Colonel Michel Goya: «La France aurait dû s’arrêter à temps au Mali»
Une opération militaire réussie de la France en Afrique ne peut être qu’une intervention de pompiers qui, une fois l’incendie éteint, se retirent aussi vite que possible, explique l’ancien titulaire de la chaire d’histoire militaire à l’École de guerre. La France et ses partenaires européens venant d’officialier leur retrait militaire du Mali, nous republions ce texte paru initialement le 3 février.
Ancien officiel des troupes de marine, Michel Goya a connu l’expérience du feu en ex-Yougoslavie. Docteur en histoire, il est l’auteur de plusieurs ouvrages remarqués et publie «Le Temps des guépards. La guerre mondiale de la France. De 1961 à nos jours» (Taillandier, 2022, 368 p., 21,90 €).
Depuis soixante ans, nous avons mené 19 guerres sur 3 continents et 13 grandes opérations militaires de police internationale dans le but premier de montrer que nous sommes toujours une nation qui compte. Cela a commencé par la protection des régimes africains contre des coups d’État. Et puis les choses se sont compliquées. En 1969, pour la première depuis les indépendances, un État, celui du Tchad, faisait appel à nous pour le sauver d’une grande rébellion. Nous avons alors découvert que le petit contingent de soldats que nous engagions pouvait gagner toutes les batailles, mais ne pouvait résoudre tous les problèmes qui faisaient qu’il y avait des batailles.
On a bien essayé, à l’époque, de réformer l’administration et la pratique politique de N’Djamena, mais c’était trop demander pour un État à la fois corrompu et jaloux de son indépendance. On a donc eu la sagesse de considérer au bout de trois ans que, en rétablissant la sécurité hors des montagnes désertiques du nord du pays, on avait atteint un objectif suffisant. Cela tombait bien, le gouvernement tchadien, que l’on venait de sauver, commençait à trouver notre présence gênante. Nous sommes donc partis, avant de revenir quelques années plus tard après un autre appel au secours.