Nouvelle-Calédonie : petit Caillou, grands atouts - Par Jean Guisnel

Pourquoi la France a tant besoin de son archipel océanien, sur lequel la Chine, son deuxième partenaire commercial, lorgne depuis longtemps.


Base avancée de la France dans la région indopacifique, la Nouvelle-Calédonie joue à nouveau son destin. Elle est aujourd'hui un atout considérable, pour Paris et pour l'Union européenne, dans cette partie du monde.

Dans un discours prononcé à l'Opéra de Sydney le 1er mai 2018, Emmanuel Macron expliquait : « Notre sécurité se joue aussi dans la région. Cela n'a rien pour moi de théorique. Un demi-million de mes concitoyens vivent en Océanie, dans nos collectivités du Pacifique, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna. […] Nos forces armées sont présentes dans la zone indopacifique, qui est la clé pour la stabilité mondiale. »

Une ZEE grande comme la moitié de la Méditerranée

Il aurait pu ajouter que cette présence militaire en Nouvelle-Calédonie est surtout symbolique : outre un régiment de service militaire adapté, à vocation éducative et sociale, quelques unités tournantes forment le régiment d'infanterie de marine de Nouvelle-Calédonie (Rimap-NC) et la marine y maintient notamment la frégate Vendémiaire, le patrouilleur outre-mer Auguste Bénébig et des avions de patrouille maritime.

Pas de quoi peser lourd au cœur de la zone économique exclusive (ZEE) entourant l'archipel et les îles Wallis-et-Futuna sur plus de 1,5 million de kilomètres carrés. Hormis le nickel, ce minerai stratégique dont la Nouvelle-Calédonie possède plus de 10 % des réserves mondiales, on oublie trop souvent les richesses maritimes du Caillou.

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Frontalière de celles de l'Australie, du Vanuatu, des îles Salomon et des Fidji, la ZEE calédonienne est grande comme la moitié de la mer Méditerranée. C'est dire si elle mériterait que Paris lui accorde un intérêt plus durable et concret que l'accueil en décembre 2023, par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, de la réunion annuelle des ministres de la Défense du Pacifique Sud à Nouméa.

Du nickel et des ressources halieutiques convoités

La position géographique de l'archipel avait été exploitée par les États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale. Débarqués en force début 1942 pour prévenir une occupation japonaise, ils y ont stationné jusqu'à 200 000 hommes et ont même eu un temps la volonté d'y installer une base permanente. Cette position reste un atout. Les services de renseignements français disposent dans la province Sud de puissantes capacités d'interception électromagnétique.

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Les forces de sécurité intérieure envoyées de métropole durant les derniers troubles les ont sécurisées en priorité. La Chine, expansionniste, lorgne de longue date sur la Nouvelle-Calédonie comme sur tous les petits et fragiles États indépendants de la région. Il ne faut pas s'en étonner : après la France métropolitaine, celle-ci est son deuxième partenaire commercial. Pékin convoite non seulement son nickel, mais aussi ses ressources halieutiques et toutes celles qui restent à découvrir dans la ZEE.

« Clé de voûte de la stratégie d'anti-encerclement chinoise »

Quel que soit l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, son intérêt stratégique ne se démentira pas. Située au cœur du Pacifique Sud et aux portes de l'Australie, elle continuera de jouer le rôle de sentinelle, de base inamovible pour des opérations maritimes.

Dans un rapport remarqué de l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (Irsem), les chercheurs Paul Charron et Jean-Baptiste Jeangène Vilmer – actuel ambassadeur de France au Vanuatu – notaient qu'« une Nouvelle-Calédonie indépendante serait de facto sous influence chinoise et présenterait au moins deux intérêts majeurs pour le Parti-État. D'abord, elle deviendrait la clé de voûte de la stratégie d'anti-encerclement chinoise, tout en isolant l'Australie puisque en plus de Nouméa Pékin pourra s'appuyer sur Port Moresby, Honiara, Port-Vila et Suva ». Ces ports étant respectivement les capitales de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, des îles Salomon, du Vanuatu et des Fidji, où la Chine joue un rôle croissant. À qui le tour ?