Charles de Gaulle, l'ordre et le rassemblement - Par Eric Roussel
Du jeune militaire cherchant à convaincre de la nécessité pour l'armée française de se doter d'unités blindées au vieux président rêvant de mettre en place la "participation" et la régionalisation, Charles de Gaulle (1890-1970) a prétendu toute sa vie dépasser les clivages partisans, exaltant les vertus du "rassemblement" contre l'esprit des "factions". Au sein de la France libre et au moment de la Libération, l'homme pétri du catholicisme social familial, lecteur de Péguy, Barrès, Bergson et de Maurras, préférant Racine à Voltaire et Chateaubriand à Rousseau, sut travailler avec des socialistes et des communistes. Mais, en dépit de son nom, le Rassemblement du Peuple français qu'il créa fut clairemment ancré à droite, tout comme la Vème République qu'il fonda et qu'il préféra gouverner avec les représentants de la droite gestionnaire qu'avec les "gestionnaires de gauche". C'est pourtant à droite, chez les pétainistes d'abord, chez les partisans de l'Algérie française ensuite, qu'il suscita le plus de haine. Mais en dépit d'une politique étrangère marquée par la défiance envers l'Amérique et l'ouverture en direction de la Russie, c'est principalement l'électorat de droite qu'il fédéra. Le "rebelle" était aussi un homme d'ordre.
EXTRAIT
Le rêve de De Gaulle fut toujours de rassembler la plus largement possible et il est certain qu'on ne saurait le confondre avec l'énorme majorité très conservatrice issue des urnes après la tourmente de mai 1968. Jusqu'au bout, il espéra pouvoir mettre en oeuvre son dernier grand projet, la participation, mais il peina à en définir le concept. Sans doute avait-il l'intuition que le société moderne, de plus en plus déshumanisée à ses yeux, contenait en son sein les germes de sa destruction.Le constat n'était pas totalement inédit. Les catholiques sociaux, dont le Général s'était toujpurs senti proche depuis sa jeunesse, l'avaient fait eux aussi, prônant une collaboration plus harmonieuse des classes sociales,"du capital et du travail", comme on disait à l'époque. L'idée qui devait peu à la gauche était généreuse, mais elle s'accordait mal à l'air du temps marqué après 1968 par un refus de plus en plus affirlé des disciplines collectives. C'est devant la postérité que de Gaulle aura peut-être raison. "Un homme d'avant-hiers et d'après-demain", avait très bien jugé André Malraux.
