Philippe d’Iribarne: «Non, l’islam n’est pas une religion comme les autres»

Édouard Philippe s’est attiré les foudres d’une partie de la gauche pour avoir évoqué les «spécificités de l’islam». Ces indignations sont révélatrices d’une méconnaissance profonde de cette religion qui aspire à régenter l’ordre social, argumente le sociologue.


Directeur de recherche au CNRS, Philippe d’Iribarne a notamment publié Islamophobie. Intoxication idéologique (Albin Michel, 2019) et Le Grand Déclassement. Pourquoi les Français n’aiment pas leur travail ! (Albin Michel, 2022).

Dans une tribune publiée par L’Obs le 16 septembre dernier, un groupe de représentants de la gauche morale s’est indigné des propos d’Édouard Philippe, dans son livre Des lieux qui disent et à France Inter, évoquant «la spécificité de l’islam» et suggérant de ce fait une évolution de la loi de 1905. Cette indignation, affirme la tribune, est justifiée par le fait que «c’est la première fois qu’un responsable politique de ce niveau envisage explicitement un traitement différencié des religions», bafouant ainsi « l’égalité des religions devant la loi » comme «l’égalité des citoyen.es devant la loi», et créant une «rupture dans l’égalité de traitement des religions ». Pour les auteurs, « on voit là où aboutissent la hantise de l’islam et une islamophobie qui maintenant s’assume sans vergogne».

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Cette tribune rejoint nombre de dénonciations, notamment par le Comité des droits de l’homme de l’ONU, de politiques qui de fait visent l’islam, même si leur formulation a une portée universelle, telle la loi française concernant la dissimulation du visage dans l’espace public.

Philippe d’Iribarne: «Non, l’islam n’est pas une religion comme les autres» (lefigaro.fr)

L’ambiguïté de l’islam, à la fois religion soucieuse d’éclairer les âmes et projet social ardent à contraindre les corps, est largement mise à profit pour travestir en expression d’une démarche religieuse personnelle ce qui relève en fait de l’instauration d’un ordre social sous le contrôle de la communauté.