Poincaré, l'homme de droite idéal ? - Par Arnaud Teyssier
Raymond Poincaré (1860-1934) est un genre de mythe qui a inspiré de nombreux hommes politiques au XXe siècle, d'Antoine Pinay à Raymond Barre et de Valéry Giscard d'Estaing à Edouard Balladur - pour citer ceux qui s'en sont réclamés ou lui ont été comparés. Pierre Mendès France lui-même avait consactré sa thèse, en 1928, à l'homme d'Etat et à sa politique de redressement du franc - pour en louer les vertus, mais aussi pour en souligner les limites sur le plan économique et social. Jacques Calvet, quand il dirigeait le groupe PSA, dans les années 1980-1990, saluait volontiers en lui l'homme du bon sens et des grands équilibres financiers. De nos jours, si on ne parle plus vraiment de "poincarisme", il reste un "type" humain qui ne s'est pas effacé et donne à comprendre comment se conçoit, en France, l'homme de droite moderne - ou, du moins, un certain modèle d'homme de droite.
Poincaré fut-il vraiment une figure emblématique de l'homme de droite à la française? Il en avait les qualités: la rigueur, la répugnance à toute démagogie facile. Dans ses jeunes années, le grand histoirien Pierre Gaxotte, lorrain lui-même, l'avait rencontré au faîte de sa gloire et en avait gardé une certaine impression: "La République ne peut être que l'honnêteté", lui avait dit Poincaré, dont la probité extrême était notoire. Mais on serait tenté de dire qu'il en avait certaines des faiblesses, ce qui explique peut-être, paradoxalement, la faveur épisodique dont il peut encore bénéficier aujourd'hui. L'un de ses meilleurs biographes, François Roth, pourtant plein d'empathie et d'estime pour cette belle figure lorraine, conclut: "Raymonnd Poincaré a été un habile gestionnaire du court terme. Mais il n'a pas innové; il n'a rien fondé; il n'a eut aucune intuition de l'avenir. Il n'avait ni la volonté de former des hommes qui continueraient son action ni le souffle nécessaire. Il s'était coulé dans le moule d'une république parlementaire avec application, habileté et le souci de ce qu'il croyait être l'intérêt national."
IIncarnation de l'homme d'Etat rigoureux, austère et intègre, Poincaré a laissé le souvenir d'un grand patriote, d'un conservateur libéral réaliste et courageux, d'un patricien sobre et irréprochable de la démocratie: bref, pour beaucoup, le politique idéal, modéré mais ferme, vaillant mais ennemi des aventures - et, surtout, gestionnaire méticuleux. Un tableau presque idéal, n'étaient les soupçons d'hostilité vis-à-vis de l'Allemagne et de septicisme envers l'Europe qui pèsent sur lui...
EXTRAIT
Poincaré fut-il vraiment une figure emblématique de l'homme de droite à la française? Il en avait les qualités: la rigueur, la répugnance à toute démagogie facile. Dans ses jeunes années, le grand histoirien Pierre Gaxotte, lorrain lui-même, l'avait rencontré au faîte de sa gloire et en avait gardé une certaine impression: "La République ne peut être que l'honnêteté", lui avait dit Poincaré, dont la probité extrême était notoire. Mais on serait tenté de dire qu'il en avait certaines des faiblesses, ce qui explique peut-être, paradoxalement, la faveur épisodique dont il peut encore bénéficier aujourd'hui. L'un de ses meilleurs biographes, François Roth, pourtant plein d'empathie et d'estime pour cette belle figure lorraine, conclut: "Raymonnd Poincaré a été un habile gestionnaire du court terme. Mais il n'a pas innové; il n'a rien fondé; il n'a eut aucune intuition de l'avenir. Il n'avait ni la volonté de former des hommes qui continueraient son action ni le souffle nécessaire. Il s'était coulé dans le moule d'une république parlementaire avec application, habileté et le souci de ce qu'il croyait être l'intérêt national."
De Gaulle, qui admirait sincèrement son patriotisme - sa vraie grandeure -, l'avait sans doute bien jugé, commentant dans ses Carnets (1927) l'un de ses volumes de souvenirs, en définissant pour l'occasion un "type" qui n'était pas près de dépérir: "C'est clair, habile, long comme tout ce qu'il dit ou écrit. C'est un très bon devoir d'homme d'Etat pas trop sûr de lui, confondant un peu l'histoire avec la politique et tâchant de convaincre à la fois l'une et l'autre... De l'intelligence, du savoir-faire: on cherche souvent la grandeur, la hauteur, le sommet du courage auquel atteignit plus fois Clémenceau [...]. Il n'avait, il le dit candidement lui-même, aucun contact avec le peuple. Poincaré, commis de premier ordre si quelque grand Français l'avait mis en oeuvre, que n'eût-il pas donné sous LouisXIV! Mais livré à lui-même, demi-grand, demi-honnête, demi-compréhensif, bref un homme d'Etat à la mesure de la République."
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