Regard sur l'islamisme en mouvement
L'islamisme nous paraissait si mystérieux lorsque l'actualité des années 1970 nous ramenait de cette lointaine Asie, d'Afghanistan et de Peshawar, les images étonnantes de ces phénomènes appelés les “ fous d'Allah ”, ces jeunes illuminés, hirsutes, ascétiques, accoutrés comme au temps des barbares de la préhistoire, les talibans, qui montaient à l'assaut de Kaboul pour y installer une république islamique. Ce qu'ils firent dans un déchaînement inouï de violence et de cruauté. Avec leurs regards de braise et leurs barbes épouvantables, ils se voulaient l'image de la colère de Dieu. Ils venaient à leur manière, par le fer et le feu, purifier la terre musulmane afghane de ses flirts avec les Américains et avant eux avec les Soviétiques.
L'islam le plus dur allait régner en maître absolu sur ce pauvre pays. Dans les mois et les années qui suivirent, nous apprîmes un peu de leur étrange univers, il renvoyait à un islam antique, ténébreux et brutal, nous entendîmes des noms de personnages qui avaient ouvert des épisodes chaotiques dans l'histoire de l'islam : Ahmad ibn Hanbal (780- 855), fondateur du courant sunnite ultraorthodoxe, le hanbalisme ; Ibn Taymiyya (1263- 1328), le “ père ” du salafisme et grand amateur du djihad ; Mohamed Abdelwahab (1703- 1792) qui imposa sa doctrine dans la péninsule Arabique, le wahhabisme, un courant parmi les plus rétrogrades de l'islam, et des contemporains tels Sayed Kotb et Ben Laden, le franchiseur du djihad.
Avec leur allure d'ascètes fiévreux, leur cruauté sans bornes et leur amour obsessionnel de la mort, les talibans et leur régime ont terrifié et fasciné des milliers de jeunes desperados à travers le monde, mais aussi des rejetons de la bourgeoisie, bien abrités comme l'étaient le Saoudien Ben Laden et son lieutenant et médecin-exégète, l'Égyptien Ayman al-Zawahiri. Ils étaient des modèles à suivre et on sait l'importance du modèle dans la culture islamique. L'imitation du Prophète, des califes, des martyrs, des maîtres, des cheikhs, des chefs, des pères, des grands frères est un chapitre essentiel de l'éducation islamique. « En effet vous avez dans le Prophète un excellent modèle, pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier, et invoque Allah fréquemment » (sourate 33, verset 21).
(Lire la suite de l'article)
