Emeutes : le contribuable doit-il subir "la double peine" ? - Par Gaëtan De Capèle et Agnès Verdier-Molinié

Alors que la «politique de la ville» coûte déjà 10 milliards par an, la facture des émeutes pourrait dépasser celle des gilets jaunes. Il est temps de passer au principe du «pilleur-payeur».

Lourd bilan des émeutes: «La facture des vandales»


Magasins pillés, bâtiments publics ravagés, écoles détruites, voitures calcinées… Les émeutes des derniers jours laissent, un peu partout en France, un paysage dévasté. Les images de la télévision et les vidéos sur les réseaux sociaux ne diront jamais totalement la réalité de ce que vivent dans leur chair les victimes des voyous.

Il faut entendre le désarroi de ceux qui, ne demandant rien à personne, se levant chaque matin pour aller travailler ou tenir un commerce, ont tout perdu. Le vandalisme endémique - «gilets jaunes», manifestations contre les retraites… - qui gangrène le pays devient leur pire cauchemar.

À travers ces saccages, c’est toute leur vie professionnelle et familiale qui part en fumée. Ils n’ont que faire, et on les comprend, des grandes explications sociologiques sur la dérive des jeunes pillards. Encore moins des larmes de crocodile de cette gauche qui, après avoir témoigné d’une coupable bienveillance à l’égard de leurs agresseurs, les assure maintenant de son soutien.

Ce grand carnage n’aura, paraît-il, aucun impact sur l’économie française, ni sur notre attractivité. On aimerait le croire, mais on en doute. Les mises à sac à répétition de nos centres-villes, qui font le tour du monde, ont déjà lourdement entamé notre réputation. Leur coût, énorme, devra bien, quant à lui, être épongé par quelqu’un. Les compagnies d’assurances en prendront bien sûr une partie en charge.

Mais l’État, c’est-à-dire le contribuable, sera lui aussi contraint de participer, une fois encore, au règlement de la facture. Les Français subiront alors la double peine de réparer des équipements qu’ils ont déjà payés. Et les vandales, dans tout cela? Les bonnes âmes nous expliquent à quel point il serait injuste, puisqu’ils sont des victimes de la société, de les faire payer.

Combien ajouter de la misère à la misère risquerait de conduire au chaos. Comme si l’impunité dont ils bénéficient n’avait pas déjà produit ce résultat. Abasourdi par les événements, Emmanuel Macron serait, paraît-il, prêt à sanctionner financièrement les familles des délinquants. La grande majorité des Français n’attend que cela.

Agnès Verdier-Molinié: «Après les émeutes, ce sont les casseurs qui devront payer la note, pas le contribuable!» .

En 2020, la Cour des comptes chiffrait à 10 milliards d’euros les dépenses consacrées annuellement par l’État à la politique de la ville. À cela, il faut ajouter les dépenses du programme national de rénovation urbaine: 12 milliards entre 2003 et 2012, puis 9 milliards de 2016 à 2034, soit environ 700 millions d’euros par an. Malheureusement, il n’y a pas de chiffrage global des dépenses publiques consacrées à la politique de la ville par l’ensemble des financeurs publics, notamment par les collectivités locales.

Néanmoins, on peut considérer que, depuis le début des années 2000, ce sont entre 150 et 200 milliards qui ont été dépensés pour la politique de la ville. Milliards auxquels il faudrait ajouter les dépenses de HLM, d’APL, d’aides sociales sous critères de ressources (environ 100 milliards d’euros par an…). Des sommes colossales sont mises sur la table par la France pour apaiser et éviter les embrasements et la colère sociale.

Toujours plus d’argent public pour des quartiers qui font peur aux politiques de tous bords. Combien de fois n’avons-nous pas entendu: «Ne parlez pas de lutte contre la fraude sociale ou de baisser les dépenses sociales, vous allez déclencher la révolution dans les quartiers»? Toujours plus d’argent public, toujours plus de dépenses sociales… Pour quels résultats? Des émeutes récurrentes (2005, 2018, 2019, 2023…), de plus en plus violentes, avec pillages, vols, attaques ciblées sur les forces de l’ordre.

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