Henri Guaino: «Nous avons assisté à une violence primitive, mimétique et épidémique»

Pour Henri Guaino, les émeutes qui ont secoué la France marquent le franchissement d’un nouveau palier.


LE FIGARO. - Nous sortons de plusieurs jours d’émeutes. Comment avez-vous vécu ce moment?

Henri GUAINO. -
Comme un signe avant-coureur, un de plus, après tant d’autres, de ce qui pourrait bien finir par nous arriver si nous continuons à ne pas vouloir admettre que notre société est au bord de la rupture et d’un abîme de violence incontrôlable. Je reste frappé par le fait que si peu de gens cherchent vraiment à savoir ce que nous dit ce genre d’événement sur l’état mental de notre société et de notre civilisation.

On ne peut pas dire pourtant que l’émotion n’a pas été à son comble et que toutes les causes possibles n’ont pas été mises sur la table et débattues avec âpreté…

C’est vrai, l’émotion a été grande, et, quand elle est sincère, spontanée, elle est plutôt rassurante sur ce qui nous reste d’humanité. Mais il y a eu aussi des émotions qui n’étaient pas marquées par le sceau de la sincérité et ont servi d’alibi à des actes qui n’étaient pas dictés par un élan du cœur, et elle dissimulaient parfois bien des arrière-pensées. Le piège dans ces moments-là, c’est celui de l’injonction émotionnelle par laquelle chacun est sommé de s’émouvoir au point d’exclure de garder la tête froide et d’exercer sa raison au moment où ce serait le plus nécessaire.

Il y a eu, dans les déclarations de la plupart de ceux que l’on a entendu, souvent les marqueurs psychologiques, émotionnels, idéologiques supposés répondre aux aspirations de leurs clientèles ou de leurs électorats. La politique, en particulier, s’est s’abîmée une fois de plus dans ces postures toutes faites qui la rendent impuissante face à des événements aussi graves dont les ressorts se situent à des profondeurs de la psychologie collective où elle ne s’aventure plus et où toutes les grandes tragédies de l’histoire, et pas seulement du théâtre, se sont toujours nouées.

Henri Guaino: «Nous avons assisté à une violence primitive, mimétique et épidémique» (lefigaro.fr)

*Le mal est plus profond, c’est celui d’une société trop divisée qui est exposée à la tentation en partie inconsciente de restaurer son unité par la violence.

Entre ceux qui veulent la guerre civile et ceux qui nient que ce risque existe et qui crient au fascisme dès qu’on l’évoque, nous sommes confrontés à deux attitudes suicidaires.