Nicolas Baverez: «Le redressement de la démographie française devrait être érigé en priorité nationale»


Depuis une décennie, la natalité française ne fait que chuter. Le silence qui entoure l'écroulement des naissances en France est d'autant plus surprenant que ses conséquences sont majeures.


Longtemps, la démographie a semblé échapper au déclin économique et social de la France et constituer pour notre pays un atout de long terme face à la diminution des naissances dans la plupart des grands pays européens. Cette exception est terminée.

Au 1er janvier 2023, la France comptait 68 millions d’habitants. En 2022, elle a enregistré 723.000 naissances, soit 19.000 de moins qu’en 2021, contre 667.000 décès. La très faible hausse de la population a résulté d’un solde naturel limité à 56.000 personnes, auquel s’est ajouté un solde migratoire de 161.000 personnes, soit trois fois plus. Le premier semestre 2023 a amplifié cette évolution, avec 314.400 nouveau-nés - soit 24.000 de moins qu’en 2022 - contre 313.300 morts. Le solde naturel est désormais nul et la population française n’augmente plus que par l’immigration.

La chute de la natalité est durable. Elle a débuté en 2010 et s’est accélérée à partir de 2014. Elle résulte de la diminution brutale du taux de fécondité de 2 à 1,76 enfant par femme en dix ans, très en dessous du seuil de remplacement des générations, qui s’élève à 2,1 enfants par femme. Les naissances comme la fécondité sont tombées désormais à un plus bas historique depuis 1945.

Conséquences majeures

Les raisons du retournement brutal de la démographie française sont multiples et complexes. Le nombre de femmes en âge de procréer tend à diminuer et l’âge moyen de la maternité a progressé jusqu’à 31 ans, contre 25 ans pour les générations précédentes. Les jeunes adultes sont les premières victimes de la paupérisation de la population, avec un taux de pauvreté qui atteint 25% et des difficultés importantes pour trouver du travail et se loger. Les insuffisances persistantes des systèmes de garde rendent délicate et tendue la conciliation de la vie familiale et professionnelle.

La politique familiale, qui constituait un soutien majeur de la démographie, a été largement démantelée avec l’amputation du quotient familial et la mise sous condition de ressources des allocations en 2014, qui ont frappé de plein fouet les classes moyennes déjà profondément déstabilisées. Enfin, la multiplication des crises, du krach de 2008 et de la tempête sur l’euro à la guerre d’Ukraine et au renouveau de l’inflation en passant par la pandémie de Covid, la révolution numérique et le dérèglement climatique, a installé un climat anxiogène et exacerbé les incertitudes touchant l’avenir.


La France finance massivement le passé, avec la dette publique qui dépasse 3050 milliards d’euros et les retraites qui mobilisent 14% du PIB, et désinvestit de la première richesse de la nation que sont les enfants en ne consacrant que 2,2% du PIB à la politique familiale.