Pourquoi l’immigration n’est pas la solution pour enrayer le déclin démographique français - Par Pierre Vermeren
Pour l’historien Pierre Vermeren, considérer le faible taux de fécondité comme inéluctable et l’immigration comme indispensable révèle une vision purement statistique du peuple français. Les pouvoirs publics ont un rôle à jouer, tant pour promouvoir une politique nataliste que pour contrôler l’immigration ou repenser notre modèle de croissance économique.
Pierre Vermeren, normalien, agrégé et docteur en histoire, est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages remarqués, tel La France qui déclasse. De la désindustrialisation à la crise sanitaire (Texto Tallandier, 2020) et L’Impasse de la métropolisation (Gallimard, coll. «Le Débat»).
En conclusion de sa note consacrée à la démographie de la France, l’Institut Montaigne écrit: «La France s’apprête à connaître un déclin de sa population que seule l’immigration pourrait combler à court et moyen terme.» Et encore: «Dans les premières décennies du siècle, sa population ne croîtra sans doute que par l’immigration. (…) Celle-ci a atteint un niveau inédit en 2022.» Nihil novi sub sole. Sauf que cette «naturalisation» de l’immigration, présentée comme une nécessité objective et une fatalité (sens de l’histoire), est promise pour les cinquante ans à venir. L’étonnant manque d’imagination de la note Tertrais prolonge l’existant, renonçant à tout volontarisme politique.
Elle pointe l’inéluctabilité du vieillissement démographique ; la cohorte des baby-boomeurs en est la cause, jusqu’à son «extinction» vers 2060. Elle prévoit une stagnation démographique de la France d’ici 2070 en prolongeant les courbes: émigration annuelle nette de 100.000 Français (soit 5 millions en cinquante ans, non comptés leurs enfants, or ce sont des jeunes qui partent) ; stagnation des naissances par femme (1,8) ; et poursuite de l’immigration (+ 170.000 entrées nettes par an pendant cinquante ans, soit 8,5 millions de personnes, hors enfants). Du fait que la France compte selon l’Insee 19 millions d’habitants liés à l’immigration - sur trois générations -, la note annonce, comme l’a souligné dans ces colonnes le professeur Pierre Albertini, la mise en minorité du peuple historique français sur son sol vers 2070.
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