André Tardieu et le recours au peuple - Par Maxime Tandonnet


Figure centrale de la vie politique et intellectuelle pendant l'entre-deux-guerres, André Tardieu (1876-1945) est aujourd'hui oublié. Certes, "le Mirobolant" (Léon Daudet) ne se revendiquait pas explicitement de "droite". Dans les années 1920, il se présentait aux élections sous l'étiquette de républicain de gauche et appartenait à l'Alliance démocratique, parti situé au centre de l'échiquier politique. Pourtant, ses idées et sa conception du pouvoir le rapprochent, à bien des égards, de ce qu'il est convenu de nommer aujourd'hui "la droite". Conservateur sur les sujets de société, il s'est opposé à la politique laïste du "petit père Combes" en 1902-1904 e à celle du Carte des gauches en 1924-1926. Défenseur de l'entreprise, il se référait au modèle américain. National sur le plan de la politique étrangère, il fustigea les politiques de désarmement et combattit l'illusin pacifiste. Mais s'il était un adversaire du parti radical d'Edouard Herriot, de la SFIO de Léon Blum et du parti communiste de Marcel Cachin, il s'opposa tout autant à l'Action française de Charles Maurras et à son "nationalisme intégral". Tardieu tenta d'incarner une troisème voie, privilégiant le réalisme - économique, social, diplomatique - aux idéologies, progressistes comme nationalistes. Il s'est heurté aux défiances et au chaos d'une IIIème République dangereusement affaiblie par l'instabilité ministérielle et la médiocrité de la classe politique face à la montée du péril hitlérien.

LIRE : André Tardieu, visionnaire et incompris... par Maxime Tandonnet (mechantreac.blogspot.com)

EXTRAIT

[André Tardieu] voit dans la démocratie directe une issue possible au déclin national (...).
Incomprises en leur temps, les propositions d'André Tardieu ont inspiré vingt-cinq ans plus tard Charles de Gaulle et Michel Debré sans leur conception de la Vème République. Plusieurs articles de la Consitution de 1958 reprennent, quasiment à l'identique,les mesures préconisées par le Mirobolant, en particulier le référedum. Le fondateur de la Ve République a lui-même reconnu cette influence sur son oeuvre institutionnelle. "Tardieu avait tout compris, mais il était bien le seul", confiera-t-il un jour à Alain Peyrefitte.
(...) Ce personnage clé de la première moitié du XXème siècle ayant prédit l'apocalypse de 1940, précurseur du gaullisme, est mort (...) dans la solitude et l'indifférence, antichambre de l'oubli dont il continue à souffrir.