Albert de Broglie, le dernier combat de l'orléanisme - Par Marie-Hélène Baylac
Au terme d'une carrière politique tardive mais fulgurante, Albert de Broglie (1821-1901), quatrième duc du nom, entra dans l'histoire comme l'homme qui avait tenté, le dernier et en vain, de restaurer la monarchie en France.
Cantonné pendant des années dans l'observation politique et l'activité littéraire, il sort de sa retraite en deveant député de l'Eure, son fief familial, dans la très conservatrice Assemblée nationale élue le 8 février 1871, au lendemain de la défaite française face à la Prusse. "Je ne crois ni à la république ni à la monarchie", écrit alors le grand aristocrate. "Je crois au régime qu'on voudra pourvu qu'il soit remis à la garde des honnêtes gens." Cet orléaniste loyal s'engage dans la "noble" tâche de rétablir un roi constitutionnel, seul capable à ses yeux d' "opérer la conciliation de l'ordre et de la liberté". Mais, tôt convaincu par l'intransigeance du prince de Chambord de l'impossibilité pratique d'une restauration, il s'attelle à mettre en place une république conservatrice qui échapperait "aux mains inexpérimentées et souvent souillées" du parti républicain... en attendant des jours meilleurs. Vaste programme que les divisions des conservateurs, conjuguées à la républicanisation rapide de l'opinion, rendront impossible, scellant à travers lui le sort de l'orléanisme politique dont il aura été le dernier héraut.
EXTRAIT
Daniel Halévy a donné les meilleures clés pour comprendre ce destin contrarié : "Le duc de Broglie ne se trouvait en contact personnel avec aucune des familles diverses du peuple français. Il y avait un peuple républicain. Broglie le considérait avec réprobation. Il y avait un peuple bonapartiste. Broglie le considérait avec mépris. Il y avait dans les campagnes de l'ouest, en Provence, un peuple légitimiste. Broglie n'était pas légitimiste. Il n'y avait nulle part rien qu'on pût appeler un peuple orléaniste, et Broglie était orléaniste [...]. Encore n'est-il pas sûr qu'il fût tout à fait orléaniste, car l'orléanisme était largement bourgeois, et Broglie était essentiellement un nobe."
Entre-temps, la Républoque s'est imposée. (...) Les orléanistes y ont largement contribué par leurs initiatives comme par leurs maladresses.
