LGBTQIA+ pour la Palestine ? Bêtise et ignorance ! - Par Peggy Sastre et Olivier Vial

Certains militants LGBTQIA+ en pincent pour le Hamas… alors que les minorités sexuelles sont persécutées dans la bande de Gaza. Bêtise et ignorance !


LGBT pour le Hamas, cherchez l’erreur !

Par Peggy Sastre

Parfois, quand des phénomènes ont l'air parfaitement stupides, c'est qu'ils méritent qu'on s'y attarde. Prenez le soutien à la cause palestinienne qu'affichent de nombreux militants LGBT. Pas pour sa version la plus consensuelle, mais pour la plus irrédentiste et maximaliste, comme on l'a vu depuis le 7 octobre. Celle qui prône la disparition pure et simple de l'État d'Israël, remplacé par une Grande Palestine s'étendant du fleuve (Jourdain) à la mer (Méditerranée).

À première vue, la chose est une aubaine d'humour noir. Des minorités sexuelles prenant fait et cause pour l'une des idéologies nationalistes parmi les plus sociétalement conservatrices du monde, et d'autant plus depuis qu'elle s'est radicalement islamisée sous l'égide du Hamas, cela semble aussi grotesque que des gazelles pétitionnant pour des jaguars ou, pour reprendre un mème fameux, des poulets brandissant leurs petites pattes pour défendre un célèbre fast-food spécialisé dans la friture de volaille.

Car que ce soit en Cisjordanie ou, a fortiori, à Gaza, le bonheur des personnes LGBT est loin d'être au rendez-vous. Selon le rapport du Williams Institute sur l'acceptation des minorités sexuelles dans le monde, publié en 2021 et rassemblant quarante ans de données, la Palestine arrive à la 130e place des 175 pays et territoires étudiés – derrière la Russie, l'Arabie saoudite et la République démocratique du Congo (Israël y est 44e). Un autre index de référence, celui sur la paix, l'inclusion, la justice et la sécurité des femmes établi chaque année par l'université de Georgetown (États-Unis), range la Palestine à la 160e place, sur 170. Amnesty International, qu'on pourrait difficilement accuser de « biais sioniste », souligne pour sa part la très rude criminalisation de l'homosexualité masculine en vigueur à Gaza, où elle est passible en théorie de dix ans derrière les barreaux. Dans la pratique, c'est même encore pire, car l'absence de protections juridiques contre les discriminations et les violences anti-LGBT fait des territoires palestiniens un véritable enfer pour les minorités. L'an dernier, une centaine de Palestiniens LGBT se sont réfugiés en Israël pour échapper aux persécutions ; parmi eux, Ahmad Abou Marhia, 25 ans, a été enlevé et tué à Hébron, en Cisjordanie. Comme le veut désormais la tradition, ses assassins ont posté des images de son calvaire sur les réseaux sociaux, décapitation comprise. Installé en Israël sous la protection précaire d'un permis humanitaire, le jeune homme espérait s'envoler quelques semaines plus tard pour le Canada.


LGBTQIA+ pour la Palestine : les intersectionnels, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît...

Par Olivier Vial

Mais de là à invoquer la cause des femmes et des LGBT pour justifier leur soutien à la lutte armée palestinienne, il ne faut pas manquer de souffle ! Et pourtant ! Depuis quelques jours sur les campus, comme dans les rassemblements de soutien à la Palestine, on voit fleurir des banderoles siglées « Queers pour la Palestine Libre » « Palestine is a Queer issue ! » et autres joyeusetés toutes plus incongrues les unes que les autres. Plus de 80 organisations féministes, LGBT et Queer et des personnalités comme l’actrice Adèle Haenel ou Didier Lestrade, le co-fondateur d’Act-up, viennent même de signer un appel[1] pour « dénoncer le nettoyage ethnique mené par le régime israélien en Palestine réaffirmant que la lutte pour la libération de la Palestine est aussi une cause féministe et LGBTQI+, contrairement à ce que le pinkwashing de l’État d’Israël voudrait laisser croire ».

Comment peut-on être capable de déceler et de dénoncer les traces de pinkwashing dans la communication d’Israël, mais demeurer inapte à voir et qualifier correctement les crimes perpétrés par le Hamas : femmes enceintes éventrées, enfants démembrés, homosexuels jetés du haut d’immeubles ou victimes de « viols curatifs »[2] ?

Deux types d’attitudes semblent pouvoir expliquer un tel aveuglement sélectif. D’un côté, l’opportunisme stratégique d’une partie de la gauche anticapitaliste qui espère ainsi raviver le projet révolutionnaire en l’irriguant à la source de l’islamogauchisme. Même s’ils peuvent être conscients des horreurs commises, les adeptes de cette extrême gauche s’obligeront toujours à nier les évidences par calcul. Leur soutien « inconditionnel » à la lutte armée en Palestine s’inscrit dans la lignée et les termes déjà employés par leur grand ancien, Edwy Plenel, pour justifier l’attaque du groupe terroriste Septembre Noir contre les athlètes israéliens lors des J.O. de 1979[3]. Ce dernier écrivait : « L'action de Septembre Noir […] a bouleversé les arrangements à l'amiable que les réactionnaires arabes s'apprêtaient à conclure avec Israël (...) Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre Noir. Nous devons défendre inconditionnellement face à la répression les militants de cette organisation (...) ». Au nom de cette prétendue solidarité révolutionnaire, l’ultragauche espère en réalité profiter de la crise du Proche-Orient pour mettre le feu aux quartiers et enrôler une partie des jeunes musulmans dans leurs combats révolutionnaires contre l’Occident capitaliste et impérialiste.