Le lent suicide de l’Occident Par Paul Godefrood

Baisse de la démographie, hausse de l’immigration, fatigue de vivre, l’Occident semble pris dans une spirale qui vise à le faire sortir de l’histoire et du monde.

Que reste-t-il aujourd’hui de l’élection présidentielle de 2022 ? Un président décrédibilisé, un Parlement instable et un concept polémique. Celui du « grand remplacement » qu’Éric Zemmour sera parvenu à intégrer dans le débat public à défaut d’avoir pu imposer sa candidature. Pourtant, un autre concept aurait mérité d’entrer dans la postérité, celui que Jean-Luc Mélenchon avait justement voulu opposer à l’ancien journaliste et qui dépeint bien davantage la tendance de fond idéologique qui secoue l’Occident depuis plusieurs décennies : la « créolisation ». Tirée de l’expérience créole de la rencontre entre des peuples aux origines et cultures diverses, la créolisation suppose, selon Françoise Simasotchi-Bronès, que « des humanités différentes qui se trouvent réunies dans un endroit du monde participent à la création d’une nouvelle identité ». Elle suppose surtout que les nations, désincarnées, soient réduites à leur simple expression géographique et que les peuples fondateurs, auxquels les nouveaux arrivants étaient d’ordinaire priés de s’assimiler, ne deviennent qu’un simple groupe humain parmi d’autres. Processus sans fin, la créolisation reconfigure alors perpétuellement l’identité commune au gré des apports des nouveaux arrivants.

L’immigré, figure de rédemption

Cette tendance a été concrètement décrite par Douglas Murray dans une enquête publiée en France en avril 2018, L’étrange suicide de l’Europe, dans laquelle il dépeint un continent européen sensiblement transformé par la conjonction d’une arrivée massive d’« humanités différentes » et d’un rejet par les nations du droit qu’elles ont à la continuité historique. Mais au-delà de l’Europe, c’est bien l’Occident dans son ensemble qui semble être frappé par cette oikophobie maladive et qui voit dans l’immigration un moyen d’échapper à son identité malheureuse. Dans un Occident qui a commis la double faute morale de dominer l’homme – comme si la colonisation ou l’esclavagisme étaient l’apanage de l’histoire européenne ou nord-américaine – de « souiller » la nature – comme si le principe même de la maîtrise par l’homme de son environnement n’était pas au fondement de son évolution – et qui a vu se dérouler sur son sol l’expérience traumatique des guerres mondiales et des crimes de masse, l’immigré est peu à peu devenu la figure christique de rédemption grâce à laquelle l’Occident pourra enfin échapper à lui-même.

Ainsi, à l’orée des années 2010, Alain Badiou écrivit : « Un Premier ministre socialiste français a dit, au début des années 1980 : “Les immigrés sont un problème.” (...)