Jai lu et aimé : « France-Algérie. De 1962 à nos jours. Histoire d’une relation pathologique » de Pierre Vermeren - Par Laurent Sailly
Selon l’auteur, la guerre d’Algérie ne suffit plus à expliquer les tensions actuelles : celles-ci tiennent surtout à l’évolution interne de l’Algérie indépendante. L’échec du développement, l’absence de libertés publiques, la guerre civile des années 1990 puis le Hirak de 2019 (série de manifestations hebdomadaires) ont fragilisé le régime, qui a régulièrement réactivé la figure de l’ennemi français pour ressouder la nation et détourner les frustrations populaires.
Vermeren souligne aussi les ambiguïtés françaises. Après 1962, la France a maintenu une coopération massive avec l’Algérie pour préserver son influence stratégique, économique et diplomatique. L’accord migratoire de 1968 a instauré un régime particulièrement favorable aux Algériens, devenu aujourd’hui un point de blocage majeur. Dans le même temps, les élites françaises auraient souvent analysé l’Algérie à travers des catégories dépassées, oscillant entre repentance, concessions mémorielles et méconnaissance des réalités politiques algériennes. Le paradoxe central réside dans la coexistence d’un discours officiel algérien violemment antifrançais et d’un attrait persistant pour la France, notamment à travers les visas, la diaspora, la langue et les réseaux religieux comme la Grande Mosquée de Paris. Pour Vermeren, les tentatives de réconciliation menées sous Hollande puis Macron ont échoué, car Alger n’a rien cédé sur les archives, les expulsions ou la mémoire. L’historien estime enfin qu’une relation plus froide, moins chargée d’affects et de dépendances symboliques, pourrait être plus saine pour les deux pays.

