J'ai lu et aimé : « L’Algérie, vérités et légendes » de Xavier Driencourt - Par Laurent Sailly


Dans un livre passionnant aussi documenté qu’iconoclaste, Xavier Driencourt, deux fois ambassadeur de France à Alger (de 2008 à 2012 et de 2017 à 2020), publie chez Perrin « L’Algérie, vérités et légendes » évoque deux siècles d’histoire franco-algérienne pour déconstruire les récits officiels entretenus des deux côtés de la Méditerranée.

Xavier Driencourt conteste l’idée d’une conquête française planifiée dès l’origine : selon lui, l’expédition de 1830 résulte surtout d’un enchaînement de circonstances politiques, diplomatiques et militaires, avant que la colonisation ne s’installe progressivement. Il rappelle aussi l’effacement, dans le récit national algérien, des héritages romain, chrétien et juif, jugés incompatibles avec la mémoire officielle postcoloniale.

L’ancien ambassadeur voit dans les massacres de Sétif du 8 mai 1945 le véritable point de rupture entre Français et Algériens, ouvrant la voie à la guerre d’indépendance. Il insiste sur la complexité de ce conflit, à la fois guerre de décolonisation, guerre civile française, guerre civile algérienne et crise de l’armée. L’indépendance de 1962 est confisquée par l’armée, qui fonde un régime politico-militaire durable. Les harkis, abandonnés par la France, incarnent selon lui l’une des grandes fautes morales de la décolonisation. Pour l’auteur, le pouvoir algérien actuel demeure solide grâce au contrôle de l’armée, à la répression politique, aux élections verrouillées et à une légitimité entretenue par le souvenir de la guerre d’indépendance. Il estime que la France, par peur de l’instabilité ou de l’islamisme, accepte trop souvent les provocations d’Alger et maintient une politique de concessions. Driencourt plaide donc pour une relation plus ferme et plus lucide : révision de l’accord franco-algérien de 1968, réduction des visas, contrôle des élites proches du régime et action européenne coordonnée. Au fond, l’ouvrage décrit une relation prisonnière des non-dits, des manipulations mémorielles et de l’incapacité des deux pays à affronter leur histoire commune avec clarté.