Dictature de l’émotion et extrémisme du déni sont au pouvoir depuis des années

Qui (ou qu’est-ce qui) pourrait nous en tirer sans tout faire flamber ?
La mort du jeune Nahel soulève de nombreuses questions sur la formation des policiers et sur la dégradation du contexte sécuritaire dans certains territoires. Quelles sont les mesures indispensables à mettre en oeuvre afin d’éviter l’embrasement ?


Atlantico : La mort du jeune Nahel, tué mardi par un policier lors d’un contrôle routier en banlieue parisienne, a suscité de vives réactions. Alors que les images de l’intervention de la police nationale ont été largement diffusées, de nombreuses questions ont été soulevées s’agissant de la formation et de l’entraînement des forces de police. Quel diagnostic portez-vous sur la situation?

Bertrand Cavallier :
La crise des gilets jaunes s’est traduite par des manifestations d’ampleur, principalement à Paris, dont certaines ont occasionné des troubles très sérieux, notamment le 1er décembre 2018 (saccage de l’Arc de Triomphe). Outre les insuffisances opérationnelles, des dérives avaient déjà été constatées en matière d’usage de la force (usage du LBD), notamment dues à l’engagement d’unités non spécialisées dans le domaine du maintien de l’ordre, qui ont marqué l’opinion. Face à cela, le gouvernement a lancé les fameux « travaux de Beauvau » dans le but de remédier, selon la formule du ministre, à une dizaine de « péchés capitaux », dont le sous-encadrement sur le terrain et le manque de formation. La situation actuelle autorise à s’interroger sur l’application effective des mesures alors préconisées.

Plusieurs personnalités ont souligné dans les médias les différences existant entre police et gendarmerie en matière d’« usage abusif des armes ».

Des personnalités politiques mais aussi des chercheurs comme le politologue Sébastian Roché ont en effet pointé la moindre mise en cause de gendarmes s’agissant de l’usage abusif des armes. Plusieurs observateurs l’expliquent par les singularités positives de la gendarmerie tenant à sa culture et son organisation militaires, mais également, en découlant, de l’engagement de la hiérarchie et de la qualité de l’entraînement. Soulignons toutefois que ces spécificités étaient encore dénoncées il y a peu, jusqu’à justifier - dans certains milieux intellectuels - la disparition de la gendarmerie au profit du seul modèle de force de police de statut civil ! Ajoutons cependant que la gendarmerie serait bien inspirée de poursuivre l’effort récemment entrepris visant à revigorer ses valeurs et son identité militaires.