L’Occident peut-il et veut-il encore faire la guerre ? - Par Catherine van Offelen,
Depuis un demi-siècle, l’Occident perd la plupart des guerres qu’il conduit. Le bilan mitigé des interventions occidentales en Afghanistan et au Sahel montre que, paradoxalement, la nation la mieux équipée militairement et la plus nombreuse n’est pas forcément celle qui gagne la guerre. Ces échecs sont-ils une malédiction, un accident de l’histoire ou révèlent-ils un déclin de la puissance militaire occidentale ?
D’une guerre à l’autre : la permanence de la guerre
On la croyait révolue, elle n’avait pas disparu. Le conflit en Ukraine dure depuis 2014. En France, les attentats djihadistes ont scandé l’actualité depuis 2015, conduisant les responsables politiques à parler de guerre. Les interventions extérieures menées par les démocraties se multiplient depuis les années 1990, tandis que sévissent des guerres civiles (Yémen, Syrie, Soudan, etc.). Pour Hobbes, la violence est au fondement de la société naturelle des humains. La guerre en est la manifestation politique organisée.
Cependant, depuis un demi-siècle, les conflits sont marqués par un paradoxe majeur. Si les affrontements se multiplient, les opérations menées par les armées occidentales ne produisent le plus souvent que des résultats ambigus, loin des objectifs fixés. En Afghanistan, 2 000 milliards de dollars dépensés en vingt ans d’efforts et près de 100 000 soldats américains mobilisés n’ont pas réussi à venir à bout des talibans. Barkhane et ses 5 100 soldats, en sus des armées nationales, ont été impuissants à enrayer la progression d’une poignée de groupes armés terroristes au Sahel. Certes, des interventions ont pu être menées en Irak et en Libye, mais le résultat ne fut pas celui escompté, tandis que la présence de forces armées occidentales en Centrafrique ou au Mali n’a pas permis d’imposer une paix durable dans ces régions ruinées par la violence.
Du lent déclassement au réveil brutal de l’Europe
Si la guerre est un fondement anthropologique et la pierre angulaire de la politique, dont elle est la continuation (Clausewitz), comment expliquer que l’Europe, du moins dans sa partie occidentale, ait cessé de s’en préoccuper ces dernières décennies ? Avec la fin de la guerre froide, affermies par la célèbre « fin de l’histoire » invoquée par Francis Fukuyama[2], les nations européennes se sont progressivement démilitarisées. La démocratisation, conjuguée à la mondialisation des sociétés et des économies, a entraîné une vaste démobilisation des effectifs et une baisse draconienne du budget des armées occidentales.
En a résulté, inévitablement, le déclassement stratégique des Européens. Les effectifs totaux des armées des 27 pays de l’UE sont passés de 5,5 millions d’hommes en 1988 à 1,4 million en 2015, réduisant ainsi [...]
On la croyait révolue, elle n’avait pas disparu. Le conflit en Ukraine dure depuis 2014. En France, les attentats djihadistes ont scandé l’actualité depuis 2015, conduisant les responsables politiques à parler de guerre. Les interventions extérieures menées par les démocraties se multiplient depuis les années 1990, tandis que sévissent des guerres civiles (Yémen, Syrie, Soudan, etc.). Pour Hobbes, la violence est au fondement de la société naturelle des humains. La guerre en est la manifestation politique organisée.
Cependant, depuis un demi-siècle, les conflits sont marqués par un paradoxe majeur. Si les affrontements se multiplient, les opérations menées par les armées occidentales ne produisent le plus souvent que des résultats ambigus, loin des objectifs fixés. En Afghanistan, 2 000 milliards de dollars dépensés en vingt ans d’efforts et près de 100 000 soldats américains mobilisés n’ont pas réussi à venir à bout des talibans. Barkhane et ses 5 100 soldats, en sus des armées nationales, ont été impuissants à enrayer la progression d’une poignée de groupes armés terroristes au Sahel. Certes, des interventions ont pu être menées en Irak et en Libye, mais le résultat ne fut pas celui escompté, tandis que la présence de forces armées occidentales en Centrafrique ou au Mali n’a pas permis d’imposer une paix durable dans ces régions ruinées par la violence.
Du lent déclassement au réveil brutal de l’Europe
Si la guerre est un fondement anthropologique et la pierre angulaire de la politique, dont elle est la continuation (Clausewitz), comment expliquer que l’Europe, du moins dans sa partie occidentale, ait cessé de s’en préoccuper ces dernières décennies ? Avec la fin de la guerre froide, affermies par la célèbre « fin de l’histoire » invoquée par Francis Fukuyama[2], les nations européennes se sont progressivement démilitarisées. La démocratisation, conjuguée à la mondialisation des sociétés et des économies, a entraîné une vaste démobilisation des effectifs et une baisse draconienne du budget des armées occidentales.
En a résulté, inévitablement, le déclassement stratégique des Européens. Les effectifs totaux des armées des 27 pays de l’UE sont passés de 5,5 millions d’hommes en 1988 à 1,4 million en 2015, réduisant ainsi [...]

