Les Grandes figures de la Droite - Ouvrage collectif sous la direction de Jean-Christophe Buisson et Guillaume Tabard
À travers 21 portraits de figures de proue intellectuelles ou politiques, du pamphlétaire royaliste Antoine de Rivarol (1753-1801) aux présidents de la République Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, un ouvrage collectif dirigé par Jean-Christophe Buisson et Guillaume Tabard, nous plonge dans une « histoire incarnée » de la droite et nous questionne sur son impossible unité : et si sa diversité était sa richesse?
De qui la droite porte-t-elle le nom ? Depuis la Révolution française, le mot recouvre trois grandes familles de pensées identifiées par le politologue René Rémond : légitimiste, orléaniste et bonapartiste. Contrairement à la gauche, ces droites se structurent par essence autour d'individus, dirigeants et/ou écrivains qui ont marqué sa riche histoire et contribué à définir ou redéfinir son identité multiple et évolutive depuis deux siècles. Voici pour la première fois racontés et expliqués la vie et les apports des plus célèbres d'entre eux dans ce livre collectif rassemblant historiens et journalistes de renom.
En voici le sommaire :
Antoine de Rivarol (Paulin Césari)
Benjamin Constant (Philippe Raynaud)
Joseph de Maistre (Charles-Éloi Vial)
Chateaubriand (François Rouvillois)
Napoléon Bonaparte (Patrice Gueniffey)
Duchesse du Berry (Eugénie Bastié)
Alexis de Tocqueville (Laetitia Strauch-Bonart)
François Guizot (Laurent Theis)
Adolphe Thiers (Pierre Cornut-Gentille)
Albert de Broglie (Marie-Hélène Baylac)
Maurice Barrès (Bruno de Cessole)
Charles Maurras (Jean-Christophe Buisson)
Raymond Poincaré (Arnaud Teyssier)
André Tardieu (Maxime Tandonnet)
Antoine Pinay (Christiane Rimbaud)
Charles De Gaulle (Éric Roussel)
Raymond Aron (Nicolas Baverez)
Simone Veil (Anne Fulda)
Valéry Giscard d'Estaing (Jean-Louis Bourlanges)
Jacques Chirac (Guillaume Tabard)
Nicolas Sarkozy (Guillaume Tabard)
De la Révolution à nos jours, ces grandes figures qui ont fait la droite
Par Philippe Tesson
Le livre de Jean-Christophe Buisson et Guillaume Tabard, Les Grandes Figures de la droite, est au cœur de ce sujet. Nos deux confrères, qui comptent parmi les plus subtils de notre profession - Buisson, directeur adjoint du Figaro Magazine, et Tabard, rédacteur en chef et éditorialiste politique du Figaro et éditorialiste à Radio Classique, tous deux fins connaisseurs de la droite -, ont entrepris d’en explorer la zoologie et de distinguer 21 personnalités parmi celles qui, de la Révolution à nos jours, l’auraient honorée. Ils ont à cette fin confié à des auteurs de renom - historiens, journalistes, philosophes, essayistes - le soin de raconter la vie et d’expliquer la pensée de ces modèles à travers ce que chacun d’eux a apporté à la droite. Ingénieuse contribution à l’Histoire en ce qu’elle joue la personne, l’individu, et par là même la diversité. Par définition ce livre collectif, mais fait de chapitres indépendants, est semblable à un fleuve nourri de plusieurs eaux. C’est à quoi le comparent nos deux chefs d’orchestre, qui eux-mêmes y collaborent, Buisson pour Maurras, Tabard pour Chirac et Sarkozy.
et ouvrage pluriel ne pouvait donner de la droite qu’une image multiple. C’est ce qui le rend vivant et passionnant, et nous avons aimé ces portraits de 21 personnages qui traversent l’Histoire. Tous au service des mêmes causes, tous rassemblés autour des mêmes intérêts, tantôt ils se rejoignent, tantôt se contredisent dans un désordre excitant. Une surprise: ils semblent bizarrement décevoir nos deux auteurs. C’est ainsi que ceux-ci s’étonnent: «Comment peut-on concevoir qu’appartiennent au même camp le monarchiste intégral Charles Maurras et l’euro-fédéraliste Simone Veil? Le penseur libéral Alexis de Tocqueville et l’écrivain nationaliste Maurice Barrès? Le piquant Antoine de Rivarol et le rond Antoine Pinay? La duchesse de Berry, égérie de l’ultracisme romantique et Adolphe Thiers, incarnation vivante de la bourgeoisie conquérante?» De même jugent-ils avec une certaine sévérité l’imprécise appartenance idéologique de Benjamin Constant - nous reviendrons là-dessus. De même encore ironisent-ils à propos des «glissements» vers le centre, voire la gauche, opérés au cours de leur carrière par Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing: comme si l’être humain, à l’image d’un groupe humain, ne pouvait être sujet à des variantes dans ses convictions, variantes qui ne signifient pas fatalement désaveu des principes essentiels…
La diversité de la droite apparaît dans l’esprit de nos deux confrères comme le mal historique qu’elle aurait vécu au long de son histoire. Ils vont loin dans cette thèse. À les lire: «La droite n’existe plus», faute d’unité. Ou bien: «Elle est gazeuse.» Ou bien encore: «Se définissant plus par ce qu’elle rejette que par ce qu’elle est ou croit être, elle est donc un savon.» Diantre! On est quasiment dans un déni d’identité. Que nos amis nous pardonnent, mais cette vigueur venant d’hommes pourtant sages et qui d’ordinaire ne font pas mystère de leur engagement, cette sévérité à l’égard de la droite, ne nous semblent tenir qu’à la nostalgie d’une utopie, celle d’une droite idéale, exempte de toute ambivalence, vierge de la moindre nuance.
Une histoire de la droite par ceux qui l’ont faite
Mais ouvrons le livre, et voyons ce qu’il en est exactement de cette diversité et de cette ambiguïté. Dès les premières pages, on se rend compte que nos amis plaisantaient: elle existe, la droite. Sinon, pourquoi ce livre? Un livre qui, de surcroît, pénètre de plein front non seulement la réalité et la richesse de son histoire, mais aussi le tumulte des idées qui encore aujourd’hui la nourrissent et enfin la chair de ses héros. Ce qui fait l’originalité de cet ouvrage est en effet sa dimension romanesque qui s’ajoute à sa valeur intellectuelle et pédagogique. On y lit l’Histoire à travers les hommes. La droite est conduite par des hommes, quand la gauche se définit d’abord par les idées, nous disent nos auteurs. Ce n’est qu’à demi vrai. Trop le penser, c’est réduire la réflexion libérale de la droite et survaloriser la réflexion socialiste de la gauche. Certes, l’abondance des idées de cette dernière est un fait. Mais suffit-elle à assurer l’unité du socialisme et le succès politique de ses dirigeants? Ne se sont-ils pas récemment ridiculisés, voire noyés, dans l’océan de leurs palabres idéologiques, leurs désordres politiques internes et leurs insolubles querelles?
Et Macron? N’est-il pas de droite?
On sait gré à ce livre et à ses auteurs de restituer à la droite sa fierté et de rappeler la vérité de ses œuvres et de ses héros. Il est vrai qu’elle est actuellement vacante, au même titre que la gauche, dans un contexte politique particulier, en totale reconstitution. Serait-ce trop dire cependant qu’elle existe, sous une forme virtuelle: celle de notre président de la République? C’est ajouter une hypothèse moins incongrue qu’on ne peut le penser à cette culture dramaturgique propre à la droite - et dont son peuple est friand - de l’homme providentiel. L’idée n’est pas gratuite. Emmanuel Macron ne s’est-il pas imposé comme le démiurge d’une situation électorale inhabituelle, à laquelle ni la gauche ni la droite ne trouvaient de solution? Il en a proposé une, qui neutralisait totalement l’une et l’autre, en remettant à plus tard le soin de savoir laquelle des deux l’avait emporté. Car nous ne savons pas encore très bien si notre président est à droite ou à gauche, s’il le sait lui-même, s’il sait qu’il est à droite, s’il le croit, s’il l’est vraiment ou non, s’il le sera.
Il joue avec un mélange de naïveté, d’innocence, d’habileté et de talent ce passionnant dilemme. Tout se peut. Or, plusieurs de nos 21 héros ont déjà eu l’occasion de vivre cette situation, de gérer cette équation. On peut devenir homme de droite. On peut l’être peut-être. On peut être de droite et de gauche. On peut l’avoir été. On peut le découvrir. Tout arrive.
La large majorité des grandes figures de la droite retenues par Buisson et Tabard ont été des gens de pouvoir (cinq chefs d’État: Napoléon, de Gaulle, Giscard d’Estaing, Chirac, Sarkozy), d’autres des chefs de gouvernement ou des ministres (Chateaubriand, Broglie, Guizot, Thiers, Poincaré, Tardieu, Pinay, Simone Veil), et une minorité d’intellectuels engagés dans l’action politique (Constant, Tocqueville, Barrès, Maurras, Aron…). Cette curiosité nous semble utile. Elle éclaire l’histoire de la droite, une histoire marquée au milieu du XIXe siècle par les fractures politiques qui secouèrent la France. C’est alors que la droite cessa de se définir par rapport à la Révolution. C’est alors qu’une large partie de la droite politique cessa d’accepter l’héritage révolutionnaire. C’est alors que la fracture sociale vint s’ajouter au tumulte politique. C’en fut fini du rassemblement de la droite en un vaste ensemble. Les légitimistes n’y auraient plus leur place. Le corps de la droite perdait l’un de ses membres, le membre extrême.
L’histoire de ces évolutions fatales est racontée avec une remarquable clarté tout au long de cette anthologie. D’abord par Philippe Raynaud. Son article consacré à Benjamin Constant nous explique le «mystère» de Constant, devenu l’inconstant, relatif à l’ambiguïté de son identité idéologique: «Républicain d’esprit devenu monarchiste de raison.» Nous n’allons pas cesser de retrouver ce problème, celui de la dualité, de l’ambiguïté, dans sa déclinaison incessante tout au long de notre histoire. Benjamin Constant à gauche sous la Restauration, à droite sous la monarchie de Juillet! Benjamin Constant prophète de la gauche devenue libérale! Benjamin Constant, dont Philippe Raynaud n’hésite pas à dire qu’il aurait choisi le côté gauche lors du vote fondateur du 11 septembre 1789, et qui devait plus tard, lui le pape du libéralisme, saluer notre «heureuse Révolution».
Plus tard, il y aura Guizot, au cœur de la fracture dont nous parlions. Laurent Theis lui consacre un article brillant, pour expliquer qu’il ne fut ni de gauche ni de droite. Mais déjà s’était posée et continue de se poser cette question à propos de Napoléon. Était-il à gauche? À droite? Patrice Gueniffey la reprend à son compte. Il sait faire. Il a la réponse, trop facile mais juste: Napoléon est «par-delà la gauche et la droite». On dira de même plus tard - et non sans raison - à propos de De Gaulle. C’est au centre qu’il faudrait placer Napoléon selon Gueniffey. À ses yeux, l’Empereur répugnait aux moyens extrêmes et haïssait la violence des foules. «Entre ses mains la dictature était l’instrument d’une politique modérée où les deux France pouvaient se reconnaître. Certes, l’ancienne devait renoncer à ses privilèges et la nouvelle aux libertés parlementaires, mais à toutes deux il offrait, avec la paix intérieure et l’ordre, la gloire en partage, celle des victoires et des conquêtes indissociables de son épopée.» C’est assez bien vu. Mais pour un centriste, c’est coûteux… Chateaubriand, c’est autre chose. De droite? De gauche? Du centre? D’ailleurs! Son propre jugement: «Gentilhomme et écrivain, j’ai été bourboniste par honneur, royaliste par raison et républicain par goût!» Frédéric Rouvillois, son biographe, a une idée: «Anarchiste de droite!»
Droite d’opportunité et droite de conviction
Après l’instauration de la République parlementaire et le réveil du clivage gauche-droite à la fin du XIXe siècle, le Who’s Who de la droite retient trois personnalités qui, de 1900 à 1960, vont occuper des postes ministériels importants. Toutes trois s’inscrivent dans une tradition libérale modérée: Poincaré, qui est aux yeux d’Arnaud Teyssier l’homme de droite idéal, «grand patriote, conservateur courageux, modéré mais ferme, gestionnaire méticuleux» ; Tardieu, dont Maxime Tandonnet trace un portrait à bon escient avantageux, et qui n’eut pas, en dépit de ses qualités exceptionnelles, de sa culture, de sa séduction, de ses succès politiques, le sacre qu’il méritait ; Pinay, qui, lui, connut en revanche, grâce à son bon sens, à sa sagesse, à sa modération et à son habileté politique, une remarquable consécration. Ils incarnèrent brillamment une droite qui fut davantage d’opportunité que d’authentique conviction.
Enfin la Ve République est particulièrement favorisée par cette anthologie qui honore quatre des cinq présidents de droite qui la gouvernèrent. Charles de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, Georges Pompidou étant curieusement le grand absent de cette prestigieuse assemblée.
Nous n’avons évoqué de cet ouvrage que la partie du palmarès qui concerne les hommes de pouvoir, laissant dans l’ombre les intellectuels, les universitaires, les hommes de plume, les philosophes… Ils ont joué un rôle considérable dans l’histoire politique du pays. Deux d’entre eux se distinguent à ce tableau d’honneur: Alexis de Tocqueville et Raymond Aron, ce dernier objet d’une pénétrante analyse de Nicolas Baverez. De même, deux éminents rebelles sont absents de notre sélection, en dépit de l’hommage ardent que leur rendent Jean-Christophe Buisson et Bruno de Cessole: Charles Maurras et Maurice Barrès. Mais nous avons choisi d’axer notre commentaire sur le tropisme centriste de la droite, telle que celle-ci a pratiqué le pouvoir depuis deux siècles. Jean-Louis Bourlanges analyse parfaitement ce phénomène, qu’a incarné Valéry Giscard d’Estaing durant son septennat et qui nous semblait en effet essentiel, au même titre que nous paraissait capital de souligner l’intérêt de la pluralité de la droite.
Liberté, ordre, justice, respect humain
La diversité de la droite fut et reste sa force et sa faiblesse, eût-elle dû et dût-elle encore le payer de ses inconséquences, de ses ambiguïtés et de ses apparentes contradictions. Sa faiblesse est le gage de sa liberté, de sa sincérité. Les histoires personnelles que raconte ce livre, ce en quoi il est précieux, nous révèlent l’homme de droite, d’où il vient, qui il est, quel chemin souvent complexe, voire paradoxal il suit pour préserver les principes de liberté, d’ordre, de justice, de respect humain qui sont sa Bible. L’homme de droite peut avoir en lui sa part de contradiction. De gauche. Telle est sa particularité, son ambition, sa supériorité. La droite existe encore. Elle est indispensable à ce pays.
Ces figures qui ont incarné les droites en France
Par Laurent de Boissieu
La droite existe-t-elle ?
L’ouvrage soulève d’emblée une difficulté, celle de la définition même de la droite. « La droite n’existe pas », écrivent d’ailleurs les auteurs dans la préface, constatant que le mot englobe des « tendances distinctes et parfois opposées au point de faire d’elle tout sauf un bloc idéologique ». Ou encore : « Se définissant plus par ce qu’elle rejette que par ce qu’elle est ou croit être, la droite est donc un savon. Décrire le destin de ses figures de proue ne permet pas de l’attraper, et sans doute pas de dire son histoire dans sa globalité. Mais à tout le moins de l’éclairer d’un jour vivant, animé, incarnée. »
Cette idée d’incarnation est la réponse trouvée par Jean-Christophe Buisson et Guillaume Tabard : « [La droite] est gazeuse. Elle ne prend forme solide, physique, que lorsqu’elle est incarnée par un "sauveur" - figure du pouvoir charismatique chère à Max Weber -, qui, par son action ou son œuvre, fédère les bonnes volontés et les énergies. Et encore ces moments sont-ils toujours éphémères. Ils durent ce que dure la vie de ses hérauts. Ce qui n’empêche pas leur héritage - moral, intellectuel, politique ou spirituel - de se transmettre. En s’amendant. En s’affinant. En se réinventant (…) À rebours de la gauche, qui se pense en collectif, [la droite] se définit d’abord par ses individualités. La gauche se veut guidée par les idées, la droite est conduite par des hommes. »
Idéologie ou géographique parlementaire
La question de la définition se pose symétriquement pour la gauche, « multiple, plurielle, contradictoire, au point qu’il est difficile de parler de la gauche au singulier », écrivait Michel Winock dans la préface du précédent ouvrage. Avec une solution différente pour la surmonter : « Nous avons donc pris la définition dans sa plus grande extension, de la gauche la plus modérée - mais de gauche néanmoins en son temps, face à des adversaires de droite - à la plus révolutionnaire. » Bref, la gauche c’est - quelle que soit leur famille idéologique d’appartenance - tous ceux qui siègent à la gauche des assemblées parlementaires, face à des adversaires siégeant à sa droite.
Cette définition géographique présente un avantage : elle permet de tenir compte du fait que, dans l’espace ou dans le temps, les représentants d’un même courant idéologique peuvent indifféremment siéger à droite ou à gauche - sans oublier au centre - de l’hémicycle. Cette entreprise en est la preuve, puisqu’une personnalité et portraituré dans les deux livres : le libéral Benjamin Constant (1767-1830). De gauche, car au XIXe siècle les libéraux représentaient la gauche face à la droite conservatrice ou réactionnaire. De droite, car, au XXe siècle, les libéraux ont été poussés à droite avec l’émergence de la nouvelle gauche socialiste. Dès 1932, dans Les idées politiques de la France, Albert Thibaudet avait analysé « ce mouvement vers la gauche, ce sinistrisme immanent » poussant vers la droite des assemblées d’anciennes forces de gauche.
Réparer une injustice
La seconde difficulté consiste à sélectionner des personnalités. Le livre sur les figures de la gauche en avait retenu trente ; celui sur la droite est plus sélectif, avec vingt-et-un portraits. Forcément, le choix opéré est critiquable. S’y trouvent des contre-révolutionnaires, des libéraux et des conservateurs, des nationalistes, des bonapartistes et des gaullistes. Mais, étonnamment, aucun catholique social ou démocrate-chrétien, aucune figure notamment de l’Action libérale populaire d’Albert de Mun et Jacques Piou, qui fut le premier parti de masse de droite avant la première guerre mondiale. Parmi les autres grands absents : Paul Déroulède et le général Georges Boulanger, Louis Marin et le colonel François de La Rocque. La présence de Simone Veil, qui a fortement marqué l’histoire sociale mais pas particulièrement celle de la droite, interroge en revanche.
Il n’en demeure pas moins que ce passionnant voyage dans le temps contribue à réparer une injustice : les grandes figures historiques de la gauche sont souvent davantage connues du grand public que celles de la droite. Pourtant, comme les contributions l’illustrent parfaitement, « il y a de la fantaisie, de l’éclat, du tragique, du flamboyant, du ridicule, de la passion dans les vies tout sauf linéaires de ces hommes et de ces femmes qui ont choisi de servir une cause qu’ils estimaient juste, voire supérieure ».
À commencer par la duchesse de Berry (1798-1870), royaliste légitimiste et romantique, qui tenta de soulever par une « chouannerie burlesque » la Vendée en 1832. Ou André Tardieu (1876-1945), « mort dans la solitude et l’indifférence, antichambres de l’oubli dont il continue à souffrir », dont les propositions constitutionnelles, « incomprises en leur temps », ont inspiré la Ve République gaulliste.
Dans la galerie des personnages qui incarnent plus de deux siècles d’histoire de la droite
L’écrivain Jean-Marie Rouart a lu Les Grandes Figures de la droite. De la Révolution française à nos jours, ouvrage collectif rédigé sous la direction de nos confrères Jean-Christophe Buisson et Guillaume Tabard et dont il fait l’éloge.
Napoléon parlant de la France et de sa complexité disait que si on voulait la comprendre il fallait ou lire un seul livre sur elle, ou alors en lire mille. C’est vrai aussi de la droite. Cette nébuleuse revêt en effet une infinité de facettes dans lesquelles se reflète une multitude d’esprits différents, voire opposés et même hostiles. C’est une famille nombreuse qui, pour être parfois unie, n’a pas été épargnée par les scènes de ménage, les divorces, les adultères et les crimes passionnels. C’est pourquoi, plutôt que d’offrir un nouvel essai théorique sur les idées de droite, ce qu’a réalisé brillamment René Rémond, c’est une excellente idée, riche de perspectives, d’opérer comme le font Jean-Christophe Buisson et Guillaume Tabard, deux fins connaisseurs de politique et d’histoire, en nous offrant une galerie de personnages qui, de Rivarol à Nicolas Sarkozy en passant par Napoléon, Aron et de Gaulle, illustrent chacun à sa manière une conception originale de la droite.
À la lecture de ce livre, on est frappé par un constat qu’à vrai dire on soupçonnait déjà: la diversité, la disparité, des hommes et des femmes qui appartiennent à cette communauté d’idées. Chacun brode à sa manière sur l’immense canevas ; chacun réinterprète un fonds commun. D’où une succession de personnalités ayant en propre une individualité forte et une conscience aiguë de leur destin. L’ADN de la droite se situerait peut-être dans cette prédilection à privilégier l’individu, la personne prédisposée à s’adonner à une formedu culte du moi, alors que la gauche privilégierait le collectif, le mouvement social et celui des idées, l’idéologie.De ce point de vue, elle se distinguerait par son élitisme et son pragmatisme,la gauche par son penchant à être en phase avec les mouvements populaires. Mais méfions-nous des clichés et des généralisations abusives. Dans deux délicieux petits essais, Le Complexede droite et Le Complexe de gauche, Plumyène et Lasierra nous avaient montré autrefois que des personnes dites de droite pouvaient avoirdes tempéraments de gaucheet inversement. Cette ambiguïtése retrouve dans l’avertissement qu’André Philip adressait déjà à de Gaulle à Alger en 1943 : «Vos idées sont républicaines ; vos instincts ne le sont pas.»
L’ambivalence est particulièrement visible chez les écrivains. Balzac a eu beau proclamer qu’il écrivaitses romans sous le double flambeaude la monarchie et du catholicisme, son génie les déborde totalement. Maurras, dont parle excellemment Jean-Christophe Buisson, défendait paradoxalement Michelet, pourtantde gauche, pour le fond profondément national de son œuvre, alorsqu’il étrillait Chateaubriand, narcisse de grand style, mais plus intéressé par son moi hypertrophié que par le destin national. Autre paradoxe, la postéritéa retenu du vicomte le portrait flatteur de rectitude et de fidélité qu’il a patiemment brossé de lui-même, alors que son parcours, républicain pendant l’immigration, puis défenseurde la légitimité de droit divin, puis adepte de la monarchie de Juillet, avant de revenir à un républicanisme modéré, sans compter une forte propension anarchisante, est opposéà celui de Benjamin Constant, traitéde girouette. Celui-ci, il est vrai empêtré dans ses contradictions, fait figure de Frégoli politique. Mais si ce prodigieux écrivain a revêtu des défroques diverses (passant sans transition de l’opposition républicaine à Napoléon à la fascination amoureuse pendant les Cent Jours), il conserve néanmoins une cohérence interne dans ses idées à laquelle la postérité a rendu justice en le consacrant commele maître de la pensée libérale.
Il faut donc lire ce livre comme une histoire de la droite conçue non avec une idée artificielle de cohérence et d’unité, mais plutôt comme un roman ; un roman, genre plus apte que l’essaià rendre la subtilité des situationset surtout les contradictions des personnages. Ceux-ci, souvent hauts en couleur et déchirés par des parcours en dents de scie, peuvent s’entendre sur on ne sait quelle affinité élective ou sur quelque malentendu national: comme Raymond Aron, gaullo-pétainiste (il est à Londres tout en étant favorable à l’armistice) ; ou Malraux, gaullo-marxiste. Parfois ona affaire à des filiations bizarres que l’idéologie dominante d’aujourd’hui, cette grande bétonneuse de subtilités, se refuse à admettre, les jugeant contre nature: ainsi l’imprégnation très forte sur de Gaulle des idées de Barrès,de Maurrasou plus encore de Jacques Bainville.
On assiste aussi à de curieuses métamorphoses au sens ovidien du terme: Bonaparte, chrysalide jacobine, se mue en Napoléon monarque autoproclamé, avant de se transformer à Sainte-Hélène en prophète des nationalités républicaines. Itinéraire également atypique pour Maurice Barrès, qui commence par s’ébrouer dans l’hédonisme libertaire, l’individualisme et le dandysme cosmopolite, voire l’anarchisme, pour se muer au fil des années en chantredu nationalisme pur et dur. En fait, il est difficile de trouver des incarnations de la droite qui ne soient pas bimétalliques. Rivarol, Josephde Maistre, Maurras excepté. La plupart de ses tenants dans l’époque moderne, surtout depuis la Libération et le coup fatal porté à la droite et au catholicisme soupçonnés de vichysme (hormis de Gaulle, bien sûr, protégé par son rôle historique), ont dû se défendrede cette lourde hypothèque et se tenir en permanence sur la défensive. Carla droite a été impuissante à gagnerce procès, si injuste fût-il (la Résistance fut totalement composite politiquement). Cette tuniquede Nessus continue de la brûler. Et les historiens comme Robert Aron, Henri Amouroux ou Simon Epsteinont eu beau montrer la faussetéde cette simplification historiquequi a la vie dure, ils n’ont pu totalement renverser la vapeur.
Choyés par la gauche
Les gouvernements de droite, que ce soit Giscard ou Sarkozy, se verront contraints de se maintenir sur la défensive, et surtout de gouverner en donnant des gages à la gauche, geste de conciliation que les gouvernements de gauche se garderont bien d’imiter.
La droite, contrairement à la gauche, ne bénéficie d’aucune mansuétude ni d’aucun effort de contextualisation. Deux exemples particulièrement typiques: Jules Ferry, prototype du républicain de gauche, n’hésite pas à justifier, à la tribune de la Chambre, la conquête du Tonkin par la volonté de«civiliser les races inférieures» (le mot «races» est ici synonyme de «peuples»). Argumentation qu’utilisera aussi Léon Blum en justifiant le colonialisme par le devoir des «races supérieures» de mettre les «races inférieures» dans le droit chemin de la civilisation. Cette différence de traitement plus impitoyable pour les hommes de droite que pour ceux de gauche tient en partie au déficit culturel de la droite moderne (culturel au sens large: intérêt pour les artistes, les droits de l’homme, l’écologie) qui est sa faiblesse et contre laquelle elle n’a pas cherché à lutter, laissant avec fatalisme le monopole culturel à la gauche. Même lorsqu’on lui a reconnu une indéniable efficacité, il lui a manqué une irrigation essentielle. Les gouvernants de droite, à force de privilégier excessivement la gestion, ont perdu en route la plupart des intellectuels et des écrivains qui autrefois l’éclairaient et sont maintenant choyés par la gauche.
Si déchirée et divisée qu’ait pu êtrela droite dans un XXe siècle qui a mis ses convictions à rude épreuve - les déconvenues du nationalisme, la décolonisation, les tragédies à répétition subies par l’armée dansde sourdes et douloureuses guerres civiles -, elle a pu néanmoins surnager avec un certain panache. C’est le mérite de ses dirigeants, qui, à la suite de De Gaulle, comme Pompidou, Giscard d’Estaing, Chirac ou Sarkozy, dont on peut discuter les qualités respectives, sont restés d’un très bon niveau. Mais sous une apparence de concorde leur ascension vers le pouvoir n’a pas été idyllique: les bisbilles, les coups de Jarnac et autres aménités ont jalonné leurs parcours.Au point que l’on a pu dire que ce n’était pas la gauche qui avait parfois battu la droite, c’est la droite à force de querelles intestines qui s’était battue elle-même.
Ce livre passionnant, rédigé par des collaborateurs talentueux (notamment Patrice Gueniffey, Bruno de Cessole, Laurent Theis, Jean-Louis Bourlanges, Anne Fulda) nous aide à décrypter notre histoire de manière lucideen s’appuyant sur les hommes ; ces hommes souvent providentiels vis-à-vis desquels la gauche éprouve une ancienne, psychanalytique, mais toujours virulente hostilité.
De Chateaubriand à François Fillon : la droite est faite d'hommes plutôt que d'idées
Par Eugénie Bastié
Dans son dernier livre, le jeune essayiste Jérôme Besnard retrace l'histoire de la droite française. Il soutient que celle-ci n'est pas réductible à un parti politique mais procède plutôt d'un mouvement intellectuel incarné dès le début du XIXe siècle par Chateaubriand.
LE FIGAROVOX.- Vous consacrez un essai historique à la droite «de Chateaubriand» et à François Fillon. Peut-on donner une définition de la droite ou bien celle-ci est trop plurielle?
Jérôme BESNARD.- On peut donner une définition du conservatisme, du libéralisme, du traditionalisme, mais il est très difficile de donner une définition de la droite, si ce n'est qu'elle n'est pas la gauche. On peut aussi cerner des expressions politiques de droite, c'est-à-dire des familles politiques ancrées dans une temporalité: le légitimisme, l'orléanisme dynastique, le gaullisme, le poujadisme. Là où la gauche est marquée par une idéologie fondatrice, le marxisme et l'internationalisme, les différentes droites sont soit le fruit d'hommes d'État emblématiques (Napoléon, De Gaulle), soit d'intellectuels de premier plan (Joseph de Maistre, Bonald, Alexis de Tocqueville, Maurice Barrès, Charles Maurras, Raymond Aron...).
La droite a-t-elle un corps de doctrine élaboré ou bien est-elle plutôt une «attitude»?
La droite s'appuie sur des penseurs qu'elle n'a pas forcément lus en profondeur mais dont elle a retenu des concepts, des intuitions: la société démocratique chez Tocqueville, l'économie sociale chez Frédéric Le Play, la terre et les morts chez Barrès, la distinction entre le pays réel et le pays légal chez Maurras…
La droite ne saurait être une attitude si elle n'avait pas une nostalgie de l'ordre et un sens du devoir: difficile de comprendre Franchet d'Espèrey, Estienne d'Orves, Bénouville, Leclerc et bien sûr le général de Gaulle sans leur formation familiale et religieuse et sans leurs lectures. Une droite purement pragmatique ou gestionnaire, entendez chiraquienne ou juppéiste, est condamnée à l'échec. Comme disait de Gaulle: «Au fond des victoires d'Alexandre, on retrouve toujours Aristote.»
Vous faites de Chateaubriand un des inventeurs de la «droite». Pourquoi? La droite est-elle «romantique» comme l'était l'auteur des Mémoires d'outre-tombe ?
Chateaubriand est le premier à théoriser en France la nécessité de faire naître un conservatisme pour donner un socle intellectuel commun à la droite, sur un modèle anglais, en réconciliant le traditionalisme de l'ancienne France, c'est-à-dire la société d'ordres existant avant 1789, avec les libertés démocratiques modernes. Concernant le «romantisme» de Chateaubriand, il faut distinguer son œuvre littéraire, ses romans que l'on ne lit plus guère ou même son Génie du Christianisme, de ses œuvres politiques. Le romantisme en politique à souvent des accents révolutionnaires bien éloignés du conservatisme prôné par l'auteur des Mémoires d'Outre-Tombe. C'est Maurras qui critiquera violemment Chateaubriand dans Trois idées politiques, car pour Maurras la réaction esthétique contre le Romantisme l'emporte sur la réalité des écrits du Vicomte. Cela ne tient pas si l'on considère qu'en politique étrangère, sa spécialité, Chateaubriand défendra une politique capétienne que prôneront après lui Jacques Bainville ou Charles de Gaulle.
Vous évoquez les figures d'Alain Gerbault, Jean Mermoz et Antoine de Saint-Exupéry… Quelle place tiennent ces aventuriers dans l'imaginaire de la droite?
J'ai choisi de traiter des années 1930 non pas à travers les Ligues, le 6 février 1934 ou l'irrésistible ascension du colonel de La Roque et de son Parti Social Français, mouvement catholique social qui préfigure le RPF gaulliste d'après-guerre, mais à travers trois «héros» visionnaires, extrêmement pessimistes sur l'avenir immédiat et qui choisissent de prendre du large dans les cieux ou sur les mers. Ils illustrent le pessimisme foncier, que l'on peut récuser ou critiquer, d'une partie de la droite depuis 1789. En même temps, ce sont des tempéraments flamboyants qui remettent en cause certains maux liés à la modernité: l'uniformisation du monde, le confort bourgeois, la mollesse et la paresse intellectuelle. Ils confinent au tragique et au désespoir jusque dans leurs morts violentes. Alain Gerbault, défenseur des traditions polynésiennes et ancien combattant de 14/18, trouvant la mort en navigateur solitaire, un livre de Camoes à la main, en 1941 sur les côtes du Timor Oriental c'est quand même autre chose que les skippers se mêlant de la crise des migrants lors de la Route du Rhum.
Vous évoquez le courant littéraire des «Hussards». Quelle est la place de la droite littéraire dans l'histoire de la droite?
Elle est centrale. Le romancier Paul Bourget, détournant une phrase de lord Asquith, disait à la veille de la Première guerre mondiale qu'il y avait en Europe trois bastions du conservatisme: la Chambre des Lords, le Grand État-Major allemand et l'Académie française. En l'an 2000 l'on trouvait encore au moins cinq académiciens monarchistes de cœur et de raison: José Cabanis, Michel Déon, Jean Dutourd, Jacques Laurent et Michel Mohrt. Ce n'est pas rien. C'est même significatif. Regardez l'importance littéraire et politique d'un Michel Houellebecq, prix Goncourt 2010 et qui n'hésite pas à dire au détour d'un de ses poèmes: «Chantons l'alléluia pour le retour du Roi!» C'est significatif que subsiste dans le tréfonds français un imaginaire de droite. De la même façon, au lendemain de sa démission en 1946, c'est à Combourg sur les pas de Chateaubriand, que le général de Gaulle va se ressourcer. La littérature, c'est malheureusement tout ce qui reste quand les institutions régaliennes, le fait religieux et la puissance militaire sont réduits à la portion congrue.
À quels moments la droite a-t-elle vraiment été au pouvoir en France?
À des moments très précis, après les épisodes de la Restauration, de la Monarchie de Juillet et du Second Empire: entre 1871 et 1876 sous Adolphe Thiers (qui fut un homme assez néfaste à la droite) et Mac Mahon, entre 1919 et 1914 avec le Bloc National, période où Léon Daudet, Maurice Barrès, Georges Mandel et Robert Schuman siègent non loin les uns des autres, entre 1952 et 1954 avec les gouvernements Pinay et Laniel, puis de 1958 à 1981 évidemment, avec un affadissement progressif et une évolution d'une droite d'État vers une droite d'affaires qui conduira au fiasco de 1981.
Depuis, la droite, ou ce qu'il en reste sur un plan politicien, a connu les déroutes de 1988, 1997, 2012 et 2018, ce qui commence à faire beaucoup! Demeure la question épineuse de l'État français du maréchal Pétain. L'homme était assurément de droite mais tenait jusqu'à sa prise de pouvoir entérinée par la chambre du Front populaire, pour une République autoritaire sans accointance avec les idées monarchistes ou sociales-chrétiennes. Il s'appuiera autant sur d'anciens communistes (Doriot), socialistes (Laval, Déat), radicaux-socialistes et technocrates que sur certains maurrassiens. Vichy n'est pas réductible à la droite.
Vous consacrez votre dernier chapitre à la campagne de François Fillon. Quelle droite incarnait-il? Quelles leçons la droite doit-elle tirer de son échec?
François Fillon a tenté la synthèse conservatrice des droites et plus particulièrement celle du légitimisme et de l'orléanisme, c'est-à-dire de la tradition et de l'efficacité économique. C'était intelligent et novateur. Mais cela s'est heurté à l'incapacité des classes populaires à accepter des réformes douloureuses. Il a voulu tenir un discours de vérité qu'une partie de plus en plus importante du peuple n'est pas en mesure d'entendre car elle se trouve dans une réelle situation d'insécurité économique et culturelle. Il est devenu de fait très difficile, voire impossible de contenter dans notre pays à la fois les milieux d'affaire et les classes populaires. Ce qui a fait le succès, dans une autre configuration bien entendu, d'un Bolsonaro au Brésil ne pouvait fonctionner en France car, et c'est heureux, le candidat de la droite ne souhaitait pas adopter un discours démagogique. Il était tout sauf populiste. Sans nier leur apport, le gros des troupes du rassemblement du Trocadéro n'était pas constitué par des militants de Sens Commun mais par le vieil électorat RPR (les deux pouvant se recouper) et organisé pour une large part grâce aux réseaux des cadres séguinistes de la capitale. Les cris d'orfraies des soutiens d'Alain Juppé furent l'ultime avatar des oppositions interne du RPR qui se cristallisèrent au moment de Maastricht. L'échec de François Fillon sonne le glas de la possibilité pour une droite policée, tenant un discours calme et responsable, d'accéder au pouvoir dans un fauteuil. Il va falloir pour la droite reparler au peuple comme Patrick Buisson l'a intelligemment conseillé à Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012, sinon elle est condamnée à disparaître pour un temps du paysage politique.


