Tolérer la tolérance, tolérer l'intolérance ? - Par Alain Laurent


La tolérance est l’attitude d’une personne qui admet chez les autres des manières de penser et de vivre différentes des siennes. 


Même si avant tout elle se vit et se pratique, la tolérance n’est pas qu’une vertu personnelle. Elle s’applique aussi aux idéologies et aux conceptions du monde qui peuvent être plus ou moins tolérantes. Et surtout, elle peut caractériser des sociétés ou des régimes politiques qui l’ont élevée au rang de principe institutionnel majeur qui régule les relations interindividuelles en ce qui concerne la liberté d’expression mais également les mœurs courantes.

C’est aussi bien au niveau d’attitudes ou de dispositions volontaires de l’individu qu’à celui de norme sociétale à dimension juridique que la tolérance doit être appréhendée. Et qu’en délaissant tout souci de confort moral et de conformisme intellectuel (comment oser ne pas être tolérant et le revendiquer ?), son acception contemporaine doit être mise à l’épreuve d’un éclairant retour à ses sources historiques et ses usages actuels être questionnés — tant il peut sembler qu’au fil du temps, elle aurait perdu de ses exigences originelles en se diffusant plus largement dans nos sociétés et s’étendant sans cesse à de nouveaux champs.

Car si l’on doit à nouveau se demander fondamentalement au nom de quoi il faut être tolérant et vivre dans un monde où toujours plus de choix divergents sont tolérés, la problématique qui hante la tolérance depuis son émergence est bien celle de ses limites et de l’existence d’un consensus sur l’«intolérable» car insupportable.

Lire le briefing: Tolérer la tolérance, tolérer l’intolérance ? (10 pages, PDF)

Tolérer la tolérance, tolérer l'intolérance ? - Liberales Institut (libinst.ch)

LIVRE: Faut-il tolérer l'intolérance ? - Par l'Institut Libéral

Historiquement, le concept de tolérance apparaît, dans un premier temps, pour mettre fin aux conflits entre les religions. L’idée principale est alors de réfléchir aux conditions qui rendent possible la diversité des idées, des opinions et des croyances dans une même société. Cela, tout en gardant un socle de valeurs communes, qui permet d’éviter les conflits permanents et l’usage de la violence.

Après son apparition, le concept de tolérance a permis de pacifier les sociétés qui l’ont adopté. Toutefois, cette approche contient une faille naturelle : elle est paradoxale. Le «paradoxe de la tolérance» est le suivant : la tolérance illimitée risque de mener à la disparition de la tolérance. Car si la tolérance s’applique même à ceux qui sont intolérants, et que personne ne défend la société tolérante au nom justement de ses principes, alors la tolérance finira par disparaître. Comment une société ouverte et tolérante peut-elle lutter contre les ennemis de la tolérance, tout en respectant ses propres principes ? Faut-il revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer l’intolérant ? Le livre y répond, en esquissant une voie, théorique et pratique, qui, au fil du temps, a permis d’allier liberté et tolérance.

Se pose finalement la question de l’actualité du concept de tolérance et de la nécessité de le repenser en fonction des réalités de notre monde contemporain. Liberté d’expression, influence des réseaux sociaux, multiculturalisme : les défis sont nombreux. La société ouverte fait face à de nouveaux ennemis. Comment assurer la tolérance de nos jours sans enfreindre nos principes et — tout aussi important — sans la mettre en danger par lâcheté ?

Ce livre s’intéresse au concept de tolérance. En partant de son apparition pour mieux comprendre son évolution, et les enjeux contemporains. Sur cette base, des réponses aux défis actuels sont présentées. Dans le but de trouver un chemin pour continuer de concilier tolérance et liberté !

Avec des contributions d’Alain Laurent, Matthieu Creson, Arkadiusz Sieron, Niclas Berggren, Therese Nilsson, Olivier Kessler, Camille Dejardin, Alexandre Curchod, Pierre Schweitzer, Thierry Aimar et Jean-Pierre Chamoux.