blessés pour l’ensemble de la campagne. Le Traité de 1815 est très sévère : pertes territoriales, indemnité de 700 millions, occupation par 150 000 soldats. Waterloo marque la fin durable de l’ambition française de prépondérance en Europe : rien ne peut plus se faire sans Londres.