La loi de programmation militaire 2024 - 2030, loi de réparation mais non de réarmement - Par Bernard Cazeneuve, Nicolas Baverez et Marlène Meunier,

C’est dans un contexte marqué par le spectre d’une guerre de haute intensité aux portes de l’Europe et une intense animosité entre Washington et Pékin que le projet de loi de programmation militaire (LPM) doit être voté ce 13 juillet. Si la LPM prévoit un budget inédit pour le déploiement de notre arsenal de défense - 413 milliards d’euros d’ici à 2030 - ce texte contribue-t-il à un véritable réarmement de la France, au-delà d’une simple réparation de notre arsenal défensif ? Quelle place laisse-t-il à l’ambition d’un pilier de défense européen au cœur de l’OTAN ? Pour répondre à ces questions, l’Institut Montaigne a constitué un groupe de travail composé d’experts résidents, d’officiers généraux et d’entreprises adhérentes, sous la direction de Bernard Cazeneuve et Nicolas Baverez. Cette analyse en est le fruit. Avec Marlène Meunier, ce papier décrypte la portée et les limites de ce projet de loi.


La loi de programmation militaire 2024-2030 va entrer en application sans avoir réellement donné lieu à un débat et au terme d’une séquence politique dominée par une réforme des retraites contestée et des émeutes urbaines d’une exceptionnelle violence frappant la France. Elle intervient à un moment de rupture dans le système international, marqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui a ramené la guerre de haute intensité en Europe, par la montée de la confrontation globale entre les États-Unis et la Chine, par la libération d’une violence à laquelle les institutions doivent faire face en veillant au respect de règles mises en place pour la contrôler. Cette période voit également le retrait forcé de la France d’Afrique de l’Ouest, sous la pression croisée de l’arrivée au pouvoir de juntes, des mouvements djihadistes et de la Russie.

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Face à cette dégradation rapide et durable de l’environnement de sécurité de la France, aux changements stratégiques mais aussi aux faiblesses de notre appareil de défenses héritées du sous-investissement durant les deux décennies qui suivirent la fin de la guerre froide, la LPM prévoit de mobiliser d’ici à 2030 400 milliards d’euros en faveur de notre défense, soit une augmentation de 40 % par rapport à la LPM 2019-2025 (295 Md€), auxquels s’ajouteront 13,3 Mds€ de ressources extrabudgétaires.

Le gouvernement effectue ainsi un arbitrage clair en faveur de la défense de la souveraineté et de l’influence de la France dans le monde, dans un contexte où les finances publiques sont soumises à des contraintes très fortes du fait de l’importance de la dette publique, qui dépasse 3.000 milliards d’euros, de l’inflation et de la montée des taux d’intérêt.