Pierre Vermeren: «Islamisme, négation du génocide arménien… N’oublions pas le lourd bilan d’Erdogan»
Après que le président turc a donné son accord à une adhésion de la Suède à l’Otan, la question d’une réouverture des négociations pour l’entrée de son pays dans l’Union européenne se pose à nouveau. Pourtant, l’attitude du pays ne permet en aucun cas d’appeler à «faire progresser la relation avec la Turquie», juge l’historien, et les Européens doivent impérativement abandonner leur naïveté à cet égard.
Le 11 juillet dernier, Erdogan a mis fin au chantage d’un an qu’il imposait à l’Europe sur l’entrée de la Suède dans l’Otan. Derrière de belles photos avec nos dirigeants, il a réclamé la reprise des négociations d’entrée de la Turquie dans l’Union, et obtenu des discussions sur la fin des visas Schengen pour les Turcs et la libre entrée de ses produits agricoles dans l’UE, et a acquis la modernisation de ses F16 par les États-Unis. Tant d’aménité après une campagne électorale virulente contre les Européens et des années de traques des derniers chrétiens de Turquie interroge. Or les dossiers ne manquent pas.
Peu de voix s’élèvent dans le monde contre le siège médiéval infligé par les Azéris, depuis août 2022, aux 120.000 Arméniens de la province résiduelle du Haut-Karabakh (Artsakh en arménien) - dans l’est de l’Azerbaïdjan, avec le soutien d’Erdogan. L’objectif est de les menacer et de les ruiner pour qu’ils s’exilent en Arménie et fassent place nette. La région est habitée par ces populations depuis l’Antiquité, mais cela ne vaut rien pour le président Aliyev. À l’automne 2020, une guerre de 44 jours (opération «Poing d’acier» en turc) conduite par l’Azerbaïdjan avec l’aide de drones et de conseillers militaires turcs, outre des mercenaires djihadistes aguerris transférés depuis la Libye et la Syrie par l’armée turque, a ramené cette petite province à l’isolement de 1991, et amputé d’un tiers son territoire (soit un petit département français). Cette guerre de 5000 morts a été perdue par les Arméniens.
