Un juge politisé est-il encore un juge ? - Par Denys de Béchillon
La politisation croissante d’une partie de la magistrature est une dérive préjudiciable, contradictoire avec l’essence même de sa fonction.
Denys de Béchillon est constitutionnaliste et professeur de droit à l’université de Pau
On doit au philosophe français Alexandre Kojève d’avoir formalisé la plus parfaite définition de ce que doit être le juge : un "tiers, impartial et désintéressé". Il n’y a de droit – la Déclaration de 1789 parle de "garantie des droits" – que là où l’Etat confie à ce personnage la fonction de trancher entre ce qui est licite et ce qui ne l’est pas. Dans ce moment de grande interrogation sur la place de la magistrature dans la société, on ne perd pas son temps à réfléchir au destin de ces trois éléments.
Un tiers ? Autant dire quelqu’un d’autre : celui vers qui l’on va pour son extériorité au litige ; celui dont on recherche le point de vue froid parce qu’il n’y a rien de mieux pour résoudre un conflit chaud. Impartial ? Nul ne peut être juge et partie. Il lui faut n’être a priori ni d’un côté ni de l’autre, mais aussi écouter les protagonistes avec une bienveillante neutralité et veiller à ce qu’ils disposent équitablement des moyens de faire entendre leur cause. Désintéressé ? Mettons : capable de s’élever au-dessus de lui-même, de s’abstraire de l’équation, de neutraliser ses affects, ses préférences, ses inclinations et – plus que tout – ses allégeances personnelles puisque c’est de sa pente qu’il doit se méfier pour rendre un jugement digne de ce nom.
Vaste programme, me direz-vous. Un vrai job pour demi-dieux. C’est le fond du sujet. Dans la vraie vie, c’est inatteignable. Et sans doute faut-il que ça le reste un peu parce que nous demandons par ailleurs un "bon" juge, sensible, capable de compréhension et donc de tolérance (subjective) pour certains comportements (objectivement) illégaux. L’idée d’un automate rendant la justice – ou désormais d’un programme d’intelligence artificielle – nous est insupportable à la mesure de son inhumanité. Pour nous autres, pauvres pécheurs, nous implorons la clémence de celui qui aura le dernier mot. Il nous arrive même d’espérer son courage.
On doit au philosophe français Alexandre Kojève d’avoir formalisé la plus parfaite définition de ce que doit être le juge : un "tiers, impartial et désintéressé". Il n’y a de droit – la Déclaration de 1789 parle de "garantie des droits" – que là où l’Etat confie à ce personnage la fonction de trancher entre ce qui est licite et ce qui ne l’est pas. Dans ce moment de grande interrogation sur la place de la magistrature dans la société, on ne perd pas son temps à réfléchir au destin de ces trois éléments.
Un tiers ? Autant dire quelqu’un d’autre : celui vers qui l’on va pour son extériorité au litige ; celui dont on recherche le point de vue froid parce qu’il n’y a rien de mieux pour résoudre un conflit chaud. Impartial ? Nul ne peut être juge et partie. Il lui faut n’être a priori ni d’un côté ni de l’autre, mais aussi écouter les protagonistes avec une bienveillante neutralité et veiller à ce qu’ils disposent équitablement des moyens de faire entendre leur cause. Désintéressé ? Mettons : capable de s’élever au-dessus de lui-même, de s’abstraire de l’équation, de neutraliser ses affects, ses préférences, ses inclinations et – plus que tout – ses allégeances personnelles puisque c’est de sa pente qu’il doit se méfier pour rendre un jugement digne de ce nom.
Vaste programme, me direz-vous. Un vrai job pour demi-dieux. C’est le fond du sujet. Dans la vraie vie, c’est inatteignable. Et sans doute faut-il que ça le reste un peu parce que nous demandons par ailleurs un "bon" juge, sensible, capable de compréhension et donc de tolérance (subjective) pour certains comportements (objectivement) illégaux. L’idée d’un automate rendant la justice – ou désormais d’un programme d’intelligence artificielle – nous est insupportable à la mesure de son inhumanité. Pour nous autres, pauvres pécheurs, nous implorons la clémence de celui qui aura le dernier mot. Il nous arrive même d’espérer son courage.
.png)