L’euthanasie ou la défaite de la vie - Par Jean-Philippe Delsol

Alors que depuis 2500 ans notre civilisation tentait de progresser en luttant, non sans ressacs, pour la vie et contre la barbarie, l’adoption de l’euthanasie, la mort douce en grec, est peut-être aussi la sienne.


Depuis 1999, c’est le quatrième projet de loi sur la fin de vie devant le Parlement. Il s’agit chaque fois d’aller un peu plus loin : accès aux soins palliatifs en 1999, loi Léonetti de 2005 sur l’arrêt possible des traitements, droit à la sédation en 2016. Le projet de loi soumis aux parlementaires en ce printemps 2024 « introduit, dit le Conseil d’Etat dans son avis du 4 avril, une double rupture par rapport à la législation en vigueur, d’une part, en inscrivant la fin de vie dans un horizon qui n’est plus celui de la mort imminente ou prochaine et, d’autre part, en autorisant, pour la première fois, un acte ayant pour intention de donner la mort ».

Le projet de loi a été livré à une convention citoyenne, puis à une commission spéciale de l’Assemblée nationale qui n’ont pas manqué de se livrer à des surenchères sur un texte déjà dangereux, toute agitprop tendant aux extrêmes.

L’article 5 du projet de loi adopté par les députés ce 7 juin prévoit l’accès à l’euthanasie ou au suicide assisté au patient majeur atteint « d’une affection grave et incurable qui engage son pronostic vital en phase avancée ou terminale ». Le patient pourra être accompagné dans son geste létal par un soignant qui pourra se substituer à lui s’il « n’est pas en mesure d’y procéder ». Il s’agit donc d’un suicide assisté, voire d’un acte fatal commis sur une personne en état de faiblesse. Comme l’a observé un député, le pronostic vital de chaque personne est engagé dès sa naissance et l’absence de limite temporelle dans l’appréciation permettra de « faire mourir » des personnes susceptibles de vivre encore longtemps avec leur maladie.

La marchandisation de la vie

Curieusement au même moment un rapport sénatorial recommande ardemment d’augmenter les taxes et les entraves sur les fumeurs pour leur sauver la vie. Ce sont les mêmes qui veulent empêcher les uns de mourir et hâter la mort des autres. Peut-être ne veulent-ils que détruire les règles élémentaires et traditionnelles de la vie commune qui ont fait notre Occident.

Car, au regard de toute morale civilisée, attenter à la vie reste un meurtre, même s’il est permis par la loi, hors le cas de légitime défense personnelle ou collective ou de lutte contre le tyran (la guerre juste). Chacun a le droit légal de se suicider, même si la morale, ou la religion, peut le réprouver, tant qu’il s’agit d’un acte personnel puisque le droit ne saurait punir les morts. Mais permettre, voire favoriser l’acte de tuer ouvre à tous les possibles ; c’est un basculement ontologique.

Ainsi la vie est désacralisée, elle est ravalée à sa seule jouissance, voire à sa valeur marchande. L’euthanasie économise alors des « fins de vie » coûteuses, comme la lutte contre le tabac évite des prises en charge onéreuses, même si déjà les taxes sur le tabac compensent les frais des soins occasionnés par sa consommation.

Liberté et discernement

Revendiquée au nom de la liberté, l’euthanasie sera une offense à la liberté si elle permet de faire passer à trépas sans son consentement une personne n’ayant plus sa capacité d’exprimer son point de vue. Il sera fait fi de la liberté de chacun de changer d’avis, même avec une capacité de discernement réduite et peut-être surtout dans l’angoisse de la mort.

La commission spéciale a même souhaité la création d’un délit d’entrave à l’« aide à mourir », sur le modèle de celui qui existe pour l’interruption volontaire de grossesse. Une atteinte inadmissible à la liberté de penser et de partager ses convictions.

Certes, il faut admettre l’insoutenabilité de l’extrême souffrance et la délivrance que la mort peut représenter. De tout temps les proches, avec l’aide du médecin si possible, ont décidé, en conscience, d’accroitre la dose des calmants au risque de précipiter la fin de vie ou d’arrêter certains soins. Ce sont des manifestations d’amour nécessairement et exclusivement privées, même si elles sont susceptibles d’être sanctionnées par les tribunaux lorsqu’elles sont dictées par de mauvaises raisons ou manifestement inappropriée. La loi n’empêchera pas plus de tels dévoiements qui semblent rares au demeurant et qu’il est préférable de laisser à l’appréciation des tribunaux tant ils sont singuliers.

Là où il n’y a plus de bornes…

Quand l’autorité publique envahit l’espace privé, se mêle de la conscience personnelle, la personne perd la maîtrise de sa dignité. Quand la loi régit la mort, elle rompt une limite absolue de l’intimité humaine, elle ouvre à tous les excès déjà commis par des totalitarismes qui avaient aboli ces bornes.

La loi en faveur de l’euthanasie se veut humaniste. Il s’agit, comme déjà le réclamait le sénateur Caillavet, dans une proposition de loi de 1978, de donner à chacun le droit de « vivre sa mort ». Il faudrait que désormais chacun puisse choisir sa mort et exiger d’y être accompagné. Mais la mort nous appartient-elle ? L’hubris grecque, la tentation de franchir la ligne de partage entre l’humain et le divin, ouvre à l’inconnu et souvent au pire. Elle est destructrice pour la Cité disait déjà Platon avec sagesse.

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