Dépendre pour se défendre : l’Europe et ses armées à l’ombre de Washington - Par Laurent Sailly
L’Europe, et la France en particulier, restent structurellement dépendantes des États‑Unis pour des technologies militaires critiques, malgré un discours croissant en faveur de l’autonomie stratégique. Cette dépendance est à la fois industrielle, technologique, logicielle, réglementaire et politique, illustrée de manière emblématique par le recours massif aux équipements américains comme le F‑35, les drones Reaper, ou les systèmes soumis à la réglementation ITAR, qui donne à Washington un pouvoir de veto sur certaines exportations européennes.
Souveraineté navale française : une indépendance sous conditions américaines
Le cas français du porte‑avions révèle une souveraineté partielle : bien que vitrine de la puissance nationale, il repose sur des composants américains incontournables (catapultes C13‑3 puis EMALS, système AAG, avions E‑2 Hawkeye, ascenseurs d’avions, formation des pilotes). Cette dépendance crée une vulnérabilité stratégique assumée mais sans véritable alternative industrielle nationale à court ou moyen terme, et contribue à l’explosion des coûts du futur porte‑avions, désormais estimés autour de 10 à 12 milliards d’euros.
Retards industriels européens et le cadre réglementaire américain
Malgré quelques progrès vers une plus grande autonomie (GlobalEye, A330 MRTT), l’urgence opérationnelle, les retards industriels européens et le cadre réglementaire américain freinent l’émergence d’une véritable indépendance militaire européenne, qui demeure pour l’instant un objectif politique plus qu’une réalité opérationnelle.
