Des idées chrétiennes devenues folles ?


Pour le professeur de philosophie de la religion, Patrick Laude, la démocratie comprise à l’aune des droits de l’homme est l’héritière d’idées chrétiennes sécularisée.

Les récents débats autour du populisme et du nationalisme ont relancé la question de la nature du peuple et de la nation, et de leur relation avec l’ordre politique. On a parfois relevé que ces questions sont en rapport direct avec les définitions de la démocratie qui occupent aujourd’hui l’espace public. La première de ces définitions, héritage de la Révolution française, et jusqu’à peu seule et incontestable référence idéologique, place l’essence de la démocratie dans la souveraineté du peuple. La seconde, souvent conçue comme une réponse aux diverses formes d’oppression totalitaire ou autoritaire, définit la démocratie dans les termes de la défense des droits de l’homme. Selon cette dernière vision - dont on peut juger qu’elle s’impose de plus en plus comme normative parmi les élites politiques et médiatiques et une partie de l’opinion publique - un gouvernement librement élu par la volonté du peuple, mais qui serait en même temps jugé coupable d’infractions aux droits de l’homme ne serait pas démocratique, ou en tout cas non pleinement tel. On remarque aussi, dans le même ordre d’idée, une défiance de plus en plus marquée — bien que rarement exprimée de manière directe — de la part des élites gouvernantes et culturelles à l’égard des expressions de démocratie «directe» souvent conçues comme antagonistes des valeurs jugées authentiquement démocratiques. Les réflexions qui suivent suggèrent que la ligne de partage à laquelle nous venons de faire allusion renvoie, dans une certaine mesure tout au moins, au détournement plus ou moins inconscient de principes spirituels chrétiens. En d’autres termes l’émergence d’une conception de la démocratie fondée sur les droits de l’homme peut être pensée comme une version sécularisée - et par là même déconnectée de ses fondements spirituels - de notions chrétiennes. Il s’agirait donc d’une de ces «idées chrétiennes devenues folles» ou de ces «vieilles vertus chrétiennes devenues folles» évoquées en son temps par Chesterton pour rendre compte de certains paradoxes du monde moderne.


Ce recueil d'essais est consacré à la crise de la conscience religieuse contemporaine. Cette dernière est ici envisagée tant dans ses aspects de fragmentation et de dissolution destructrice que dans les promesses que son horizon spirituel laisse parfois poindre. Reprenant les notions guénoniennes de solidification, dissolution, anti-tradition et contre-tradition comme clefs de lecture des phénomènes religieux et parareligieux de l'orée du XXIe siècle, l'auteur s'attache à examiner d'un regard critique les grandes orientations du religieux contemporain.