Réduire significativement l’immigration, mode d’emploi - Par Patrick Stefanini et Jean-Paul Gourévitch

Dans son interview au Point, le président de la République a à la fois signifié son intention de contrôler les flux migratoires comme son refus de passer sous les fourches caudines de LR. Mais de quoi la France a-t-elle vraiment besoin pour atteindre cet objectif ?


Atlantico : Emmanuel Macron a donné une interview au Point, sur la question de l’immigration il a indiqué qu’il fallait « réduire significativement l’immigration » en commençant par « l’immigration illégale ». Le chef de l’Etat a précisé que nous n’étions pas dans une situation de « submersion ». Que faut-il penser de ses déclarations ?

Patrick Stefanini :
Depuis six ans, c’est la première fois que le président de la République dit clairement qu’il faut « réduire significativement l’immigration ». Emmanuel Macron précise que cela doit notamment concerner l'immigration clandestine. Dans son esprit, cela veut donc dire que le président de la République vise aussi une réduction de l’immigration légale. Le chef de l’Etat l’exprime pour la toute première fois. Les responsables politiques de la droite et les experts qui le disaient depuis des années ont donc gagné la bataille des idées. Emmanuel Macron, qui n’était guère enclin à venir sur ce sujet, reconnaît maintenant la nécessité de réduire « significativement », et ce terme à toute son importance, l’immigration.

Jean-Paul Gourévitch :
Le premier souci des Français en matière d’immigration et dans cette période où l’Etat cherche désespérément quelles économies il pourrait faire, est probablement de savoir où va leur argent. C’est pour cette raison que je viens de publier pour l’association Contribuables Associés une étude très fouillée sur « le coût de l’immigration en 2023, recettes, dépenses, investissements, rentabilité » qui sera disponible sur leur site www.contribuables.org à partir du mardi 29 août et en version papier dès la semaine suivante. Ce coût est de 53,9 mds d’euros auxquels s’ajoute une « pénombre de l’immigration » difficile à évaluer. Il représente néanmoins près de 6 fois le budget actuel de la justice et montre qu’on peut faire de nombreuses économies sans toucher aux fondamentaux de la politique actuelle d’immigration.

Sur le fond, si l’immigration choisie est véritablement la ligne directrice du gouvernement, cela suppose qu’on réduise drastiquement les migrations irrégulières même s’il est impossible d’atteindre l’immigration zéro et qu’on anticipe les évolutions du marché du travail. Il ne suffit pas de proclamer qu’on va régulariser les travailleurs déjà en poste dans les métiers en tension dont par ailleurs la liste se modifie au fil des années. Un des vecteurs les plus sensibles concerne les étudiants étrangers. La France en accueille aujourd’hui près de 400 000 qui lui coûtent 4,6 milliards d’euros (frais d’amortissement des locaux et du personnel inclus) mais personne ne sait combien vont jusqu’au bout de leurs études, ni ce qu’ils font après : revenir au pays d’origine, vendre leur savoir-faire dans un pays étranger ou contribuer en tant que travailleur opérant en France à l’augmentation de son PIB. Toutes les demandes que nous avons faites en ce sens auprès des Ministères de l’Education, de l’Enseignement Supérieur et des Affaires étrangères, même quand nous avons obtenu une réaction de principe favorable sont restées lettre morte. C’est un exemple entre autres de l’incapacité de nos gouvernants à définir et encore plus à appliquer une véritable politique d’immigration.