"Le Défi d'être français" - De Michel Aubouin

Michel Aubouin, ancien préfet, inspecteur général de l'administration publie "Le Défi d'être français", plaidoyer pour l'affirmation de l'identité française, pour sa défense au moment où les frontières deviennent poreuses. Les Français d'origine française ont un rôle de témoin et doivent transmettre leur héritage historique et culturel, expose-t-il.

Au-delà de la stricte acception administrative, être français, c'est s'inscrire dans une histoire très longue. Qui ne commence pas à la Révolution, date à laquelle la République fait débuter la nation. Être français ne se résume pas à une liste de principes mais à un sentiment qui naît au Moyen Âge. Sans doute en disciple de Braudel (et de son essai L'Identité de la France), Michel Aubouin cultive la passion de la durée longue. Il nous livre – à nous mais aussi à tous ceux qui entendent s'intégrer – un ouvrage qui met en lumière la richesse de l'histoire de la construction de la France et fait le procès de l'effacement de cette histoire au profit de l'inscription des mémoires des nouveaux entrants.

Michel Aubouin : « Préserver la France des familles »


Qu’est-ce qui nous fait devenir français ? C’est la question que s’est longtemps posée Michel Aubouin, dans le cadre de son travail au ministère de l’Intérieur pour l’intégration des étrangers et les naturalisations, de 2009 à 2013. Inspecteur général de l’administration, préfet et essayiste, il a également rendu un rapport remarqué au Premier ministre, en 2016, sur la situation des banlieues. De ces expériences, il tire une belle réflexion illustrée par sa propre généalogie familiale sur l’importance des racines, de l’ancrage dans la longue histoire, petite et grande, pour adhérer à un pays. C’est un hommage vibrant et touchant à tous ces anonymes qui, au fil des siècles, ont travaillé leur terre, ont uni leurs familles et ont, ainsi, tissé la France. Alors que l’enseignement de l’histoire joue un rôle clé dans cet attachement à la patrie charnelle, le haut fonctionnaire beauceron dénonce l’impact des nouveaux programmes emplis d’idéologie.

Vous avez été directeur de l’accueil, de l’intégration et de la citoyenneté (DAIC) au ministère de l’Intérieur. Tout au long de votre expérience au sein de ce service, qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

Michel Aubouin.
L’intégration n’est pas une chose naturelle : celui qui arrive en France et ne parle pas le français ne voit pas forcément pour quelles raisons il devrait l’apprendre. Il ne voit pas non plus pourquoi il devrait adhérer aux valeurs de la France, s’il ne les connaît pas. Mais son ignorance nourrit le communautarisme. Nous avons, hélas, oublié qu’il faut une politique publique d’intégration si l’on veut que les étrangers s’intègrent. Les crédits donnés aux associations ne suffisent pas. Une politique publique est nécessairement intrusive. Elle doit obliger chacun à faire un effort.

Notre modèle n’est pas celui des pays anglo-saxons, selon lesquels chacun arrive avec sa culture et reste dans sa communauté d’origine, chaque communauté demeurant séparée des autres et disposant de ses propres représentants. C’est un modèle qui a discriminé les peuples autochtones, comme les Indiens d’Amérique. Il est antinomique avec nos valeurs, qui placent l’individu au cœur de la vie sociale. Dans notre modèle, chacun reste maître de sa position dans la société. Ce fondement de notre culture, tiré de son héritage chrétien, proscrit l’intermédiation des communautés. Le vote est personnel. Pour que chacun puisse avoir sa place, tous doivent participer au même ensemble démocratique.

L’intégration ne va pas de soi. Elle doit donc être fondée sur une politique positive et proactive. Or, lorsque j’ai pris ce poste, je me suis rendu compte qu’elle était devenue une politique de seconde zone. À mes yeux, la question cruciale n’est pas, comme on pourrait le croire, l’immigration, mais l’intégration, car on ne peut autoriser les migrations que jusqu’au point de rupture de l’intégration. En perdant la capacité culturelle à intégrer, la cohabitation entre les groupes deviendra plus difficile, voire impossible.

Comment conserver cette capacité ?

Pour arriver à intégrer, il faut être sûr de ce que l’on veut transmettre et enseigner. Dans ce poste, j’ai beaucoup réfléchi à la façon de devenir français. Nous avons distingué deux axes : la langue, car parler le français, c’est réfléchir en français ; et l’héritage commun : l’histoire de la France. Ce qui est terrible, c’est la façon dont on enseigne cette histoire aux élèves actuellement. C’est affligeant ! Le lieu commun du moment veut que la France soit un pays d’immigration et de mixité sociale depuis toujours. C’est faux et tous les textes le prouvent. Il faut rebâtir notre héritage, notre histoire et la redonner à lire aux enfants. Cela ne doit pas empêcher les personnes issues de l’immigration d’être fières de leurs racines et de conserver une partie de leur culture. La rupture n’a pas lieu d’être, c’est une histoire de poupées russes. On peut être à la fois breton, français et européen. Ou marocain d’origine comme je suis beauceron.