Valéry Giscard d'Estaing, le centre en majesté - Par Jean-Louis Bourlanges
Après quinze ans de présidence gaulliste, Valéry Giscard d'Estaing (1926-2020), élu en 1974, voulu "gouverner la France au centre". Par ses origines personnelles et politiques, l'homme n'était pourtant pas centriste. Issu de la famille des indépendants, il fit le choix d'inscrire l'avenir de la droite libérale dans le cadre de la "monarchie républicaine" instituée par le général de Gaulle. En élargissant la majorité, il a cependant déplacé le centre de gravité, esquissant ainsi une synthèse entre tous les courants historiques de la droite; ainsi qu'entre l'assise conservatrice de la société et les aspirations à la modernité de la génération post-Mai 68. Plus que centriste, la politique conduite par Giscard se définit par sa volonté de modération. Sa ligne libérale, sociale et européenne, à rebours du jacobinisme et du souverainisme gaulliens, et incarnée dans le champ partisan par l'UDF, qu'il a créée en 1978, s'est cependant heurtée à la crise économique consécutive aux deux chocs pétroliers, à la poussée d'une gauche en attente d'alternance et à la concurrence du néobonapartisme chiraquien. Commencé sous les auspices du "libéralisme avancé", le septennant giscardien s'est conclu par un "raidissement conservateur" qui lui mit à dos cet électorat n'appartenant pas à la droite et qu'il avait initialement réussi à séduire.
EXTRAIT
(...) L'alternance de 1981 procède d'une double mise en cause: celle d'un homme, qui a saisi mieux que personne les ruptures à opérer sur les divers chantiers de l'action publique, mais qui a trop vite calé sur les conséquences à tirer de son propre diagnostc, mais aussi celle d'un camp, celui de la droite, de toutes les droites, qui exercait depuis trop longtemps un pouvoir sans partage. Les échecs de VGE et de Jacques Chirac sont solidaires et même jumeaux. Ils tiennent à l'épuisement du personnel politiqque issu du 13 mai 1958, un personnel dont le successeur de Georges Pompidou n'aura pas réussi à se dissocier aux yeux des cohortes montantes qui, depuis Mai 68, frappaient de plus en plus fortement aux portes du pouvoir.
Cen'est que quatorze ans plus tard que les comptes serontt vraiment soldés entre les héritiés rivaux de l'orléanisme et du bonapartisme. Le giscardisme, son parti, ses hommes et ses femmes, ses valeurs et ses idées survivront deux septennats à la défaite du fondateur. Les années Mitterrand, années parlementaires, européennes et finalement libérales, seront aussi douces à la nébuleuse giscardienne qu'amères à son fondateur. Ce sera l'été indien des modérés. Deux hommes auraient pu prendre le relais: Raymond Barre et Edouard Balladur. La faute morale et politique de l'ancien président aura été de ne jamais les envisaager en héritiers potentiels. (...)
