Erwan Le Noan: «La campagne présidentielle face au danger d’une anesthésie démocratique»

Pour intéresser les Français à la campagne présidentielle et préserver notre système politique, il faut soulager la démocratie d’un appareil administratif asphyxiant, analyse l’essayiste*.


* Erwan Le Noan est consultant en stratégie, membre du Conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique (think-tank libéral), et maître de conférences à Sciences Po. Il est l’auteur de «La France des opportunités» (Les Belles Lettres, 2017).

Quel ennui. Les courbes des sondages sont plates. Les programmes sont ternes et les propositions, convenues. Le débat lui-même, avec sa succession d’esclandres feints, est d’une monotonie morne et maussade. Les Français jugent en conséquence sévèrement cette campagne présidentielle fantôme: près de huit sur dix l’estiment d’une piètre qualité et six sur dix trop agressive (OpinionWay). Au total, la lassitude, la méfiance et la morosité sont les sentiments qui, selon une enquête récente, dominent l’état d’esprit du pays (Cevipof).

La relative indifférence des citoyens à la vie démocratique n’est pas nouvelle. C’est même une tendance des sociétés modernes qu’Alexis de Tocqueville avait désignée comme un vif motif d’inquiétude. Dans une société…