Raymond Aron, libéral et patriote - Par Nicolas Baverez



Né neuf ans avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale et mort six ans avant la chute du mur de Berlin, Raymond Aron (1905-1983) a traversé un XXème siècle dominé parv l'affrontement entre la démocratie et les totalitarismes. De son séjour à Berlin à la veille de l'accession au pouvoir d'Hitler, il revint vacciné du pacifisme de sa jeunesse et convaoncu de la nécessité de combattre pour la liberté. Ce qu'il fit en rejignant de Gaulle à Londres dès juin 1940, puis en comprenant dès la Libération le danger du communisme. La dénonciation du totalitarisme soviétique le plaça au ban d'une intelligentsia française acquise au marxisme. L'auteur de L'Opium des intellectuels (1955) assuma cette lucidité isolée. Si Raymond Aron eut pour seul parti celui de la liberté, l'antagonisme intellectuel avec Jean-Paul Sartre, son condisciple à l'Ecole normal supérieure, figure tutélaire d'une gauche engagée, a contribué à l'associer au camp politique de la droite. Ce "spectateur engagé" ne s'est jamais identifié à des combats partisans. Ce "professeur d'hygiène intellectuelle", selon les mots de Claude Lévy-Strauss, a ciselé une pensée de la liberté aux confins de la philosophie, de la sociologie et de l'histoire. A la fois universitaire et journaliste - 30 ans d'éditoriaux au Figaro, de 1947 à 1977 -, il a contribué à la conversion, même tardive, de l'élite intellectuelle française à la lutte contre le totalitarisme. Si le monde du XXIème siècle se distingue par bien des aspects de celui du XXème, les leçons de Raymond Aron continuent de porter, à l'heure où ka démocratie libérale est défiée par les nouveaux empires que l'on peut qualifier de "démocratures" et par le djihadisme.


EXTRAIT

Raymond Aron, près de quarante ans après sa disparition, conserve uue part de mystère. Il est largement admis qu'il a sauvé l'honneur des intellectuels français face aux idéologies du XXème siècle (...). Pourtant, sa posture et sa pensée n'ont cesser de déranger, la première restant mal comprise et la seconde trop souvent ignorée ou réduite à un anticommunisme que la chute du mur de Berlin remènerait à un objet d'histoire.
Les préjugés qui entoure Raymond Aron témoignent de cette méconnaissance tenace. (...)
De fait Raymond Aron détonne parce qu'il est inclassable. Il ne fut l'homme d'aucun parti, d'aucun camp, d'aucune école. (...).
Patriote et cosmopolite, intellectuel universel et combattant, Raymond Aron nous invite à faire le choix de la liberté et à en assumer la défense: "Je ne veux pas céder au découragement. Les régimes pour lesquels j'ai plaidé et dans lesquels certains ne voient plus qu'un camouflage de pouvoir, par essence arbitraire et violent, sont fragiles et turbulents: mais, tant qu'ils resteront libres, ils garderont des ressources insoupçonnées."