Le spectre d'une guerre interétatique entre l'Ukraine et la Russie - Par Alexandre Del Valle

Depuis l’automne, la menace d’une invasion russe en Ukraine alimente les craintes d'une guerre. L'actuel bras de fer entre la Russie et l'Ukraine le long de la frontière tire ses sources dans la révolution Orange ukrainienne de 2004.


L'actualité géopolitique mondiale est tout particulièrement marquée depuis des années et encore plus ces dernières semaines par l'antagonisme lourd qui oppose les deux Etats les plus importants ex-membres de l'URSS: la Fédération de Russie et l'Ukraine qui, à elles deux, représentaient plus des trois-quarts du potentiel économique et les deux tiers de la démographie soviétiques. Les relations entre ces deux pays sont marquées par des tensions récurrentes caractérisées par un décrochage géopolitique des élites ukrainiennes qui a commencé avec la révolution Orange de 2004 et a évolué en une rupture totale avec l'Euromaïdan, l'annexion de la Crimée et le conflit armé du Donbass.

Le conflit armé à l'Est de l'Ukraine, qui a éclaté́ en 2014, a fait plus de 13000 morts et un million et demi de déplacés, n'est pas une simple guerre civile ukrainienne mais il oppose dangereusement les troupes russes à celles de l'OTAN en plus de risquer à tout moment d'évoluer en une guerre interétatique entre la Russie et l'Ukraine, cette dernière compensant sa faiblesse par l'appui occidental et l'envoi d'armes américaines croissant via les Pays Baltes notamment (mais aussi la Turquie d'Erdogan qui trahit ainsi son pseudo allié russe). Les événements du printemps 2021, et plus encore de janvier 2022, qui ont failli déboucher sur une guerre directe entre l'Ukraine et la Russie avec une implication indirecte de l'OTAN, illustrent les aléas de ce conflit au départ apparemment interne, mais susceptible de conduire dans un second temps à une véritable guerre interétatique entre la Russie et l'Ukraine, ce que nous expliquons dans La Mondialisation dangereuse, essai co-écrit avec Jacques Soppelsa qui traite notamment de cet antagonisme majeur. Ceci est inédit pour cette région du monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale - si l'on ne tient pas compte des guerres chaotiques survenues dans les années 1990 en ex-Yougoslavie. Certes, une guerre directe et généralisée OTAN/Russie (ou OTAN-Occident versus Russie-OCS), demeure très improbable, mais ce spectre apocalyptique n'est pas totalement impossible si des forces localisées incontrôlables (ukrainiennes nationalistes ou russophones du Donbass séparatistes) venaient à déraper, entraînant de la sorte un engrenage infernal, comme cela fut le cas dans le passé de nombreux déclenchements de guerres.