J'ai lu et aimé : "OccidentS" de Frédéric Martel - Par Laurent Sailly
Dans Occidents (Plon), le journaliste Frédéric Martel
propose une vaste enquête sur la fabrication contemporaine de la haine de
l’Occident. Pendant huit ans, il a mené plus de 2000 entretiens dans 52 pays,
afin de comprendre comment l’« Occident » est perçu, fantasmé et combattu par
ses adversaires idéologiques.
Frédéric Martel soutient que l’anti-occidentalisme est une
construction idéologique : il ne reflète pas tant la réalité de l’Occident que
les récits produits par ceux qui s’y opposent, qu’ils soient extérieurs
(régimes autoritaires, idéologues islamistes, puissances révisionnistes) ou
internes (courants intellectuels occidentaux eux-mêmes critiques de leur propre
civilisation).
L’auteur renverse la perspective. A la manière d’un miroir
de l’orientalisme d’Edward Saïd, Martel étudie l’« occidentalisme », c’est‑à‑dire
les préjugés et fantasmes projetés sur l’Occident par ses ennemis. L’Occident
est désigné comme responsable universel (impérialisme, décadence, domination),
comme s’il détenait le monopole historique du mal.
Martel déconstruit l’idée d’une innocence politique du « Sud
global », qu’il juge trop homogénéisant et analytiquement trompeur.
Deux anti-occidentalismes convergents : un Occident “moins”,
porté par l’extrême gauche (anticapitalisme, tiers-mondisme) et un Occident
“plus”, porté par certaines droites illibérales (Bannon, Orbán, Milei),
accusant l’Occident d’avoir trahi ses racines. Ces deux courants, opposés en
apparence, convergent dans leur rejet de la modernité libérale.
Pourtant, Martel relève un paradoxe migratoire. Malgré
les discours hostiles, l’Occident demeure un pôle d’attraction, comme en
témoignent les flux migratoires vers l’Europe et l’Amérique du Nord.
Le journaliste analyse notamment la Russie de Poutine
(idéologie jugée faible, logique mafieuse), la Chine autoritaire, l’islamisme
politique, le Hezbollah, le trumpisme et la solidité des contre‑pouvoirs
américains, ainsi que les ingérences étrangères en Europe. Il conclut par un plaidoyer
en faveur de l’Union européenne, présentée comme un rempart nécessaire face
aux extrêmes et aux puissances hostiles.

