Rester unis... mais comment ? La France face au spectre de la guerre civile - Par Bertrand Cavallier
Atlantico : Le Hamas, par la voix de Khalid Mashal, a appelé les musulmans du monde entier à un vendredi de la colère et du djihad après les derniers événements en Israël. A quoi pouvons-nous nous attendre en France ?
Bertrand Cavallier : Khalid Mashal est le leader et membre fondateur du Hamas. Il réside actuellement au Qatar. Selon les informations diffusées, il vient en effet de lancer un message appelant tous les musulmans à manifester leur colère, en particulier ce vendredi, dans les pays musulmans et au sein de la diaspora musulmane dans le monde. Il leur demande de donner des combattants à Gaza. Mais surtout, il les exhorte à mener le jihad par leur âme, à se battre et à être martyrs pour Al-Aqsa. Il demande que les musulmans luttent contre les juifs, à commencer par ceux qui vivent dans les pays limitrophes d’Israël, mais aussi d’autres pays, de forcer les frontières de l’Etat hébreu. Son message est sans équivoque : « C’est l’heure du Jihad : c’est le moment pour le Jihad d’être appliqué sur le terrain plutôt qu’en théorie…/…les moudjahidines doivent partir en longues caravanes pour verser leur sang sur la terre de Palestine. »
Cet appel aura évidemment un très large écho en France au sein de la communauté musulmane entendue au travers des individus ayant un lien fort avec l’Islam. Cette population, sous l’effet de plusieurs facteurs dont, depuis quarante ans, le prosélytisme très actif des mouvances salafistes, est en effet totalement imprégnée de l’imaginaire d’un Islam rigoriste ou selon leur expression d’un Islam retrouvé, et de sa substance historique et sociologique. Ce phénomène est, fait très préoccupant, devenu majoritaire au sein des jeunes de confession musulmane, notamment d’origine maghrébine, comme l’ont souligné nombre d’enquêtes d’opinion récentes ainsi que le rapport de la DGSI intitulé « Etat des lieux de la pénétration de l’islam fondamentaliste en France ».
Concrètement, je n’entrevois pas dans ces jours prochains, une forme d’intifada, sauf élément déclencheur fortuit, tant cette population a conscience que le rapport de force ne leur serait actuellement pas favorable.
En revanche, l’appel de Khalid Mashal va avoir plusieurs conséquences :
- l’accentuation de la fracture entre cette communauté et le reste de la population française, qui massivement dénonce les massacres perpétrés le 7 octobre 2023, population qui est de plus en plus perçue comme des kouffars, terme très péjoratif passé dans le langage commun de jeunes de banlieues et désignant ceux qui ne sont pas croyants en l’Islam ;
- le renforcement de la haine des juifs, dont la vie dans les pays occidentaux et la France en particulier va être de plus en plus complexe. Dans un article écrit récemment et traitant de l’antisémitisme dans le monde musulman, le sociologue et historien Günther Jikeli évoque le sondage Global100 de l’Anti-defamation Leage qui révèle « qu’une majorité écrasante de la population des pays musulmans approuvent des déclarations anti-sémites ». Il ajoute : « Le Pew Research Center a également constaté que les attitudes négatives envers les Juifs sont la norme plutôt que l’exception dans de nombreux pays musulmans. La grande majorité des personnes en Égypte, en Jordanie et au Pakistan attestent avoir une « opinion très défavorable » des Juifs. L’antisémitisme est devenu si répandu dans le monde musulman que le mot même de « juif » est désormais une insulte couramment utilisée. ». Ce constat est aujourd’hui applicable à des pays occidentaux dont au premier titre la France où l’antisémitisme de nombreux musulmans est devenue une donnée qui va bien au-delà des cas isolés des extrémistes ;
- l’accroissement de l’influence des pays d’origine, notamment de l’Algérie, compte tenu de sa position ouvertement anti-israélienne mais également anti-française, au nom d’une prétendue arabité ;
- la densification du « jihadisme d’atmosphère », concept initié par Gilles Képel, et qui va se traduire par une recrudescence d’actes hostiles isolés ;
- enfin, une accélération du syndrome séparatiste, avec l’avènement de vastes zones de peuplement à dominante musulmane relevant d’une dynamique ouvertement antagoniste, ne serait-ce qu’au travers de l’affirmation de la supériorité des prescriptions religieuses sur les lois de la République et du refus de l’altérité (en l’occurrence l’autre non musulman pratiquant).
