13 juin 1936 : l’enterrement de « Madame la Grève »

Les ouvriers de l’Usine Renault en grève, sont massés sur le pont Seguin : [photographie de presse] / Agence Meurisse- 1936 © BNF

Le mot de Laurent Sailly pour Grandes Chroniques de France

La victoire électorale du Front populaire le 3 mai 1936 suscite un immense espoir parmi les ouvriers. Chez Renault, la grève éclate le 28 mai autour de revendications majeures : Quarante heures ! Congés payés ! Convention collective ! Les ouvriers occupent l’usine, organisent des piquets de grève et entretiennent les machines dans une ambiance fraternelle, mêlant discipline, solidarité et distractions.

Malgré une première négociation partielle, le sentiment d’avoir été trompés relance le mouvement, qui s’étend bientôt à toute la France. Les Accords Matignon (7–8 juin) consacrent plusieurs avancées sociales : conventions collectives, liberté syndicale, hausse des salaires, délégués ouvriers. Une convention collective de la métallurgie instaure : 40 heures, 2 semaines de congés payés, +15 % de salaires, droits des délégués ouvriers.

Le 13 juin, plus de 30 000 ouvriers défilent dans Boulogne‑Billancourt dans un cortège festif et burlesque : chars fleuris, tableaux vivants, parodies, effigies brûlées, slogans, chants . Le cortège met en scène « l’enterrement de Madame la Grève » et « du Capital », dans une ambiance de victoire et de joie populaire.

Les 40 heures sont rapidement contestées ; elles sont abandonnées en 1938 pour raisons de défense nationale (guerre d’Espagne, réarmement allemand). En revanche, les congés payés deviennent un acquis durable.

Pour Simone Weil, la grève est avant tout une libération morale : relever la tête après des années d’humiliation, se sentir enfin des hommes, éprouver une joie pure, indépendante même des revendications matérielles. La grève de Renault en juin 1936 apparaît comme un moment fondateur de l’histoire sociale française.