C’est votre sexe qui fait la différence - De Claudine Junien et Nicole Priollaud
Saviez-vous que nos 63.000 milliards de cellules ont un sexe dès l’instant de la conception ?
Le livre C'est votre sexe qui fait la différence (Plon) co-écrit avec Nicole Priollaud, spécialiste de la littérature scientifique, avec la généticienne et professeure émérite de génétique médicale Claudine Junien, balaie la doxa du genre qui voit dans les différences entre les sexes de simples constructions sociales. Elles expliquent pourquoi le sexe imprègne chacun de nos chromosomes, ce qui occasionne des différences en termes de santé.
Un ouvrage abondamment documenté, qui étonne et bouscule nos idées reçues et qui plaide pour une médecine différenciée en fonction du sexe.
Certaines maladies – Alzheimer, dépression – touchent plus les femmes. Mais, on trouve quatre fois plus d'autistes chez les garçons, et 20% de plus de cancers chez les hommes. Et s'il s'agissait d'une différence liée au sexe ? Pourtant, la recherche et la médecine font comme s'il n'y avait qu'un seul sexe, le mâle étalon...
Le patient est en droit de s'interroger : une médecine " personnalisée " sans différencier les deux moitiés de l'humanité ? Les mêmes traitements pour tous malgré plus d'effets indésirables des médicaments chez les femmes, et pas de dépistage chez les hommes de l'ostéoporose, maladie " de femme " ? Au nom de la parité de genre, on voudrait gommer ces différences, alors que 263 040 études démontrent à ce jour que nous ne fonctionnons pas pareil. Partout dans le monde, sauf en France...
Nos 63 000 milliards de cellules ont un sexe dès l'instant de la conception, le saviez-vous ? Les mécanismes de la douleur et de la dépression sont différents selon le sexe, c'est démontré, mais on prescrit le même traitement indifféremment ! À tous les âges, avant même la naissance, c'est le sexe qui fait la différence, pour la vie ; c'est le sexe qui doit changer les codes de la recherche, de la médecine, de la société.
Éditeur : Plon (16 février 2023)
Langue : Français
Broché : 336 pages
ISBN-10 : 2259305776
ISBN-13 : 978-2259305778
Poids de l'article : 400 g
Dimensions : 14.3 x 2.5 x 22.7 cm
Des jouets genrés aux maladies cardiovasculaires en passant par l'addiction au tabac, le professeur émérite explore les différentes facettes de la différence des sexes et montre combien celle-ci est modelée par la biologie. Il est illusoire de prétendre pouvoir «changer de sexe», argumente-t-elle.
LE FIGARO.- De l'ignorance à l'idéologie en passant par les fausses croyances, les notions de genre et de sexe aujourd'hui sont à l'origine de violents débats. Côté sexe, Ils reposent sur des notions périmées non conciliables. Quelles sont ces notions obsolètes qui ne demandent qu'à être déconstruites ?
On confond fréquemment le terme « genre », d'apparition récente par le biais des « Gender Studies », avec, le terme « sexe » très ancien mais trop souvent ramené à une vision « bikini ». Cette vision se limite donc encore, pour beaucoup, aux organes reproducteurs visibles, et à la sexualité. La grande confusion entre ces deux termes est telle que pour certains, changer de sexe serait comparable à changer de genre : un jeu d'enfant quand on se sent mal dans un sexe attribué à la naissance, sans consentement. Quoi de plus simple que d'avoir recours à des hormones si différentes qualitativement et quantitativement, pour corriger la nature, et pourquoi pas avec l'aide de la chirurgie ? Puisque, pour la majorité, croire encore que genre (assimilable au sexe) et sexe sont socialement et historiquement entièrement construits et que le simple fait d'évoquer un cerveau sexué serait de l'ordre de l'hérésie ? Toujours la vieille notion de « blank slate » (« page blanche ») !
Il est donc largement temps de s'approprier et d'adapter les données scientifiques irréfutables, dites-vous…
Pour se mettre au goût du jour scientifique, il faut accepter que le genre est à l'origine une donnée socioculturelle aux antipodes du sexe, qui est, elle, une donnée strictement biologique. Les progrès de la génétique nous ont appris que ce sont les chromosomes, supports de l'ADN, qui apparaissent dès la conception, sont présents dans chacune de nos milliers de milliards de cellules, et qui font de nous une « femme » avec la paire de chromosomes sexuelle XX ou, un « homme », avec la paire XY, de la tête aux pieds. Ainsi quand les hormones vont apparaître (entre la 6ième et la 8ième semaine de gestation) en quantités variables (gestation, périnatalité, puberté, ménopause) elles ne seront jamais seules mais toujours accompagnées de ces chromosomes et de leurs gènes, qui sont eux, dans toutes nos cellules et tout au long de la vie.
Trouvez-vous qu'aujourd'hui la biologie est niée ?
Le déni ou la minimisation du rôle de la biologie dans les différences liées au sexe, repose, en partie sur la confusion entre les notions de sexe et celle de genre, d'inné et d'acquis, de facteurs génétiques et environnementaux. Une idée reçue domine : la croyance qu'on ne peut pas agir sur la génétique en raison de l'inertie de l'ADN, alors que l'on pourrait agir sur tout ce qui est lié à l'environnement par le biais de l'épigénétique, considérée – en partie à raison - comme réversible, mais pas dans sa totalité. Cette idée reçue oriente la préférence vers les seuls facteurs environnementaux plus faciles à manipuler. Dans l'esprit du plus grand nombre les différences liées au sexe (DLS) résulteraient de constructions sociales et historiques qu'il n'y aurait plus qu'à déconstruire (grand mythe sur les stéréotypes). Cette croyance dans le rôle majeur et quasi exclusif d'un environnement omniprésent dépend de la nature de la formation : scientifique ou non.
Y a-t-il une forme d'exception française sur ce sujet ?
Entre ignorance et rejet, cette exception française fait partie d'une idéologie à laquelle on adhère encore de nos jours. Il faut peut-être remonter à l'époque de Trofim Lyssenko (1898-1976), l'égérie soviétique et à sa déplorable manie de mélanger sans discernement Science et Politique à propos de la biologie végétale. Ses « errances » rejetaient la « génétique bourgeoise » et faisaient toute la place à des « facteurs environnementaux », en plein obscurantisme pour l'époque.
Il est toutefois difficile d'admettre qu'en près de trois quarts de siècle la France intellectuelle n'a pas été capable de chasser ses vieux démons et de se mettre à jour sur le plan scientifique par la reconnaissance des DLS qui s'appuient sur 308.324 références scientifiques (PubMed) dûment validées mais largement ignorées. Consultées et prises en compte ces DLS permettraient de lutter contre une pseudo-science, et de nombreuses contre-vérités. Laissons à la Sociologie et à l'Histoire le soin de rechercher d'autres motifs à ce retard voire à l'obscurantisme français.
Vous évoquez la question des athlètes transgenres et de leur place dans les compétitions sportives féminines. Est-il juste que les trans puissent y participer ? Cette question est-elle révélatrice de la part déterminante de la biologie dans la différence des sexes ?
Le genre étant une dimension socioculturelle et historique il est possible de changer de genre, avec l'assentiment de l'entourage, de la société, et de l'administration. En revanche on ne peut pas changer de sexe, donnée biologique inaliénable trouvant son origine mécanistique dans 1/4 des gènes du chromosome X et dans tous les gènes du chromosome Y, présents dans toutes nos cellules depuis la conception et tout au long de la vie. Alors que le rôle des chromosomes est ignoré par un grand nombre, quoi de plus naturel que de s'adresser aux hormones -liées spécifiquement à chaque sexe- et/ou à la chirurgie pour remédier à l'« incongruence de genre » - c'est-à-dire l'inadéquation avec le sexe déclaré à la naissance — ou à la « dysphorie de genre », c'est-à-dire la souffrance ressentie du fait de cet état ? Mais ce serait croire au seul rôle des hormones dans la détermination du sexe, faire fi de leurs variations (gestation, puberté, ménopause), de leurs effets organisationnels (non réversibles) et, de plus, ignorer les différences dues aux effets des gènes des chromosomes sexuels qui permettent d'exprimer de manière différente 1/3 de l'ensemble de nos gènes selon le sexe.
Ces différences sont à l'origine de la mise en place de différences, dont des différences anatomiques notables entre femmes et hommes : la masse maigre est, en moyenne, de 36% supérieure chez les hommes, qui ont par exemple une masse musculaire -73% plus importante dans les bras- ce qui accroît considérablement la force des hommes par rapport à celle des femmes. Inversement les femmes ont en moyenne une masse grasse plus importante que celle des hommes. Or ces différences ne disparaissant pas sous l'effet des hormones : est-il juste de laisser concourir ces individus devenus femelles par leur genre mais restées mâles par leur sexe -présent dans toutes leurs cellules- contre des femmes ? Pour embrasser une carrière de pilote d'avion, personne ne trouve à redire au fait qu'il faille réussir à des tests de vision et d'audition ? Et il n'est toutefois pas inutile de rappeler qu'en 2014, aux États-Unis, à l'issue d'un combat d'arts martiaux mixtes (MMA) opposant un homme transgenre et une «vraie» femme, celle-ci s'en est sortie avec une commotion cérébrale, une fracture osseuse orbitaire et sept agrafes à la tête dès le premier tour... Avis aux amatrices !
On ne prend pas en compte les différences biologiques dans les enjeux sanitaires et sociaux. Pouvez-vous donner des exemples dans le domaine de la santé où ces différences sont importantes ?
Les DLS sont encore largement inconnues de la majorité, mais le fait qu'un tiers de nos gènes s'expriment différentiellement dans 44 tissus dont 11 de cerveau suggèrent l'importance des DLS et donc d'importantes différences dans les mécanismes d'action au niveau des cellules. Ces différences sont-elles dues à des facteurs d'origine génétique ou à des facteurs d'origine environnementale ? Les deux, et en interaction !
Il est important de décrire et d'inventorier les DLS mais le plus important est de comprendre les mécanismes d'action. Pourquoi l'autisme qui semble en augmentation à travers le monde touche 4 à 5 fois plus les garçons que les filles, qui sont diagnostiquées plus tardivement ? Et Inversement pour l'anorexie qui touche 9 filles pour un garçon ? Depuis le milieu des années 2000 la recherche a pu mettre en évidence que la transmission du stimulus douloureux passe par des types cellulaires différents, des cellules T du système immunitaire chez les femmes et des cellules de la microglie du système nerveux chez les hommes ce qui expliquerait pourquoi les femmes sont plus « douillettes » que les hommes. Au niveau moléculaire, l'étude des niveaux d'expression des gènes dans différents tissus de femmes et d'hommes déprimés ont montré que pour la dépression les réseaux de gènes impliqués dans 6 régions différentes du cerveau diffèrent beaucoup plus qu'ils ne se ressemblent, entre les femmes et les hommes. Un bon argument pour chercher de nouveaux médicaments de façon différente, en ciblant par exemple les mécanismes impliquant des réseaux de gènes régulés de façon opposée chez les femmes comparées aux hommes.
Le cerveau aussi est-il sexué ?
Les hormones ne peuvent pas être tenues pour seules responsables des différences observées entre mâles et femelles. Ainsi plus précisément les gènes des chromosomes X et Y sont à l'origine des DLS qui apparaissent dès la conception et jusqu'à la détermination du sexe à partir de la gonade primitive. C'est sous l'influence du gène SRY spécifique du mâle situé sur le chromosome Y, entre la sixième et la huitième semaine que va se produire la détermination du sexe, avant l'apparition des hormones mâles et femelles sécrétées par les gonades différenciées, (ovaires et testicules). Ce sont donc les chromosomes et uniquement les chromosomes qui sont responsables dans toutes nos cellules des DLS observées avant cette période. Comme tous nos organes, toutes nos cellules, neurones compris, le cerveau ne souffre aucune exception : il est aussi sexué. Ainsi dans la maladie de Parkinson outre certains mécanismes dopaminergiques, des études récentes ont montré que le gène SRY joue un rôle-clé, impossible chez la femme, du fait de son absence. Or cette maladie affecte 2 fois plus d'hommes que de femmes ! Dans le cerveau comme nous l'avons vu, les DLS qui sont détectées sont dues aux chromosomes puis aux hormones d'origine génétique (sexe), elles aussi.
À propos des jouets sexués, vous affirmez que la socialisation semble n'avoir qu'un effet modulateur sur des différences comportementales en réalité ancrées dans la biologie…. Qu'est-ce à dire ?
De nombreuses études ont comparé l'usage d'objets divers et les comportements ludiques au cours de jeux des jeunes en fonction de leur sexe. Comme chez l'humain, il existe chez l'animal des DLS dans les types d'objets utilisés comme jouets par les jeunes femelles et les jeunes mâles. Les DLS observées chez les grands singes, les rats ou les souris ressemblent à celles observées chez les humains. En toute bonne foi, pourtant, certains parents s'évertuent à apporter à leurs enfants une éducation « neutre », plutôt que de laisser libre cours à la nature. Cette attitude va malheureusement à l'encontre de ce que les neurosciences nous ont révélé ! On sait maintenant que le noyau préoptique de l'hypothalamus dans le cerveau montre un important dimorphisme sexuel, en faveur des mâles dans plusieurs espèces, y compris l'humain. Or de nombreuses études le montrent : cette région possède des neurones impliqués dans le développement de divers comportements liés au sexe chez l'enfant et l'adulte dont : les jeux infantiles, l'activité copulatoire du mâle, les comportements maternels...
Suffirait-il de «désexuer» les jouets, les «dérosifier», par exemple, ou concevoir des catalogues mixtes, pour changer les préférences des enfants? La socialisation semble n'avoir qu'un effet modulateur sur ces différences comportementales sexuées enracinées dans notre héritage biologique et lié à l'évolution – elle peut les amplifier ou les atténuer, en aucun cas elle ne peut les inverser, les créer ou les détruire.
Le patient est en droit de s'interroger : une médecine " personnalisée " sans différencier les deux moitiés de l'humanité ? Les mêmes traitements pour tous malgré plus d'effets indésirables des médicaments chez les femmes, et pas de dépistage chez les hommes de l'ostéoporose, maladie " de femme " ? Au nom de la parité de genre, on voudrait gommer ces différences, alors que 263 040 études démontrent à ce jour que nous ne fonctionnons pas pareil. Partout dans le monde, sauf en France...
Nos 63 000 milliards de cellules ont un sexe dès l'instant de la conception, le saviez-vous ? Les mécanismes de la douleur et de la dépression sont différents selon le sexe, c'est démontré, mais on prescrit le même traitement indifféremment ! À tous les âges, avant même la naissance, c'est le sexe qui fait la différence, pour la vie ; c'est le sexe qui doit changer les codes de la recherche, de la médecine, de la société.
Éditeur : Plon (16 février 2023)
Langue : Français
Broché : 336 pages
ISBN-10 : 2259305776
ISBN-13 : 978-2259305778
Poids de l'article : 400 g
Dimensions : 14.3 x 2.5 x 22.7 cm
«On peut changer de genre mais pas de sexe»: les leçons oubliées de la génétique
Par Eugénie Bastié
Des jouets genrés aux maladies cardiovasculaires en passant par l'addiction au tabac, le professeur émérite explore les différentes facettes de la différence des sexes et montre combien celle-ci est modelée par la biologie. Il est illusoire de prétendre pouvoir «changer de sexe», argumente-t-elle.
LE FIGARO.- De l'ignorance à l'idéologie en passant par les fausses croyances, les notions de genre et de sexe aujourd'hui sont à l'origine de violents débats. Côté sexe, Ils reposent sur des notions périmées non conciliables. Quelles sont ces notions obsolètes qui ne demandent qu'à être déconstruites ?
On confond fréquemment le terme « genre », d'apparition récente par le biais des « Gender Studies », avec, le terme « sexe » très ancien mais trop souvent ramené à une vision « bikini ». Cette vision se limite donc encore, pour beaucoup, aux organes reproducteurs visibles, et à la sexualité. La grande confusion entre ces deux termes est telle que pour certains, changer de sexe serait comparable à changer de genre : un jeu d'enfant quand on se sent mal dans un sexe attribué à la naissance, sans consentement. Quoi de plus simple que d'avoir recours à des hormones si différentes qualitativement et quantitativement, pour corriger la nature, et pourquoi pas avec l'aide de la chirurgie ? Puisque, pour la majorité, croire encore que genre (assimilable au sexe) et sexe sont socialement et historiquement entièrement construits et que le simple fait d'évoquer un cerveau sexué serait de l'ordre de l'hérésie ? Toujours la vieille notion de « blank slate » (« page blanche ») !
Il est donc largement temps de s'approprier et d'adapter les données scientifiques irréfutables, dites-vous…
Pour se mettre au goût du jour scientifique, il faut accepter que le genre est à l'origine une donnée socioculturelle aux antipodes du sexe, qui est, elle, une donnée strictement biologique. Les progrès de la génétique nous ont appris que ce sont les chromosomes, supports de l'ADN, qui apparaissent dès la conception, sont présents dans chacune de nos milliers de milliards de cellules, et qui font de nous une « femme » avec la paire de chromosomes sexuelle XX ou, un « homme », avec la paire XY, de la tête aux pieds. Ainsi quand les hormones vont apparaître (entre la 6ième et la 8ième semaine de gestation) en quantités variables (gestation, périnatalité, puberté, ménopause) elles ne seront jamais seules mais toujours accompagnées de ces chromosomes et de leurs gènes, qui sont eux, dans toutes nos cellules et tout au long de la vie.
Trouvez-vous qu'aujourd'hui la biologie est niée ?
Le déni ou la minimisation du rôle de la biologie dans les différences liées au sexe, repose, en partie sur la confusion entre les notions de sexe et celle de genre, d'inné et d'acquis, de facteurs génétiques et environnementaux. Une idée reçue domine : la croyance qu'on ne peut pas agir sur la génétique en raison de l'inertie de l'ADN, alors que l'on pourrait agir sur tout ce qui est lié à l'environnement par le biais de l'épigénétique, considérée – en partie à raison - comme réversible, mais pas dans sa totalité. Cette idée reçue oriente la préférence vers les seuls facteurs environnementaux plus faciles à manipuler. Dans l'esprit du plus grand nombre les différences liées au sexe (DLS) résulteraient de constructions sociales et historiques qu'il n'y aurait plus qu'à déconstruire (grand mythe sur les stéréotypes). Cette croyance dans le rôle majeur et quasi exclusif d'un environnement omniprésent dépend de la nature de la formation : scientifique ou non.
Y a-t-il une forme d'exception française sur ce sujet ?
Entre ignorance et rejet, cette exception française fait partie d'une idéologie à laquelle on adhère encore de nos jours. Il faut peut-être remonter à l'époque de Trofim Lyssenko (1898-1976), l'égérie soviétique et à sa déplorable manie de mélanger sans discernement Science et Politique à propos de la biologie végétale. Ses « errances » rejetaient la « génétique bourgeoise » et faisaient toute la place à des « facteurs environnementaux », en plein obscurantisme pour l'époque.
Il est toutefois difficile d'admettre qu'en près de trois quarts de siècle la France intellectuelle n'a pas été capable de chasser ses vieux démons et de se mettre à jour sur le plan scientifique par la reconnaissance des DLS qui s'appuient sur 308.324 références scientifiques (PubMed) dûment validées mais largement ignorées. Consultées et prises en compte ces DLS permettraient de lutter contre une pseudo-science, et de nombreuses contre-vérités. Laissons à la Sociologie et à l'Histoire le soin de rechercher d'autres motifs à ce retard voire à l'obscurantisme français.
Vous évoquez la question des athlètes transgenres et de leur place dans les compétitions sportives féminines. Est-il juste que les trans puissent y participer ? Cette question est-elle révélatrice de la part déterminante de la biologie dans la différence des sexes ?
Le genre étant une dimension socioculturelle et historique il est possible de changer de genre, avec l'assentiment de l'entourage, de la société, et de l'administration. En revanche on ne peut pas changer de sexe, donnée biologique inaliénable trouvant son origine mécanistique dans 1/4 des gènes du chromosome X et dans tous les gènes du chromosome Y, présents dans toutes nos cellules depuis la conception et tout au long de la vie. Alors que le rôle des chromosomes est ignoré par un grand nombre, quoi de plus naturel que de s'adresser aux hormones -liées spécifiquement à chaque sexe- et/ou à la chirurgie pour remédier à l'« incongruence de genre » - c'est-à-dire l'inadéquation avec le sexe déclaré à la naissance — ou à la « dysphorie de genre », c'est-à-dire la souffrance ressentie du fait de cet état ? Mais ce serait croire au seul rôle des hormones dans la détermination du sexe, faire fi de leurs variations (gestation, puberté, ménopause), de leurs effets organisationnels (non réversibles) et, de plus, ignorer les différences dues aux effets des gènes des chromosomes sexuels qui permettent d'exprimer de manière différente 1/3 de l'ensemble de nos gènes selon le sexe.
Ces différences sont à l'origine de la mise en place de différences, dont des différences anatomiques notables entre femmes et hommes : la masse maigre est, en moyenne, de 36% supérieure chez les hommes, qui ont par exemple une masse musculaire -73% plus importante dans les bras- ce qui accroît considérablement la force des hommes par rapport à celle des femmes. Inversement les femmes ont en moyenne une masse grasse plus importante que celle des hommes. Or ces différences ne disparaissant pas sous l'effet des hormones : est-il juste de laisser concourir ces individus devenus femelles par leur genre mais restées mâles par leur sexe -présent dans toutes leurs cellules- contre des femmes ? Pour embrasser une carrière de pilote d'avion, personne ne trouve à redire au fait qu'il faille réussir à des tests de vision et d'audition ? Et il n'est toutefois pas inutile de rappeler qu'en 2014, aux États-Unis, à l'issue d'un combat d'arts martiaux mixtes (MMA) opposant un homme transgenre et une «vraie» femme, celle-ci s'en est sortie avec une commotion cérébrale, une fracture osseuse orbitaire et sept agrafes à la tête dès le premier tour... Avis aux amatrices !
On ne prend pas en compte les différences biologiques dans les enjeux sanitaires et sociaux. Pouvez-vous donner des exemples dans le domaine de la santé où ces différences sont importantes ?
Les DLS sont encore largement inconnues de la majorité, mais le fait qu'un tiers de nos gènes s'expriment différentiellement dans 44 tissus dont 11 de cerveau suggèrent l'importance des DLS et donc d'importantes différences dans les mécanismes d'action au niveau des cellules. Ces différences sont-elles dues à des facteurs d'origine génétique ou à des facteurs d'origine environnementale ? Les deux, et en interaction !
Il est important de décrire et d'inventorier les DLS mais le plus important est de comprendre les mécanismes d'action. Pourquoi l'autisme qui semble en augmentation à travers le monde touche 4 à 5 fois plus les garçons que les filles, qui sont diagnostiquées plus tardivement ? Et Inversement pour l'anorexie qui touche 9 filles pour un garçon ? Depuis le milieu des années 2000 la recherche a pu mettre en évidence que la transmission du stimulus douloureux passe par des types cellulaires différents, des cellules T du système immunitaire chez les femmes et des cellules de la microglie du système nerveux chez les hommes ce qui expliquerait pourquoi les femmes sont plus « douillettes » que les hommes. Au niveau moléculaire, l'étude des niveaux d'expression des gènes dans différents tissus de femmes et d'hommes déprimés ont montré que pour la dépression les réseaux de gènes impliqués dans 6 régions différentes du cerveau diffèrent beaucoup plus qu'ils ne se ressemblent, entre les femmes et les hommes. Un bon argument pour chercher de nouveaux médicaments de façon différente, en ciblant par exemple les mécanismes impliquant des réseaux de gènes régulés de façon opposée chez les femmes comparées aux hommes.
Le cerveau aussi est-il sexué ?
Les hormones ne peuvent pas être tenues pour seules responsables des différences observées entre mâles et femelles. Ainsi plus précisément les gènes des chromosomes X et Y sont à l'origine des DLS qui apparaissent dès la conception et jusqu'à la détermination du sexe à partir de la gonade primitive. C'est sous l'influence du gène SRY spécifique du mâle situé sur le chromosome Y, entre la sixième et la huitième semaine que va se produire la détermination du sexe, avant l'apparition des hormones mâles et femelles sécrétées par les gonades différenciées, (ovaires et testicules). Ce sont donc les chromosomes et uniquement les chromosomes qui sont responsables dans toutes nos cellules des DLS observées avant cette période. Comme tous nos organes, toutes nos cellules, neurones compris, le cerveau ne souffre aucune exception : il est aussi sexué. Ainsi dans la maladie de Parkinson outre certains mécanismes dopaminergiques, des études récentes ont montré que le gène SRY joue un rôle-clé, impossible chez la femme, du fait de son absence. Or cette maladie affecte 2 fois plus d'hommes que de femmes ! Dans le cerveau comme nous l'avons vu, les DLS qui sont détectées sont dues aux chromosomes puis aux hormones d'origine génétique (sexe), elles aussi.
À propos des jouets sexués, vous affirmez que la socialisation semble n'avoir qu'un effet modulateur sur des différences comportementales en réalité ancrées dans la biologie…. Qu'est-ce à dire ?
De nombreuses études ont comparé l'usage d'objets divers et les comportements ludiques au cours de jeux des jeunes en fonction de leur sexe. Comme chez l'humain, il existe chez l'animal des DLS dans les types d'objets utilisés comme jouets par les jeunes femelles et les jeunes mâles. Les DLS observées chez les grands singes, les rats ou les souris ressemblent à celles observées chez les humains. En toute bonne foi, pourtant, certains parents s'évertuent à apporter à leurs enfants une éducation « neutre », plutôt que de laisser libre cours à la nature. Cette attitude va malheureusement à l'encontre de ce que les neurosciences nous ont révélé ! On sait maintenant que le noyau préoptique de l'hypothalamus dans le cerveau montre un important dimorphisme sexuel, en faveur des mâles dans plusieurs espèces, y compris l'humain. Or de nombreuses études le montrent : cette région possède des neurones impliqués dans le développement de divers comportements liés au sexe chez l'enfant et l'adulte dont : les jeux infantiles, l'activité copulatoire du mâle, les comportements maternels...
Suffirait-il de «désexuer» les jouets, les «dérosifier», par exemple, ou concevoir des catalogues mixtes, pour changer les préférences des enfants? La socialisation semble n'avoir qu'un effet modulateur sur ces différences comportementales sexuées enracinées dans notre héritage biologique et lié à l'évolution – elle peut les amplifier ou les atténuer, en aucun cas elle ne peut les inverser, les créer ou les détruire.
"C’est votre sexe qui fait la différence" : la médecine devrait-elle être traitée de manière sexuée ?
Petite précision : dans ce livre, il n’est pas question ici de genre, c’est-à-dire de la perception que chacun a de son identité sexuelle, mais bien du sexe biologique.Pour expliquer ce qu’est le sexe biologique, Nicole Priollaud prend une image : quand vous construisez une maison, si vous voulez qu’elle tienne bien, il faut qu’elle ait des fondations. L’organisme humain, ses fondations, ce sont ses chromosomes. Soit vous êtes conçu avec des chromosomes XX et vous êtes une fille. Soit XY et là, vous êtes un garçon. Il y a bien sûr des cas d’intersexuation, mais c’est vraiment rarissime, de l’ordre de 0,08%.
Pour une médecine sexuée
Une grossesse de garçon ou une grossesse de fille, ce n’est pas du tout la même chose, aussi bien pour la mère que pour le fœtus. On constate que le garçon est beaucoup plus fragile, qu’il y a beaucoup plus de fausses couches, de prématurités. C’est sans doute dû au fait que les chromosomes XY ne sont pas directement compatibles avec les XX de la mère. "Donc déjà, on n’est pas parti à égalité", souligne Nicole Priollaud.
Dans la mesure où tout est différent, il faudrait être conscient qu’on ne va pas réagir de la même façon, avoir les mêmes comportements, être soigné de la même façon.
Pourtant, s’il est démontré, par exemple, que les mécanismes de la douleur et de la dépression sont différents selon le sexe, on prescrit encore souvent le même traitement indifféremment.
Quelques exemples
La France est très en retard sur la prise en compte des sexes biologiques en médecine, ce qui a causé des dégâts, observe Nicole Priollaud.
L’exemple le plus emblématique est le cas de l’infarctus chez la femme. Ses symptômes sont très différents de ceux de l’homme et se marquent notamment par des maux de ventre. Le médecin va souvent minimiser. Beaucoup de femmes françaises ont été victimes de ce déni de considérer le sexe. C’est heureusement en passe de s’arranger : "La Société française de Cardiologie a pris le taureau par les cornes, mais c’est vrai que pendant des années, les femmes, sur le plan cardiaque, ont été les délaissées de la médecine."
Chez les hommes, l’ostéoporose fait des dégâts considérables, alors qu’on a toujours dit que c’était le problème des femmes ménopausées. En fait, les hommes sont beaucoup plus touchés, et beaucoup plus gravement. Il a fallu attendre 2015 pour qu’une association fasse enfin reconnaître ce problème, pour une meilleure prise en charge des hommes.
2% des hommes peuvent avoir un cancer du sein, dont ils meurent souvent, parce qu’il n’y a pas de prévention, pas d’examen. Le sujet reste tabou.
Tant de différences sexuées
L’année 0 de la recherche médicale sexuée date de 2014, aux États-Unis. Un chercheur canadien, Jeffrey Mogil, a démontré que le circuit de la douleur n’était pas le même chez l’homme et chez la femme, et qu’il y avait vraiment une différence sexuée.
Infections, maladies, addictions… le nombre de problèmes auxquels on ne réagit pas de la même façon est impressionnant.
"Pour le Covid, si on avait eu des données différenciées selon le sexe, on aurait agi beaucoup plus efficacement, affirme Nicole Priollaud. D’abord, parce qu’on s’est très vite rendu compte que les hommes étaient beaucoup plus atteints que les femmes. Et deuxièmement, on savait que les femmes n’avaient besoin que d’une demi-dose de vaccin. Cela aurait fait faire des économies à tous points de vue, et notamment pour les pays en voie de développement. Mais on n’a eu aucune donnée sexuée…"
Infections, maladies, addictions… le nombre de problèmes auxquels on ne réagit pas de la même façon est impressionnant.
"Pour le Covid, si on avait eu des données différenciées selon le sexe, on aurait agi beaucoup plus efficacement, affirme Nicole Priollaud. D’abord, parce qu’on s’est très vite rendu compte que les hommes étaient beaucoup plus atteints que les femmes. Et deuxièmement, on savait que les femmes n’avaient besoin que d’une demi-dose de vaccin. Cela aurait fait faire des économies à tous points de vue, et notamment pour les pays en voie de développement. Mais on n’a eu aucune donnée sexuée…"
Le rôle de l’épigénétique
Les traces de la vie de nos parents et grands-parents dans nos gènes, ce qu’on appelle l’épigénétique, jouent aussi un rôle important, explique Nicole Priollaud.
"On porte en nous l’histoire de nos ancêtres plus ou moins proches. Ce n’est pas une question génétique, c’est-à-dire de transmission de gènes. Parce que les grands-parents, finalement, transmettent peu de gènes. Mais ce qu’ils transmettent, c’est le souvenir de ce qu’ils ont vécu, qui se marque sur les gènes. Ce sont les marques épigénétiques. La différence avec les gènes, c’est qu’elles ne sont pas gravées dans le marbre.
En fonction de votre propre environnement, de votre propre vie, vous pourrez soit les conforter, soit au contraire les effacer. C’est ce qu’on appelle la résilience. Donc en fait, rien n’est joué d’avance. Et un gène ne détermine pas une vie".
Pour une recherche et une médecine sexuellement différenciées : des faits biologiques irréfutables
Par Claudine Junien et Nicolas Gauvrit
Sous prétexte de parité, on a trop longtemps évité en France de reconnaître les différences biologiques liées au sexe (DLS), entre les hommes et les femmes, au nom de l’égalité mais au mépris des évidences scientifiques. Or certaines stratégies thérapeutiques ou préventives efficaces pour les individus d’un sexe ne sont pas adaptées à l’autre sexe. Ainsi, depuis des années, les essais cliniques incluent, de façon générale, beaucoup moins de femmes que d’hommes, et les femmes font près de deux fois plus d’accidents secondaires liés aux médicaments que les hommes.
Le coût humain et financier de cette ignorance, voire de cet aveuglement, est exorbitant ; il serait pourtant évitable à condition que les scientifiques et les médecins en prennent conscience pour alerter et agir en réparant enfin cette grave injustice médicale. Il est temps de rattraper plus de 10 ans de retard par rapport à nos voisins européens et de mettre en place une médecine différenciée dans l’intérêt même de la santé des femmes… et des hommes.
Des différences sexuelles sous-estimées
Dès 1905, Nettie Stevens, une chercheuse américaine, avait découvert le rôle du chromosome Y dans la détermination sexuelle. Sur un petit coléoptère du genre Tenebrio, elle avait repéré chez les mâles des cellules reproductrices avec deux chromosomes, soit un X, soit un Y, et chez celles des femelles un seul X ; elle en avait logiquement conclu que le sexe de la progéniture dépendait exclusivement des chromosomes paternels…
Une découverte longtemps considérée comme iconoclaste au nom d’une croyance, encore tenace, qui fit répudier tant de femmes, jugées « incapables » de donner naissance à un fils… Mais que plus personne ne conteste aujourd’hui… Où l’on se pose une autre question : avant même que le blastocyste (une centaine de cellules) ne s’implante dans l’utérus de la mère, pourquoi le petit embryon mâle, avec sa croissance accélérée, se distingue-t-il déjà d’un petit embryon femelle ? Pourquoi, alors que les hormones sexuelles n’ont pas encore fait leur apparition ?
Parce que toutes les cellules de l’embryon ont un sexe : XX pour les filles, XY pour les garçons, ce qui veut dire que la différenciation sexuelle apparaît dès la conception, dès la première cellule, indifféremment du genre, bien avant la différenciation des gonades qui conditionne l’apparition des hormones, 7 à 8 semaines plus tard, au cours de fenêtres développementales, génétiques et hormonales, aboutissant à des différences anatomiques dans tout notre corps, au niveau du cœur, des vaisseaux sanguins, du cerveau, mais aussi du système immunitaire ou digestif…
La preuve par la génétique
Notre vision de la différenciation sexuelle est aujourd’hui en pleine mutation à la faveur des avancées scientifiques. Notre génome (23 000 gènes) est réparti sur 46 chromosomes soit 23 paires de chromosomes, dont une paire de chromosomes sexuels (XX pour une fille ou XY pour un garçon). Le chromosome Y est présent uniquement chez l’homme.
Or, le sexe biologique a trop longtemps été nié dans notre pays au profit de la primauté du genre, au nom de l’égalité des sexes alors que, rappelons le, si la ressemblance, en termes de séquence d’ADN, entre deux hommes ou deux femmes est de 99,9 %, la ressemblance entre un homme et une femme n’est que de 98,5 %, du même ordre de grandeur qu’entre un humain et un chimpanzé, de même sexe…
Le séquençage du génome humain a pu répertorier une petite centaine de gènes sur le chromosome Y qui s’expriment uniquement dans les cellules d’un mâle. Quant au chromosome X il contient environ 1 500 gènes. On a longtemps cru que l’un des 2 chromosomes X était complètement inactivé au hasard dans toutes les cellules d’une femme, mais en fait environ 15 % échappent à cette inactivation et sont donc plus exprimés dans des cellules XX que dans des cellules XY.
Ainsi les facteurs génétiques qui rendent compte des différences entre mâles et femelles sont précisément d’une part les gènes du chromosome Y qui s’expriment uniquement dans les cellules d’un mâle, et d’autre part les gènes de l’X qui échappent à l’inactivation de l’X et qui sont donc plus exprimés chez une femelle que chez un mâle.
En outre, il existe une grande homologie entre certains de ces gènes de l’X et ceux portés par le chromosome Y. Une trentaine de gènes sont impliqués dans la régulation de l’expression des gènes portés par les autres chromosomes et des protéines et ont un gène homologue sur le chromosome X (les paralogues).
En effet, certains gènes de l’X et de l’Y, codent des enzymes spécifiques de la machinerie épigénétique qui s’expriment dès la mise en route du génome pour venir marquer certains gènes de leur sceau mâle, ou femelle, avec des marques épigénétiques spécifiques. Ces marques mâle- ou femelle-spécifiques permettent l’activation (ou l’inhibition) sélective par les hormones mâles ou les hormones femelles.
Il est bien connu que l’ablation hormonale ne parvient pas toujours à éliminer complètement les différences entre mâles et femelles, ni inversement la supplémentation hormonale à les recréer. Ce qui démontre les rôles organisationnels et activationnels des facteurs génétiques de l’Y et de l’X, au même titre que les hormones. Sachant que le génome est stable et définitif et identique dans chacune de nos cellules, comment expliquer que nos 23 000 gènes ne s’expriment pas de la même façon dans le foie, le rein ou le cerveau et avec notamment des différences selon le sexe ?
Il en découle, sans pouvoir encore toujours l’expliquer que « les maladies aussi ont un sexe ». Ainsi, le retard mental, l’autisme, les tumeurs du cerveau et du pancréas, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) ischémiques sont plus masculins, comme les conduites à risque, les addictions et la violence. En revanche, la maladie d’Alzheimer, l’anorexie et autres troubles alimentaires, la dépression, l’ostéoporose, les maladies auto-immunes (maladies thyroïdienne – Hashimoto, Basedow – sclérose en plaques, lupus, etc.) et certains cancers (thyroïde) touchent plus les femmes.
Dès la conception, les dés sont jetés…
N’en déplaise à Simone de Beauvoir, on naît femme, on ne le devient pas… Les différences sexuelles n’apparaissent donc pas uniquement avec l’arrivée des hormones sexuelles, après la 8e semaine de gestation, en attendant qu’à partir de la naissance, les influences culturelles façonnent, de concert avec les hormones, notre genre. De nouvelles données scientifiques, largement validées, dont certaines datent tout de même de quelques décennies, bouleversent le schéma égalitariste et étayent un nouvel ordre au niveau cellulaire, attribuant de fait un sexe à toutes nos cellules et ce depuis la conception.
Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que les DLS, avec une paire de chromosomes sexuels (XX ou XY), apparaissent dès la conception, dès la première cellule, positionnant ces différences à un stade bien antérieur à la différenciation des gonades qui conditionne l’apparition des hormones. Dès le stade blastocyste (100 cellules) avant le 6e jour, avant même l’implantation de l’embryon dans l’utérus, 30 % des gènes y compris des gènes portés par les autres chromosomes s’expriment déjà différentiellement. Le chromosome Y, le plus petit de tous, a rétréci au cours de l’évolution. Certains de ses gènes sont impliqués, entre autres, dans des affections cardiovasculaires.
Le social influence le biologique et réciproquement
Il est donc primordial de faire la distinction entre le « genre » et « sexe ». Quand on parle de « sexe », on se réfère uniquement aux caractéristiques biologiques et physiologiques qui différencient les hommes des femmes ; le « genre », lui, désigne les rôles, comportements et attributs différenciés déterminés culturellement par le fait que la société les considère comme appropriés au masculin ou au féminin. Sexe et genre s’influencent l’un l’autre, rendant délicate une séparation claire entre les deux notions dans la pratique et les deux termes sont, hélas, souvent confondus. Certains articles scientifiques évoquent même le « genre » de rongeurs ! Si l’égalité en droit suppose une parfaite similitude de fait, toute différence apparaît alors comme une entorse au cadre égalitaire républicain.
Dépasser une vision binaire du sexe
S’il existe des différences statistiquement significatives (parfois modestes et spécifiques) entre hommes et femmes ce n’est pas dire pour autant que chaque homme ou chaque femme correspond à un « type » particulier. En fonction du caractère étudié, les courbes de distribution pour les femmes chevauchent plus ou moins les courbes de distribution pour les hommes. La masculinité et la féminité ne se réduisent pas à un modèle binaire.
Par exemple, il est bien établi que les hommes sont en moyenne plus grands que les femmes, mais cela n’est évidemment pas applicable à chaque homme et chaque femme en particulier. La sourde inquiétude que toute différence soit systématiquement en défaveur des femmes n’est pas justifiée non plus : les garçons sont plus touchés par le retard mental et sont plus agressifs que les filles en moyenne, par exemple. De nombreuses DLS, biologiques, comportementales ou psychologiques, sont en effet bien établies.
S’il existe des différences statistiquement significatives (parfois modestes et spécifiques) entre hommes et femmes ce n’est pas dire pour autant que chaque homme ou chaque femme correspond à un « type » particulier. En fonction du caractère étudié, les courbes de distribution pour les femmes chevauchent plus ou moins les courbes de distribution pour les hommes. La masculinité et la féminité ne se réduisent pas à un modèle binaire.
Par exemple, il est bien établi que les hommes sont en moyenne plus grands que les femmes, mais cela n’est évidemment pas applicable à chaque homme et chaque femme en particulier. La sourde inquiétude que toute différence soit systématiquement en défaveur des femmes n’est pas justifiée non plus : les garçons sont plus touchés par le retard mental et sont plus agressifs que les filles en moyenne, par exemple. De nombreuses DLS, biologiques, comportementales ou psychologiques, sont en effet bien établies.
Des DLS existent donc dans toutes nos cellules et dépassent largement celles uniquement liées à la reproduction, aux gonades et aux hormones – cela se manifeste plus tard par des différences biologiques plus générales (comme la taille ou la forme du visage) et des différences psychologiques, dépendant à la fois de la « culture » et de la « nature ».
Pour rechercher les différences et les mécanismes en jeu aptes à faire progresser les connaissances et la médecine, il faut en finir avec notre vision obsolète du sexe et admettre enfin que ce n’est pas en occultant les différences que l’on supprimera les discriminations, bien au contraire. Mieux vaut essayer de comprendre comment évolue dans la réciprocité le binôme sexe/genre. Ce sera l’objet de l’article qui paraîtra demain.
Peggy Sastre, auteure de « Le sexe des maladies » (Éditions Favre 2014), et de « La domination masculine n’existe pas » (Éditions Anne Carrière 2015), nous a apporté une large contribution pour la réalisation de cet article et nous l’en remercions chaleureusement.

.png)
.png)