Barbara Lefebvre : « La réforme du lycée signe la fin du baccalauréat »
La fronde de quelques professeurs (moins de 1 %) qui ont refusé de rendre à l’heure leurs copies du Bac est évidemment condamnable. Mais il faut s’intéresser également de près à la réforme du lycée et du baccalauréat à venir, qui a conduit à une union syndicale d’une ampleur jamais vue! Ainsi, le Snalc qui avait pourtant accueilli la nomination de Jean-Michel Blanquer avec la plus grande bienveillance, est à présent vent debout contre ce ministre que des enseignants jugent sourd à tout dialogue et persuadé de détenir la vérité.
Le baccalauréat fonctionne mal. Mais tuer le bac en le transformant en «brevet des lycées» ou en simili-diplôme de fin d’étude sans enjeu, ne résoudra pas un problème de fond qui relève de la macrostructure. Défaire le dernier chaînon n’a jamais permis de réparer l’ensemble de la chaîne: c’est le postulat de départ de la métamorphose institutionnelle qui était erroné, dès les années 1970. La démocratisation scolaire légitime et la massification qui en a résulté, auraient dû conduire à une remise à plat du système fondé un siècle plus tôt par le IIIe République. Personne n’a osé le faire. On a complexifié indéfiniment notre système scolaire sous l’effet conjoint de la pression normative européenne et celle de l’administration française. Dans le même temps, on faisait croire aux Français qu’on conservait ce qui avait fait non seulement le succès mais l’estime populaire de l’école républicaine: les valeurs méritocratiques et le principe d’équité dans l’accès à des savoirs exigeants. Ce mensonge a été dévoilé depuis une dizaine d’années déjà. Chacun voit que l’école aujourd’hui «fabrique du crétin», comme mon collègue Brighelli l’analysait déjà en 2005.
De la structure scolaire de masse dans une société postmoderne, il ne pouvait sortir autre chose qu’une dépréciation des savoirs culturels, qu’une gouvernance managériale des personnels, qu’une individualisation des parcours éducatifs visant à atomiser le bien commun pour défaire toute cohérence nationale d’ensemble. Au final: un inévitable nivellement, tirant tout le monde vers le bas. Certains - les bourdieusiens notamment - continuent de dénoncer hypocritement sous le terme «d’inégalités scolaires» ce qui est leur fonds de commerce, eux qui ont encouragé cette massification scolaire au nom de l’égalitarisme.
