Nicolas Baverez : «La diplomatie française en état de mort cérébrale»

Le déplacement d’Emmanuel Macron au Proche-Orient est un énième fiasco qui confirme le déclassement diplomatique de la France. Et si les raisons sont profondes, le président de la République a considérablement accéléré notre recul sur la scène internationale ces dernières années.


Un peu plus de deux semaines après l’attaque meurtrière du Hamas qui a fait 1400 morts dont 35 Français, Emmanuel Macron a effectué une tournée au Proche-Orient qui lui a permis, contrairement aux autres dirigeants occidentaux, de rencontrer successivement Benyamin Netanyahou à Jérusalem, Mahmoud Abbas à Ramallah, le roi Abdallah II de Jordanie à Amman, puis le président al-Sissi au Caire. Ce dialogue, qui avait été refusé à Joe Biden en raison de l’émotion suscitée par la fausse nouvelle d’une frappe israélienne sur l’hôpital al-Ahli Arabi à Gaza, se conclut cependant par un échec supplémentaire pour la diplomatie française. Et ce du fait de la proposition improbable du président de la République de constituer entre les démocraties occidentales et les pays arabes modérés une coalition contre le Hamas.

Le voyage d’Emmanuel Macron avait quatre objectifs : favoriser la libération des 9 otages Français détenus par le Hamas ; enrayer l’escalade militaire qui menace d’embraser la région ; rappeler que l’instauration de la paix au Moyen-Orient a pour condition un règlement de la question palestinienne ; renouer le dialogue avec le « Sud global » que la guerre de Soukkot, après celle d’Ukraine, conduit à s’aligner sur les empires autoritaires.

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La France doit désormais redéfinir sa politique étrangère autour de la défense de la démocratie contre les empires autoritaires, de la construction d’une Europe souveraine et d’un partenariat renouvelé avec les pays du Sud. Avec deux préalables : la modernisation de notre modèle économique et social, qui conditionne le rétablissement de notre indépendance ; l’abolition de la notion de domaine réservé du président, qui n’a aucun fondement constitutionnel mais qui produit tant le naufrage de notre diplomatie que les errements d’une politique de défense qui réinvestit sans aucun débat 413 milliards d’euros dans un modèle d’armée dont notre éviction d’Afrique souligne le caractère caduc.