Europe ou Occident ? - Par Olivier Battistini

Pour approcher cette idée de l’Europe, il faut tenter une dialectique, ou, plutôt, oser une opposition des contraires comme harmonie souveraine.


La dialectique n’est pas seulement une arme de guerre dans l’art du discours ou de la parole politique. Elle est la connaissance de l’être, de ce qui est réellement, de ce qui, par nature, demeure toujours identique à soi-même. Elle est, chez Platon, la connaissance la plus vraie, le couronnement sublime de l’édifice des sciences. Elle mène le philosophe-roi à la contemplation du soleil des Idées et lui donne la capacité de présider aux destinées de la cité parfaite, la callipolis. Au-dessus de la mathématique, elle est science véritable, la science suprême.

La dialectique est science des Idées…

Comme l’harmonie héraclitéenne, elle est le moment où le contraire ne se dépasse pas en synthèse, comme c’est le cas dans la dialectique marxiste – un appauvrissement, peut-être, de l’intelligence –, l’opposition des contraires se suffisant à elle-même.

La dialectique, celle dont il est question ici, à propos de l’opposition fondatrice Athènes et Jérusalem, est proche de la logique dynamique du contradictoire, la logique de l’énergie dont parle Stefan Lupascu, la logique de tout ce qui existe.

Lupascu qui conçoit un dualisme antagoniste à la fois dans la pensée et dans le réel – l’esprit peut-il être en accord avec le réel alors qu’ils sont essentiellement différents –, entrevoit une théorie de la connaissance et met en évidence que le réel est contradictoire et que l’antagonisme est présent dans le devenir.

Tout ce qui existe est en devenir…

La dialectique est la logique dynamique du contradictoire. Elle se fonde sur le principe d’antagonisme, la logique du tiers inclus contradictoire, le tertium datur dont parle Gilbert Durand.

En guise de prolégomènes, Léo Strauss et La Renaissance du rationalisme politique classique : « La philosophie politique classique est caractérisée par le fait qu’elle est directement liée à la vie politique. […] C’est un rapport direct à la vie politique qui déterminait l’orientation et le champ de la philosophie politique classique. […] Le changement fondamental, à cet égard, commence avec la nouvelle philosophie politique de la période pré-moderne et s’achève avec la science politique d’aujourd’hui. La différence la plus frappante entre la philosophie politique classique et la science politique contemporaine consiste dans le fait que cette dernière n’est plus du tout concernée par ce qui constituait la question directrice de la première : la question du meilleur régime. La science politique moderne, de son côté, se préoccupe d’un type de questions qui était de moindre importance pour la philosophie politique classique : les questions de méthode. Ces deux traits distinctifs doivent être rapportés à la même cause : le caractère direct ou non du lien unissant à la vie politique la philosophie politique classique et la science politique contemporaine. »