Niger, Maroc, Algérie, Burkina Faso : l’aveuglement de la Françafrique - Par Jean-Dominique Merchet, Gérard Araud et Xavier Driencourt

Après l'échec au Mali, Paris n’a pas vu venir un coup d’Etat dans ce qui était sa dernière pièce maîtresse au Sahel. Faute de décisions politiques courageuses, la présence française en Afrique part en lambeaux.

Niger: l’aveuglement français


Les faits - La France suspend, avec effet immédiat, toutes ses actions d’aide au développement et d’appui budgétaire au Niger, a annoncé samedi le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué, à la suite du coup d’Etat contre le président Mohamed Bazoum, mercredi 26 juillet. Paris demande aussi le retour sans délai à l’ordre constitutionnel autour du président Bazoum, a indiqué le Quai d’Orsay, après que le président Macron a dénoncé un coup d’Etat « parfaitement illégitime ». L’UE a aussi suspendu sa coopération avec le Niger.

Mercredi 26 juillet : un coup d’Etat militaire se produit au Niger, la pièce maîtresse de l’engagement français au Sahel. C’est un coup dur pour Paris. Au même moment, à 18 000 kilomètres de là, Emmanuel Macron prononce un discours à Nouméa pour rappeler que « la Nouvelle-Calédonie est française » avant de poursuivre sa tournée diplomatique au Vanuatu, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Sri Lanka.

L’ancien pré carré africain de la France part en lambeaux et le « séparatisme » menace l’Océanie française : en Nouvelle-Calédonie, les indépendantistes kanaks ont globalement boycotté la visite présidentielle, alors qu’en Polynésie, les indépendantistes maohis ont remporté les récentes élections. Emmanuel Macron explique pourtant que Paris va se « réengager » dans l’Indo-Pacifique. « Puissance d'équilibres », la France espère y peser face à la Chine – « les nouveaux impérialismes » – sans s’aligner complètement sur les Etats-Unis.

Niger: l'aveuglement français - l'Opinion (lopinion.fr)

Niger, Maroc, Algérie: la France en difficulté

Xavier Driencourt

« Vive l’armée ! Vive Tiani ! » et « À bas la France ! » entendait-on scander dans les rues de Niamey, hier, après le renversement du président démocratiquement élu Mohamed Bazoum, qui reste détenu par le nouvel homme fort du pays, le général Abdourahamane Tiani. La France, qui compte un peu plus de 500 ressortissants dans le pays, a suspendu « toutes ses actions d’aide au développement » à destination du Niger, et l’Élysée a fait savoir que « quiconque s’attaquerait aux ressortissants, à l’armée, aux diplomates et aux emprises françaises verrait la France répliquer de manière immédiate et intraitable ». La Russie est suspectée de souffler sur les braises.

Xavier Driencourt est diplomate et haut-fonctionnaire. Fait rare, il a été ambassadeur de France en Algérie à deux reprises, de 2008 à 2012 et de 2017 à 2020, durant la présence d’Abdelaziz Bouteflika en tant que président. Niger, Fête du Trône au Maroc, relations franco-algériennes, cet expert nous livre toutes les clés pour comprendre la politique française au Maghreb et au Sahel.

Xavier Driencourt est l’auteur de L’énigme algérienne: Chroniques d’une ambassade à Alger, L’observatoire, 256 p.

Causeur. L’actualité en Afrique du Nord et au Sahel fut particulièrement chargée ces dernières semaines, singulièrement ces derniers jours. La France est régulièrement contestée par des acteurs qui lui étaient traditionnellement favorables. Le coup d’État au Niger s’inscrit d’ailleurs dans un cycle de déstabilisations diverses inaugurées au Mali. Que pouvons-nous faire pour renverser la tendance ?

Xavier Driencourt.
Ce qui s’est passé au Niger est inquiétant : c’est le troisième ou quatrième coup d’État dans la région. Il n’est pas certain que ce coup d’État soit motivé par des questions stratégiques ou une réflexion profonde sur la sécurité de la zone ; il y a vraisemblablement, dit-on, des considérations personnelles. Mais le résultat est là. Le fait est que c’est un coup très dur pour la France et avec le Niger, se met en marche une certaine forme de théorie des dominos. Nous payons d’une certaine façon notre modèle colonial et notre politique post-coloniale. Le problème, c’est sans doute que nous ne nous donnons pas toujours les moyens de réagir...

Niger, Maroc, Algérie: la France en difficulté - Causeur

Niger, Mali, Burkina Faso… « Notre politique africaine s’effondre sur nous »


« Je l'avais bien dit » est une phrase qui oscille entre le ridicule de la vanité et l'odieux de la satisfaction devant le malheur annoncé et réalisé. Je ne l'utilise pas volontiers, mais mes lecteurs peuvent se souvenir d'une chronique où, il y a dix-huit mois, j'appelais à une révision en profondeur de la politique française au Sahel. À l'époque, nous venions d'être expulsés du Mali. Le Burkina Faso a suivi et voilà maintenant que c'est le tour du Niger. À chaque fois, des putschistes jouent des sentiments antifrançais répandus dans la population pour présenter leur coup d'État comme une libération du colonisateur ; à chaque fois, on agite le drapeau russe devant notre ambassade devenue une forteresse assiégée.

Nul n'aurait dû être surpris par cette vague qui emporte nos intérêts à travers le Sahel. N'incriminons pas les Russes, qui ne font que profiter de la situation. Prenons-nous-en à nous-mêmes qui n'avons pas compris qu'une époque s'achevait à nos dépens.

Le fondement de la crise, c'est évidemment cette Françafrique dont tout nouveau président annonce la fin dès son élection comme s'il ne se rendait pas compte que cette répétition rituelle prouvait qu'elle avait survécu à ses prédécesseurs et lui survivrait sans des mesures radicales qui ne sont jamais venues. Non, ce ne sont pas les intérêts mercantiles qui en sont l'origine : tout le continent africain représente entre 4 et 5 % de nos échanges et de nos investissements extérieurs ; le Sahel compte pour moins du dixième de ces totaux.

Niger, Mali, Burkina Faso… « Notre politique africaine s’effondre sur nous » (lepoint.fr)